Séries Mania 2018 – Compétition française : Maman a tort

Présentée par l’équipe dans le cadre de la compétition française, la nouvelle production policière de France 2, Maman a tort, ne sort pas trop des sentiers battus dans le développement de son intrigue mais fonctionne grâce à son casting parfait et son ambiance qui oscille entre thriller, comédie et fantastique.

Synopsis: Quand Malone, du haut de ses trois ans et demi affirme que sa maman n’est pas sa maman, Vasile, psychologue scolaire le croit ; mais il doit agir vite et trouver de l’aide ; celle de Marianne, commandant de police au SRPJ du Havre, par exemple. Mais doit-on croire la parole d’un enfant, lorsqu’on est flic, la tête occupée par l’enquête d’un casse sanglant, avec un butin de plusieurs millions d’euros dans la nature ?

Derrière ce titre qui pourrait être celui d’une comédie vaudevillesque ou d’une sitcom se cache en réalité une enquête aux multiples ramifications. Maman a tort prend pour décor la ville du Havre (Normandie) et, à partir d’un postulat simple (un enfant de quatre ans affirme que ses parents ne sont pas les vrais), développe une galerie de personnages finement écrits. Policiers, psychologue, parents en détresse et même gangster tournent autour de ce bambin un peu étrange, et comme on s’y attend dans ce genre de production, la vérité n’est évidement pas ce qu’elle semble être au premier abord.

Le pilote réussit même le tour de force d’intriguer sans trop en révéler. Au cours de cette première heure, on se demande vraiment si l’on regarde une enquête policière, un récit familial à résonance sociale… ou même une histoire de fantômes. De ce foisonnement de possibilités, Maman a tort en tire sa principale force. On s’étonne même de ne pas se sentir perdu au milieu de ces personnages qui ont tendance à se multiplier, amenant chacun une part d’ombre ou de lumière qui donne à l’ensemble une richesse étonnante, pour une production française.

Dommage que le deuxième épisode commence à éventer toutes les pistes un peu trop rapidement. On comprend très vite le lien entre les deux enquêtes supposément sans rapport, et le twist final nous donne l’impression d’avoir déjà découvert le pot au roses. Pour une enquête censée tenir en haleine le public sur plusieurs semaines, c’est un peu risqué. Mais peut-être qu’il s’agit encore d’une fausse piste, comme il est d’usage dans ce type de polar.

Néanmoins, Maman a tort témoigne tout de même d’une évolution dans ce genre de productions. Non pas qu’elle révolutionne quelque chose, mais elle cumule autant de défauts des anciennes productions estivales (comme Dolmen) que d’améliorations bienvenues de ces dernières années. En première place, l’interprétation est un quasi sans faute. En tête, ce personnage de commandant de police brillante mais un peu excentrique incarnée par Anne Charrier. Qu’elle s’énerve contre ses hommes, prenne un verre avec sa copine ou cherche un coup d’un soir, le personnage sonne toujours juste et penche plus du côté de Nicholson dans Chinatown (partageant avec lui un pansement ridicule sur le nez) que Lily Rush dans Cold Case. Une enquêtrice qui dégage finalement une chaleur et une humanité plutôt rares dans le registre du thriller.

Cette dernière doit tenir un département où chacun y va de sa petite excentricité. Un collègue blasé malheureux en amour (Pascal Elbé très bien), un beau gosse un peu idiot mais papa poule et un jeune stagiaire brillant mais trop sûr de lui. Principal prétexte aux moments comiques, on s’attache assez rapidement à cette fine équipe qui fait ce qu’elle peut pour boucler les affaires les plus complexes avec les moyens du bord. Et celle qui les occupe en ce moment est particulièrement retorse. De l’autre côté, l’amour que les parents portent au jeune Malone (qui n’est peut-être pas leur enfant) parait sincère, mais il se dégage d’eux quelque chose de troublant. Les accusations de l’enfant ne paraissent pas si fantaisistes, tout cela grâce au jeu des acteurs. Restent les deux gangsters, pour l’instant pas trop développés, et le psychologue qui, malheureusement, cumule un peu trop de qualités (intelligent, jeune, beau gosse, altruiste, motard, doué au pieu…) pour être totalement crédible.

Chacun joue un double jeu, ou révèle des facettes inattendues, et la série passe avec une aisance formidable entre suspens, action (une poursuite plutôt bien exécutée), comédie et onirisme. Et le plaisir avec lequel François Velle filme la ville du Havre (et son architecture particulière) compensent finalement les quelques défauts propres à ce genre de production comme un générique un peu kitsch, des choix musicaux parfois douteux et des effets numériques pas toujours réussis. Mais une qualité d’écriture pareille est suffisamment rare pour être notée, et quand elle échappe au cahier des charges des productions télévisées (comme l’obligatoire scène de sexe du premier épisode), Maman a tort peut parfois faire preuve d’une vraie originalité.

L’équipe du film présente lors de cette première mondiale.

France 2018
Episodes 1 et 2 vf coul. 2×52min (série 6×52min)

Scénario : Véronique Lecharpy D’après l’œuvre de Michel Bussi
Réalisateur : François Velle
Compositeur : Armand Amar
Avec : Anne Charrier, Pascal Elbé, Sophie Quinton, Camille Lou, Gil Alma, Samuel Theis
Producteurs : MFP, France Télévisions, Pictanovo
Distribution : France Télévisions Distribution
Diffusion : France 2

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Vincent B.
Vincent B.https://www.lemagducine.fr/
Intéressé par tout, mais surtout n’importe quoi. Grand amateur de fantastique et de Science fiction débridé. Spécialiste Normand expatrié à Lille de la vague Sushi Typhoon (le seul qui s'en vante en tout cas). Je pense très sérieusement que l’on ne peut pas juger qu’un film est bon si l’on en a jamais vu de vraiment mauvais.

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