Baby Balloon, de Stefan Liberski : Critique du film

Baby Balloon :  Teenage movie, rock mais pas assez…

Bici est une jeune femme ronde et pleine de talents qui chante dans un groupe de rock. Elle dissimule son mal-être derrière un tempérament de feu et une présence scénique indéniable. Secrètement amoureuse de Vince, le guitariste de la bande et son ami d’enfance, elle jubile lorsqu’un moment intime naît enfin entre eux. Une erreur selon Vince qui fréquente bientôt Anita, une jolie fille revenue du Pérou où elle était bénévole pour une association humanitaire. Tour à tour perdue, découragée, en colère ou combative, Bici essaie d’abord d’éloigner l’importune avant de réaliser que celle-ci n’est pas la véritable cause de ses tourments…

L’obésité en filigrane

Ambre Grouwels, dans le rôle de Bici, parvient à incarner la fille extravagante, coincée dans ce corps en surpoids et montrée du doigt par tous. Elle réussit à s’accepter dans son univers musical et grâce à ses performances remarquables sur la scène. Mais que ce soit par les remarques constantes de sa mère ou le rire étouffé d’une simple vendeuse lors d’essayage de robes, les autres lui rappellent son poids et sa différence apparente.

Avec des plans intimistes, au plus près de son visage, la caméra suit sa manière de vivre et son parcours. Toujours habillée et maquillée de manière pop-colorée (évoquant Lady Gaga ou Beth Ditto), le spectateur entre facilement dans sa personnalité de feu. Mais elle ne sera jamais vue par les autres de la manière dont elle se voit, et le film tend à nous montrer qu’on peut s’accepter et réaliser ses rêves si on se sert de cette différence comme une force.

Contraste de ton et de fond

Dans cette Belgique industrielle, au paysage d’usines fumantes et de baraques en briques dégradées, on sent l’emprisonnement de Bici. Des plans répétitifs de ce fond grisâtre et morose marque un contraste évident avec son caractère volcanique. Ainsi, seule la musique pop rock sert d’exutoire pour ces jeunes à la recherche d’un autre horizon, moins brumeux.

Le film garde tout du long un ton ironique pour parler de malheurs bien réels. Malheureusement, les sujets plus sérieux, comme l’obésité, les disparités sociales, la mort du père de Bici sont évoqués sans être approfondis. Un malaise alors s’installe face aux demi-mots et aux moments de crises qui tournent vite à l’humour cynique.

Un scénario sans enjeux

Dès le début, on ressent que l’intrigue va se tendre. Un amour impossible, non partagé par Vince, mais qui persiste naïvement du côté de Bici. Quand arrive Anita, belle, mince et travaillant dans l’humanitaire, on comprend vite que malgré ses tentatives, Bici ne fera pas le poids aux yeux de Vince. Son seul objectif est alors de lui imposer ses sentiments, en tentant d’éliminer Anita de manière mesquine et tout aussi ridicule. Elle s’acharne dans ses chimères adolescentes et doit passer par des coups de folie pour se rendre finalement compte que c’est détachée du groupe, seule, qu’elle réalisera ses rêves de chanteuse.

Tout le film est ponctuée par des moments lourds ou rien de se passe. Ceci est lié à un scénario mal ficelé ; on en vient à et à ne plus comprendre Bici. Le spectateur se perd dans ses moments de déraisonnements et dans sa quête désespérée d’un amour ridicule. Ses choix sont insensés et poussés à l’extrême, comme cette tentative échouée de suicide. On se détache également d’elle, lorsque surgit son côté sombre guidé par sa jalousie, qui la pousse à la vengeance et au sadisme. A côté, la fin semble se démarquer de tous les événements précédents, dans une sorte de « happy end » improbable.

Des personnages faibles et exagérés

Malheureusement, les jeux d’acteurs tombent facilement dans l’exagération et enferment leurs personnages dans des clichés, entre le vieux producteur raté et lourd, la mère historique et étouffante, l’admirateur de Bici collant et aveugle, et le meilleur ami beau gosse mais immature. Ils gravitent autour de Bici, sans réels buts ou causes intéressants. Elle-même rentre facilement dans l’archétype de « la grosse » en étouffant ses sentiments dans la boulimie.

Une bande-annonce délaissée

Associé à cet univers pop rock et décalé, le groupe Bici & The Bitches, nous charme et nous guide entre les hauts et les bas de Bici. La bande originale est prenante, créée spécialement pour le film, en s’inspirant de groupe des années 80 (B-52’s – The Lobster). Merveilleusement interprétée par les acteurs eux-mêmes : César Domboy à la guitare, Allan Hoffmann à la basse, Valentin Vesmeire à la batterie et  Ambre Grouwels, chanteuse avant d’être actrice. Mais elle n’est pas assez omniprésente pour un film dont l’enjeu central aurait du être les premiers pas d’un groupe dans l’industrie musicale.

Alors que le sujet de l’obésité aurait pu devenir touchant, l’enjeu ne décolle qu’à la fin et l’histoire devient dans l’ensemble gonflante. La musique, qu’on croyait le thème principal reste un écho, un simple fil conducteur. Mais l’enjeu dramatique reste focalisé sur la romance naïve et impossible de Bici, et sa carrière musicale n’est mise au premier plan qu’à la fin. Dommage !

Fiche Technique – Baby Balloon 

Réalisation: Stefan Liberski
Scénario : Stefan Liberski, Dominique Laroche, Marc Vermeesch
Genre : Comédie romantique, Drame
Pays d’origine : Belgique
Durée : 1h28
Sortie : 30 juillet 2014
Interprètes: Ambre Grouwels (Bici), César Domboy (Vince), Pauline Parigot (Anita), Allan Hoffmann (Giant), Valentin Vesmeire (Luc), Philippe Rebbot (Mitch), Isabelle De Hertogh (Felicie)
Production : Jacques-henri, Olivier Bronckart
Montage : Damien Keyeux
Son : Allan Hoffman, César Domboy, Stefan Liberski
Photo : Claire Mathon
Distributeur : Pyramide

Auteur de la critique : Céline Lacroix

Festival

Festival Lumière 2026 : Ray Gunn, le miracle de Brad Bird

Avec "Ray Gunn", Brad Bird ressuscite un projet vieux de trente ans dans un polar animé rétro-futuriste où l’héritage du film noir rencontre une société rongée par le racisme, la corruption et les faux-semblants. Entre virtuosité visuelle, richesse thématique et grand spectacle, le réalisateur des Indestructibles signe un bonbon à l’amertume néo-noir, aussi foisonnant que réjouissant.

Festival Lumière 2026 : Peking Opera Blues, Tsui Hark en maestro

Quarante ans après sa sortie hongkongaise, "Peking Opera Blues" arrive enfin dans les salles françaises le 21 octobre, restauré en 4K. Dans le Pékin chaotique de 1913, trois femmes que tout oppose se retrouvent à l’opéra pour une aventure où le vaudeville bouscule le pouvoir. Un classique survolté, tendre et irrésistible, (re)découvert au Festival Lumière 2026, dont Tsui Hark était l'un des grands invités.

Deauville 2026 : La Gradiva, la jeunesse pétrifiée

Grand Prix de la Semaine de la Critique à Cannes, "La Gradiva" relate le voyage scolaire d'une classe de terminale dans la région de Naples. En transcendant les codes du "teen movie", Marine Atlan brosse le portrait vibrant d’une génération inquiète et sensible. Un drame mélancolique plein de grâce et de poésie.

Deauville 2026 : Teenage Sex and Death at Camp Miasma, la petite mort comme grand art

Une jeune cinéaste queer est engagée pour relancer une franchise horrifique vieillissante et part convaincre l'actrice recluse qui incarnait la survivante du premier film culte. Entre elles naissent fascination, désir et vertige, dans un jeu de miroirs où le genre devient territoire de liberté.

Newsletter

À ne pas manquer

Clayface : le visage de l’autre

"Clayface" est le film du renouveau du DCU : un body horror organique et romantique qui assume son héritage — Cronenberg, Carpenter, Todds jusqu’à "The Substance" — pour faire du visage mutilé le théâtre même de l’identité.

Héros (2007) : Une séquestration sur les nerfs

Et c'est peut-être là que le film trouve sa plus belle idée : faire de la solitude un personnage à part entière, invisible mais omniprésent, qui hante chaque recoin de l'appartement. Pierre Forêt ne cherche pas tant à être aimé qu'à être enfin entendu, et c'est cette nuance qui donne au personnage sa fragilité touchante. On en sort avec l'impression étrange d'avoir ri à des choses qui ne font pas rire, et d'avoir pleuré à des choses qui ne font pas pleurer non plus. Tout le paradoxe de ce Héros, et sans doute sa plus grande force.

L’Île des souvenirs : jamais deux sans toi

Jo et Raissa, amies depuis l'enfance, se retrouvent propulsées sur Nakali, île mythologique nourrie du folklore philippin, la veille de leur séparation. Pour rentrer chez elles, elles risquent de perdre leurs souvenirs communs. Une amitié touchante et une animation ambitieuse, freinées par un rythme trop pressé.

Minotaure : nourrir l’ogre

Exilé en France, Andreï Zviaguintsev est de retour, neuf ans après le mémorable Faute d'amour. Reprise de La Femme infidèle de Chabrol, cette chronique d'un adultère virant au drame fait écho à la Russie de 2022 qui entamait alors son "opération spéciale". Analyse d'un film aussi riche que stimulant.

Les Misérables (2026) : Victor Hugo sous anesthésie

Après Dumas, le cinéma français s’attaque à Victor Hugo. Avec Vincent Lindon et Tahar Rahim, Fred Cavayé livre des "Misérables" léchés, bien interprétés, mais sans souffle ni colère. Une fresque qui ne saisit pas l’âme du roman et ne se l’approprie pas non plus, à l’inverse de Ladj Ly.

Clayface : le visage de l’autre

"Clayface" est le film du renouveau du DCU : un body horror organique et romantique qui assume son héritage — Cronenberg, Carpenter, Todds jusqu’à "The Substance" — pour faire du visage mutilé le théâtre même de l’identité.

L’Île des souvenirs : jamais deux sans toi

Jo et Raissa, amies depuis l'enfance, se retrouvent propulsées sur Nakali, île mythologique nourrie du folklore philippin, la veille de leur séparation. Pour rentrer chez elles, elles risquent de perdre leurs souvenirs communs. Une amitié touchante et une animation ambitieuse, freinées par un rythme trop pressé.

Les Misérables (2026) : Victor Hugo sous anesthésie

Après Dumas, le cinéma français s’attaque à Victor Hugo. Avec Vincent Lindon et Tahar Rahim, Fred Cavayé livre des "Misérables" léchés, bien interprétés, mais sans souffle ni colère. Une fresque qui ne saisit pas l’âme du roman et ne se l’approprie pas non plus, à l’inverse de Ladj Ly.