En Route, un film de film de Tim Johnson : Critique

Dans l’industrie de plus en plus formatée du film d’animation, il heureux de voir que Dreamworks est toujours là pour mettre son petit grain de folie dans l’engrenage. De la même manière que Kung Fu Panda ou Shrek en leur temps, la bande annonce ne promettait pas grand chose et la surprise est d’autant plus grande. En Route réussi un pari d’équilibriste en mélangeant les genres et en abordant des thèmes légèrement plus complexes que ses concurrents, en gardant son sens de l’humour et sa maestria visuelle.

Synopsis : Des aliens nommés les Boovs choisissent de faire de la Terre leur nouvelle planète d’adoption mais Oh, l’un d’entre eux, révèle par erreur la cachette de son peuple. Contraint de fuir, il fait la connaissance d’une jeune fille nommée Tip (Tif dans la version française) à la recherche de sa mère . Ils vont ensemble devenir des fugitifs embarqués dans l’aventure de leur vie et vont réaliser que leurs enjeux auxquels ils font face sont beaucoup plus complexes que de simples mésententes intergalactiques…

Des bulles plein les yeux

Dès l’introduction, on se retrouve embarqué dans ce qui s’annonce comme une belle folie visuelle comme un film d’animation n’en avait pas proposé depuis longtemps. Les Boovs, sorte de marshmallow octopodes multicolores, fuient une race supposément belliqueuse qui chercherait à les détruire. Il choisissent donc de se cacher sur terre, en déplaçant les humains dans des banlieue/réserves à l’aide de bulles géantes, pendant qu’ils s’installent à leur place. Plus qu’un réflexe de survie, la fuite est chez ces sympathiques aliens une idéologie, un mode de vie. Leur arrogance les poussent également à considérer l’humanité comme un peuple sous développés qui ne peut qu’évoluer en bien à leur contact. Plutôt gonflé ce pitch qui rappelle les vagues de colonisations et le discours « civilisateur » de l’Europe du XIXème siècle, heures sombre de notre histoire. Les choix de l’Australie comme réserve géante et de Paris comme base de commandement ne sont peut être pas anodins. Mais pas de panique, nous somme toujours dans un film pour enfant, ainsi les Boovs se contentent de déplacer les humains sans leur faire de mal, pensant bien faire. Un angle assez naïf qui rassure la jeunesse, mais ne manque pas de résonner plus cynique encore dans notre esprit, car on sait que les humains n’ont pas que des bons cotés et on se doute que les gentils aliens comprendront que leur mode de vie intrusif peut aussi provoquer quelques dégâts. A partir de là nous suivons Ho, gaffeur de première catégorie, obligé de fuir car un mail maladroitement envoyé à toute la galaxie risque de révéler la cachette de son peuple. En chemin il rencontre Tif, une jeune afro-américaine séparée de sa mère lors des déplacements de population. C’est alors le débuts d’un road movie a travers un monde sens dessus dessous.

Bien sur on échappe pas au traditionnel discours sur l’acceptation de l’autre et le vivre ensemble qui est l’étendard de Dreamworks depuis ses débuts, mais pour une phrase cliché, c’est dix idées visuelles qui éclatent à l’écran. De la voiture volante, carburant aux jus de fruits, à la terre remodelée par des bulles géantes, En route est une sympathique invitation au voyage qui ne sacrifie jamais sa fantaisie sur l’autel de pathos et de la morale convenue. Ho finit par devenir attachant et Tif est à des années lumière du personnage de la princesse à sauver. C’est une fille forte, indépendante et débrouillarde. Devant l’écran on a envie de crier « enfin », Tif n’est jamais opposée à une figure masculine qui remettrait ses choix en question et jamais sa condition de fille casse-cou est évoquée frontalement. Tant mieux, elle est probablement le personnage le plus féministe d’un film d’animation car justement son genre n’est jamais au centre d’une conversation. C’est une fille certes, mais c’est surtout quelqu’un de courageux, compréhensif, amical et sympathique, c’est ça qui est important, pas son sexe ou sa couleur de peau. Dreamworks semble l’avoir mieux compris que les autres. Le vrai sujet du film c’est la rencontre, et le genre du road movie s’y prête très bien, tout en autorisant des paysages sublimes où la beauté de l’animation fusionne avec le délire quasi féerique des animateurs. Les monuments flottent dans les airs, emprisonnés dans des bulle de savons, la tour Eiffel se retourne et la statue de la liberté se retrouve avec une moustache. Tout cela rythmé par les sons électroniques de Rihana, qui collent finalement très bien à cet univers de science-fiction pop, coloré et parfois même poétique.

Seul bémol peut être, quelques scènes du point de vue des belliqueux Gorgs n’aurait pas étés de trop, afin de renforcer le message final, plutôt que d’expliquer leur motivations par un monologue paresseux dans un dernier quart d’heure un peu torché rapidement. Mais au delà de ça, En route nous laisse avec des étoiles pleins les yeux et le cœur gros comme ça, heureux de voir que la fantaisie et l’originalité existent toujours à Hollywood, et que Dreamworks prouve une fois de plus, après Dragon et Kung fu Panda, qu’il est aujourd’hui le nouveau roi de l’animation.

En Route ! (Enfin presque…) — Court métrage [Officiel]

En Route ! : Fiche Technique

Titre original : Home
Réalisation : Tim Johnson
Production : Chris Jenkins
Scénario : Tom J. Astle et Matt Ember d’après The True Meaning of Smekday d’Adam Rex
Durée : 94 minutes
Dates de sortie :États-Unis : 27 mars 2015, Belgique : 1er avril 2015 ,France : 15 avril 2015
V.O : Jim Parson, Rihanna, Steve Martin, Jennifer Lopez…
V.F : Alex Lutz, Leïla Bekhti, Jacques Frantz, Guy Lecluse…

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Vincent B.
Vincent B.https://www.lemagducine.fr/
Intéressé par tout, mais surtout n’importe quoi. Grand amateur de fantastique et de Science fiction débridé. Spécialiste Normand expatrié à Lille de la vague Sushi Typhoon (le seul qui s'en vante en tout cas). Je pense très sérieusement que l’on ne peut pas juger qu’un film est bon si l’on en a jamais vu de vraiment mauvais.

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