FEFFS 2018 Jour 6 : Psychologie, Sadomasochisme et Cochonnades

De la satire politique à de l’animation trash sur fond de psychologie, en passant par un exercice de style sadomasochiste, inutile de dire que le programme de la 6ème journée de la 11ème édition du FEFFS fut éclectique. Le section crossovers voit arriver deux nouveaux concurrents. L’iranien Pig nous parle d’un serial killer assassinant des cinéastes reconnus, tandis que Holiday raconte les vacances psychologiquement violentes d’une jeune danoise. En compétition, Nicolas Pesce délivre avec Piercing un hommage au giallo. Pour finir, ce n’est pas un film qu’on retrouve en séance de minuit mais une série. Crisis Jung le nouveau bébé des studios Bobbypills délivre son quota de saletés.

[Crossovers] Pig

Réalisé par Mani Haghighi (Iran) Date de sortie : inconnue

Avec Hasan Majuni, Leila Hatami, Leili Rashidi

Le dernier festival de Cannes nous l’a une nouvelle fois prouvé, il est difficile d’être réalisateur dans un pays comme l’Iran. Jafar Panahi assigné à résidence après avoir critiqué ouvertement le régime politique de son pays en est l’exemple le plus frappant. Ce contexte difficile pour les artistes a inspiré à Mani Haghighi une comédie noire n’hésitant pas à prendre à bras le corps ce problème. Pig raconte l’histoire de Hasan, un réalisateur n’ayant plus le droit de tourner de long-métrage. Au même moment, un mystérieux assassin se met à décapiter ses amis cinéastes. Hasan se retrouve alors vexé de ne pas être pris pour cible. C’est avec ce postulat complètement absurde que Haghighi offre à son acteur Hasan Majuni, un véritable terrain de jeu pour son personnage de Hasan, un homme provocateur arborant des t-shirts à l’effigie de groupes de hard rock qui voit sa vie tourner au vinaigre.

Pig joue avec les codes horrifiques, notamment lors de sa mise en scène de meurtres ou de découvertes des cadavres. Mais le film de Haghighi est avant tout une comédie à l’humour cinglant, mettant en scène des personnages aux allures Coenniennes. Bien que le film souffre un peu trop souvent de longueurs, Haghighi arrive à constamment surprendre le spectateur. Il n’hésite d’ailleurs pas à convoquer des séquences hallucinogènes dont une où Hasan Majuni délivre une reprise perse de Hells Bells à l’aide de sa raquette de tennis. Un film politiquement virulent, qui a réussi par on ne sait quel miracle à éviter la censure de son pays.

https://www.youtube.com/watch?v=cW1L4I5lGI4

[Compétition internationale] Piercing

Réalisé par Nicolas Pesce (USA) Date de sortie : inconnue

Avec Christopher Abbott, Mia Wasikowska, Laia Costa..

En voilà un film étrange sur la papier. Piercing est le deuxième film d’un jeune metteur en scène américain, qui est adapté d’un livre de l’auteur japonais Ryu Murakami et qui puise ses influences dans le cinéma européen des années 70. Piercing suit Reed, un jeune père de famille qui se lance dans un plan visant à assassiner une prostituée. Dès les premiers instants, on retrouve dans le film moult influences, allant de la fascination hitchcockienne pour le crime parfait à la fétichisation propre au giallo. Ce n’est pas uniquement dans les thématiques que le film renvoie à ces œuvres classiques mais également dans sa forme particulièrement exigeante et travaillée.

Piercing s’apparente alors assez vite à un exercice de style et à un vrai travail de cinéphile. La géométrie de sa ville, l’éclairage et l’esthétique de ses lieux convoquent le cinéma pop anglais et italien des années 60-70, tandis que certains tics de mise en scène renvoient à des auteurs comme Brian De Palma. La patte Murakami se retrouve également lorsque le film lorgne du côté du sadomasochisme de Audition, film de Takashi Miike scénarisé par l’écrivain nippon. Un véritable melting pot qui donne lieu à une œuvre enivrante, tout en étant drôle et déstabilisante. Un film qui reste pour le moins original, sachant déjouer les attentes du spectateur pour mieux le surprendre. Le duo d’acteur Abbott/Wasikowska fonctionne par ailleurs à merveille dans ce jeu de domination à la fois psychologique et physique. Cerise sur le gâteau, l’utilisation de morceaux phares composés par le groupe Goblins pour Dario Argento vient parachever ce bel enrobage.

[Crossovers] Holiday

Réalisé par Isabella Eklof (Danemark, Pays-Bas, Suède) Date de sortie : Inconnue

Avec Victoria Carmen Sonne, Lai Yde, Thijs Romer..

À première vue, on pourrait penser que Holiday s’apparente à s’y méprendre à Revenge de Coralie Fargeat. L’histoire d’une jolie jeune femme aux allures superficielles qui part prendre du bon temps en vacances avec son petit ami, jusqu’à ce qu’elle se fasse abuser sexuellement par ce dernier. Si ce postulat de départ est semblable, le film de la suédoise Isabella Eklof n’offre pas du tout la même vision. Holiday sous ses atours paradisiaques cache un ton beaucoup plus violent. Il suffit de voir la séquence de viol pour comprendre que Eklof ne va pas édulcorer son propos. Une séquence en plan fixe particulièrement éprouvante et au réalisme dérangeant qui peut assez facilement rappeler des œuvres comme Irréversible. Le film ne prend pas la direction du rape and revenge grandiloquent. Ekloff continue de tracer son propos pesant.

Le personnage de Sasha offre une ambiguïté intéressante. Elle semble pleinement consciente de l’état de soumission dans lequel elle se trouve mais ne semble pas vouloir y échapper. Avec son approche glaçante et cynique, Ekloff perturbe le spectateur. La violence abrupte qui émane de façon choquante à quelques reprises marque. Tout cela nous pousse à nous demander si la cinéaste ne tombe pas dans une certaine complaisance à ce niveau. Elle a au moins le mérite d’éviter tout jugement envers ses personnages. Le film semble cependant tourner à de nombreuses reprises à vide. C’est une œuvre d’une certaine audace que crée Ekloff qui parle pour elle des méfaits du capitalisme et de ce mode de vie qui en découle. Il reste un portrait éprouvant de femme abusée, même si bien trop conscient de ses artifices pour pleinement convaincre.

[Midnight Movies] Crisis Jung

Réalisé par Baptiste Gaubert, Jérémie Hoarau (France) Date de sortie : prochainement

Voix de Karim Tougui, Pauline Moingeon, Martial Le Minoux…

Et si le meilleur film du FEFFS était en fait une série ? C’est ce qu’on est en droit de se demander après s’être pris l’uppercut Crisis Jung en séance de minuit. La nouvelle production du studio Bobbypills, déjà responsable des délirants Vermin et PeePooDo se paie le luxe de convoquer les têtes derrière la série Lastman. Les auteurs ont d’ailleurs eu carte blanche et cela se voit. Vendu comme un Ken le survivant qui va chez le psy, Crisis Jung nous emmène dans un monde post-apo où le désespoir semble avoir pris le dessus. Jung vivait le parfait amour jusqu’à ce que l’ignoble Petit Jésus assassine sa bien-aimée Maria. Décidé à se venger et à retrouver sa dulcinée, Jung se lance dans une lutte sanglante contre les suppôts de Petit Jésus.

Concentré d’ultra-violence et d’imagerie très très sale, Crisis Jung pousse le délire à des niveaux encore plus extrêmes que ses prédécesseurs. Reprenant des formules d’anime articulant tous les épisodes sur un schéma semblable, la série voit Jung aux prises avec des créatures reprenant des sentiments tels que la confiance, la tolérance ou le courage. C’est là qu’entre la dimension psychologique de la série, les auteurs ayant étudié la pensée Jungienne pour construire leur série, car c’est grâce à un petit passage chez le psy que le personnage principal va pouvoir tel un héros de shonen obtenir un power-up. En remettant en cause sa pensée ainsi que sa virilité et en se découvrant des nouvelles qualités, Jung va pouvoir faire exploser un concentré de violence lui permettant de terrasser n’importe quel ennemi. Terriblement irrévérencieux, Crisis Jung bénéficie également d’une animation au poil malgré un faible budget. Une petite saison de 10 épisodes de 6 minutes se suffisant à elle-même qui montre une nouvelle fois l’esprit complètement tordu du studio Bobbypills. Quoi qu’il en soit on ne peut que les remercier de nous offrir des œuvres si libres allant jusqu’au bout de leurs intentions.

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