Aimer, Boire Et Chanter, de Alain Resnais : Critique du film

Critique de Aimer, Boire Et Chanter

Synopsis: Dans la campagne anglaise du Yorkshire, la vie de trois couples est bouleversée pendant quelques mois, du printemps à l’automne, par le comportement énigmatique de leur ami George Riley. Lorsque le médecin Colin apprend par mégarde à sa femme Kathryn que les jours de son patient George Riley sont sans doute comptés, il ignore que celui-ci a été le premier amour de Kathryn. Les deux époux, qui répètent une pièce de théâtre avec leur troupe amateur locale, persuadent George de se joindre à eux. Cela permet à George, entre autres, de jouer des scènes d’amour appuyées avec Tamara, la femme de son meilleur ami Jack, riche homme d’affaires et mari infidèle. Jack, éploré, tente de persuader Monica, l’épouse de George qui s’est séparée de lui pour vivre avec le fermier Simeon, de revenir auprès de son mari pour l’accompagner dans ses derniers mois. Au grand désarroi des hommes dont elles partagent la vie, George exerce une étrange séduction sur les trois femmes : Monica, Tamara et Kathryn

Laquelle George Riley emmènera-t-il en vacances à Ténérife ?

Le Test Amant de Resnais

Le film d’un môme

Bien sûr qu’Aimer, Boire Et Chanter a un semblant de déjà vu, qu’il apparaît très proche du diptyque de Resnais : Smoking/No Smoking. Mais malgré tout, quel bonheur de voir ce cinéaste au seuil de la mort, d’être capable de proposer quelque chose d’aussi enlevé et rafraîchissant et surtout, de savoir faire encore preuve à 92 ans, d’autant de créativité et d’inventivité. Ce film ne restera pas son chef-d’œuvre, il souffre de bon nombre de longueurs, mais il ne sent pas la naphtaline comme ont pu le proposer quelques réalisateurs âgés par le passé, lorsqu’ils tenaient à proposer des thèmes « de leur âge », de grands développements philosophiques qui, au lieu de faire aimer le film, donnaient juste envie d’aller se pendre.

Le cadet de Smoking/No Smoking 

La ressemblance avec Smoking/No Smoking donc, se retrouve dès l’affiche, dessinée comme avaient pu l’être celles de ses deux illustres prédécesseurs. La mise en scène également, théâtrale au possible, puisque le film est intégralement tourné en intérieur, poussant le rapprochement avec le 6ème Art jusqu’à placer systématiquement des rideaux en fond de scène. On retrouve également un découpage clair et net en scènes, les transitions étant marquées par de très beaux dessins de Blutch (Le Pacha, Lune l’Envers), certes un peu répétitifs, mais permettant d’identifier rapidement le lieu où l’action va prendre place. Donc oui, Aimer, Boire Et Chanter reprend l’univers et peut-être une partie du visuel de Smoking/No Smoking et, même si ça n’excuse pas tout, c’est quelque chose d’assez naturel puisque ces trois films sont des adaptations de pièces, britanniques de surcroît.

Un Français à l’humour so british 

Alain Resnais, probablement vieux et fatigué, devait retrouver une certaine jeunesse dès qu’il filmait, en témoigne cette capacité qu’il a eu à retranscrire l’humour tout britannique de cette pièce vaudeville, pleine de fraîcheur et de ressorts amoureux qui se croisent, c’est presque impossible à dénouer. Il a su éviter l’écueil des Herbes Folles, qui l’avait ramené dans les travers de la Nouvelle Vague et de ses bavardages inutiles et pompeux, Aimer, Boire Et Chanter est une pièce très drôle que Resnais sait très bien rendre. Ici, il met son talent au service de son film, on sent l’artisan qui domine jusqu’à la part de hasard de tout travail de création. Sans dire que chaque pot de fleur a un sens, on sent qu’il maîtrise chaque éclairage, positionnement des acteurs, couleur dans le décor. Il n’en devient pas poseur pour autant, il est simplement un artiste au travail et la propriété première de l’artiste, c’est justement la création.

Resnais et sa bande 

Au casting, on retrouve l’inoxydable Sabine Azéma, muse éternelle de son réalisateur de mari, égale à elle-même et toujours parfaite dans son rôle de farfadet au regard aussi pétillant qu’une bulle de champagne. Dans les acteurs fidèles, il y a toujours Dussolier peu présent à l’écran mais qui marque toujours la pellicule d’un charisme affolant, même s’il semble ici plus âgé que son rôle. Michel Vuillermoz, avec cette troublante voix de Pierre Arditi, semble ici remplir le vide laissé par l’acteur, ce qu’il fait fort bien. Autre acteur important : la musique, celle de Mark Snow, le même qui composa le légendaire thème d’X-Files, livre ici une partition légère et faisant penser à ces boites à musique où tourne une danseuse dès qu’on les ouvre. Une musique totalement au service et en accord avec cette ambiance voulue par Resnais.

Resnais l’ado 

Finalement, c’est sûr le prix Alfred Bauer reçu par le film à Berlin qu’on pourra douter, puisque sans être mauvais, Aimer, Boire Et Chanter ne mérite pas pour autant de récompense. Il s’agit surement là d’un prix d’estime, une sorte de César d’Honneur qu’on a voulu donner à un grand monsieur en sachant qu’il n’en avait plus pour très longtemps. Il aura tout de même achevé sa carrière sur un film de gamin, sur une fraîcheur retrouvée dans la dernière ligne droite, le film d’un adolescent qui n’a eu d’autre préoccupation que les filles, les soirées arrosées et faire la fête, ce qui rappelle étrangement le titre du film.

Fiche technique – Aimer, Boire Et Chanter

Réalisateur : Alain Resnais
Année : 26 Mars 2014
Durée : 108 mn
Casting : Sabine Azéma (Kathryn), Michel Vuillermoz (Jack), Caroline Sihol (Tamara), Hyppolite Girardot (Colin), Sandrine Kiberlin (Monica), André Dussolier (Siméon), Alba Gaïa Bellugi (Tilly)
Genre : comédie
Musique : Mark Snow
Scénario : Laurent Herbiet, Alain Resnais d’après la pièce d’Alan Ayckbourn
Production : Jean-Louis Livi
Sociétés de production : F Comme Film : France 2 Cinéma
Société de distribution : Le Pacte

Auteur de la critique Freddy M.

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