Sea Fog – Les clandestins, un film de Sung Bo Shim : Critique

Pour tout cinéphile amateur de films coréens, Sea Fog est certainement une grosse attente. Bong Joon-ho (ou Joon-ho Bong, c’est selon), le réalisateur de rien de moins que les excellents The Host et Snowpiercer, a offert à son ami Sung Bo Shim, le scénariste de Memories of Murder, l’opportunité de réaliser son premier film en le produisant. En plus de ce duo gagnant derrière la caméra, le plaisir de retrouver Yun-seok Kim, l’acteur vedette de The Chaser et Murderer, fera du film un pur plaisir pour les fans de cinéma made in Korea.

Synopsis : Kang, le fier capitaine de son bateau de pêche, le Jiujin, se voit proposer un contrat inédit, prendre à son bord un groupe de clandestins chinois pour les emmener jusqu’en Corée. La transaction se fait et l’équipage du bateau va chercher en haute mer la cargaison. Sous la peur des garde-côtes et au contact des immigrés, les esprits vont commencer à se crisper et la fin du voyage va être compromis…

C’est la mer qui prend l’homme!

Adapté d’une pièce de théâtre, le film prend l’allure d’un huis-clos maritime, un genre rare car difficile mais qui comprend des œuvres aussi intimistes que Lifeboat qu’imposante que Titanic, mais aussi des films épiques comme Das Boat ou Poséidon. La taille du bateau de pêche, et son équipage composé d’une demi-douzaine d’hommes rapidement rejoints par autant de clandestins, implique la mise en place d’une ambiance claustrophobique dans un espace réduit. La tension qui naît entre les hommes, les coups de nerfs d’un capitaine lunatique et l’épaisseur du brouillard marin (qui offre son titre au film) vont contribuer à cette atmosphère étouffante et à la montée crescendo d’un suspense habilement haletant bâti sur une ambiguïté morale agréablement perverse.

Alors que le premier quart d’heure a toutes les allures d’un drame social sur la condition des pêcheurs sud-coréens et que l’observation compassionnelle de la marchandisation des immigrés appuie cette impression de film consensuel, il est difficile de voir venir le survival hardcore dans lequel le film va peu à peu sombrer. La tension qui monte entre les marins naît en fait de l’arrivée inopportune à bord de deux femmes, la frustration sexuelle devient alors une source de violence extrême. Ce climat de crispation tant psychologique que physique puis le terrible drame qui survient à mi-parcours va tout simplement transformer la suite en une surenchère de folie meurtrière. L’horreur de la situation, ancrée dans une réalité sociale déplorable, va donc céder sa place à une violence purement jouissive, avec, à chaque étape du film, une mise en scène brillamment adaptée au genre duquel elle se rapproche le plus. C’est à ce talent qu’a le réalisateur d’adapter sa façon de filmer à l’état d’esprit de ses personnages que l’on peut y voir la révélation d’un réalisateur talentueux et jusqu’au-boutiste, comme on les aime. Si la conclusion du film peut toutefois sembler évasive, elle a au moins le mérite de nous éviter le happy-end ultra-galvaudé que l’on voyait venir gros comme une maison.

Sea Fog : Bande-annonce (VOST)

Fiche technique: Sea Fog

Titre original:  해무
Réalisation: Sung Bo Shim
Scénario: Sung Bo Shim, Joon-ho Bong
Interprétation: Yun-seok Kim, Park Yu-chun, Han Ye-Ri
Photographie: Alex Hong Kyung-Pyo, Kim Chang-Ho
Montage: Kim Jae-Bum , Kim Sang-Bum
Producteur: Joon-ho Bong, Kim Lewis
Production: Lewis Pictures
Distributeur en France: The Jokers
Durée: 105 minutes
Genre: Drame, Thriller
Date de sortie: 1er avril 2015

Corée du Sud – 2014

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Julien Dugois
Julien Dugoishttps://www.lemagducine.fr/
Sans jamais avoir voulu me prétendre du statut pompeux de cinéphile, je suis un dévoreur acharné de films, de tous genres, de tous horizons. J’admets vouer un culte aux œuvres de Kubrick, Chaplin, les frères Coen, Kurosawa et Jarmusch, pour ne citer qu’eux. De cette passion, devenue addiction, est née mon envie de passer un diplôme en audiovisuel pour poser un regard plus professionnel sur ce que je vois, mais aussi de rédiger des critiques. A l’origine, je n’écrivais que pour moi, me faisant des fiches pour combler ma mémoire défaillante, mais j’essaie aujourd’hui d’étoffer mes écrits pour être lu de ceux avec qui j’aimerai partager mon avis et débattre intelligemment.

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