Les Héritiers, un film de Marie-Castille Mention-Schaar – Critique

Les Héritiers, un film touchant mais maladroit

Synopsis : Lycée Léon Blum de Créteil, une prof décide de faire passer un concours national d’Histoire à sa classe de seconde la plus faible. Cette rencontre va les transformer.

Marie-Castille Mention-Schaar s’était faite connaître du grand public en 2012 en réalisant Ma Première fois, une romance un peu mièvre et bourrée de clichés entre deux adolescents bourgeois. Le film avait au moins eu le mérite de toucher le jeune Ahmed Drame, passionné de cinéma, et qui décide alors d’écrire un scénario basé sur une expérience vécue avec sa classe quelques temps auparavant, et de le lui envoyer. La réalisatrice, intéressée par cette histoire à la portée universelle, décide alors de lui donner un coup de main dans l’écriture, et de mettre le film en scène elle-même.

Le fond contre la forme

À la sortie, se pose l’éternelle question du fond contre la forme. Les Héritiers est, objectivement, un mauvais film d’un point de vue cinématographique. Ce n’est bien sûr pas ce qui en fait l’intérêt, mais nous y reviendrons. La mise en scène de Mention-Schaar n’a guère progressé depuis Ma Première fois, pire, elle semble même avoir régressé. Sous prétexte de nous faire ressentir l’émotion des personnages, elle se contente bien souvent de multiplier les gros plans, les entrecoupant généralement de plans de situation basiques, sans aucune recherche esthétique autre que celle de l’efficacité. Si on ne peut pas lui reprocher d’être techniquement à la rue, la pauvreté de la réalisation est tout de même à déplorer. D’autant que, une nouvelle fois, elle insiste pour nous ressortir des fondus au noir inutiles et franchement mal venus.

Côté scénario, ce n’est guère mieux. On a parfois plus l’impression d’assister à un documentaire qu’à un film, ce qui aurait pu être un parti pris, l’équivalent d’Entre les murs, du cinéma vérité. Sauf que la réalisatrice tente, assez maladroitement, de donner une personnalité à ses élèves. Résultat, on assiste à un empilement de clichés caricaturaux et de personnages monodimensionnels déjà vus un million de fois. Plusieurs pistes sont également explorées, qui permettraient de donner un peu d’attrait à cette histoire cousue de fil blanc, mais ne sont jamais résolues et tombent souvent comme des cheveux dans la soupe. Ils nuisent trop souvent au rythme, et donnent l’impression d’avoir été placés là aléatoirement pour relancer l’intérêt.

Vive la résistance

Mais l’intérêt de Les Héritiers, encore une fois, est ailleurs. Le film est une formidable leçon sur l’histoire, sur la tolérance, sur le respect de son passé et sur l’importance de ne jamais l’oublier. Une leçon toute bête, mais diablement importante, surtout en cette période où ressortent certains fantômes du passé (on va tout de même essayer d’éviter les clichés du bruit des bottes frappant le pavé). La simplicité même de cette histoire, sa portée universelle et toute l’émotion qui en découlent auraient pu, auraient dû faire de ce film une œuvre à voir absolument. Certains passages sont d’ailleurs terriblement émouvants, par la simplicité des sentiments affichés et par la force des témoignages, que l’on sent sincères.

Alors pourquoi, pourquoi confier cette histoire à une réalisatrice qui n’a jamais vraiment fait ses preuves, et qui se sent obligée de dérouler les violons pour forcer une émotion que les images suffisent à faire ressentir ? L’usage parfois abusif de la musique, la mise en scène tellement basique qu’elle en devient parfois lourdingue, les rebondissement forcés, tous ces éléments empêchent finalement le spectateur de vraiment rentrer dans le récit. Résultat, on a parfois l’impression d’assister à un film de ceux que l’on projette en classe d’histoire, entre deux récits sur la Seconde Guerre Mondiale, histoire de faire passer un message.

Dernier point, mais qui a son importance : il faut absolument que les réalisateurs cessent cette manie horripilante qui accompagnent trop souvent les films estampillés « inspiré d’une histoire vraie ». Cette obligation qu’ils ressentent de terminer par un écran noir sur lequel s’affiche l’avenir qui attend nos héros. Ça ne sert à rien, c’est souvent niais, et c’est devenu une habitude bien trop envahissante.

https://www.youtube.com/watch?v=exEwd1FYRxs

Les Héritiers – Fiche Techinque

France – 2014
Drame
Réalisateur : Marie-Castille Mention-Schaar
Scénariste : Ahmed Drame, Marie-Castille Mention-Schaar
Distribution : Ariane Ascaride (Anne Gueguen), Ahmed Drame (Malik), Geneviève Mnich (Yvette), Noémie Merlant (Mélanie)
Producteurs : Marie-Castille Mention-Schaar, Pierre Kubel
Directeur de la photographie : Myriam Vinocour
Compositeur : Ludovico Einaudi
Monteur : Benoît Quinon
Production : TF1 Droits Audiovisuels, UGC, France 2 Cinéma, Orange Studios, Loma Nasha Films, Vendredi Films
Distributeur : UGC Distribution

Auteur : Mikael Yung

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