Un jour mon prince : Il était une fois… pas comme les autres

Au rayon des projets improbables, Un jour mon prince se posait là. Difficile de ne pas redouter à priori une énième tentative de détournement de conte de fées dans le cadre d’une production nationale rompue à la sinistrose en la matière. Pourtant, entre modernité et naïveté, décalage et déférence, gonzo et poésie, le premier film de Flavia Coste réussit à trouver l’équilibre délicat qui manque cruellement aux entreprises actuelles mises à jour de mythes pérennes.

Girls Trip

A priori, dieu sait que l’expérience s’annonce comme un défi. 1h30 à passer en compagnie de deux fées québécoises envoyées à Paris pour trouver le prince charmant qui pourra réveiller d’un baiser fougueux la Belle au bois dormant et accessoirement prévenir leur royaume d’une disparition imminente, avouez que ça relève du challenge. A ce stade votre serviteur se demandait même combien de temps sa masculinité susceptible allait pouvoir encaisser la provocation. Comme si on lui demandait de museler ses hormones dans une grenouillère camisolée pour ne pas déranger la soirée pyjama à laquelle il a été convié. Mais contre toutes attentes, le charme opère. A tel point que passées les dix minutes d’adaptation à l’univers bigarré et au phrasé de nos deux fées en goguette, nos instincts de mâle bourru ont largement fait la paix avec ce qui se déroule à l’écran. Car plus encore qu’une surprise inattendue, Un jour mon prince se révèle exactement le contraire de ce que l’on appréhendait. A savoir un truc girly qui n’aurait retenu du genre que ses substrats dévoyés par le marketing, dissimulant sa vulgarité derrière des postures militantes aussi profondes qu’un hashtag sur Twitter. Un peu comme un épisode de Shrek emballé par le clippeur de Nicki Minaj en somme.

La file d’attente grossit pour réveiller la belle endormie…

Mieux : il s’agit d’un véritable conte de fées moderne qui chercherait à revitaliser les figures de style avec une modernité féministe sans opposer sa démarche à une véritable déférence à l’imaginaire détourné. Flavia Coste a l’intelligence de rester à hauteur de la vision du monde de ses deux héroïnes, véritables princesses ayant grandi dans l’univers protégé des contes de fées qui confrontent leurs certitudes aux vicissitudes de la vie moderne. L’histoire classique du poisson hors de l’eau en somme, mais que la cinéaste dynamise grâce à sa capacité à ne jamais creuser plus que de raison l’écart entre ses deux fées et les rues parisiennes malgré l’approche résolument délurée de l’ensemble.

Libérée, délivrée

De fait, à travers son rythme speedé et sa direction artistique qui fait un gros doigt d’honneur à la neutralité, la réalisatrice construit sur la longueur le décalage entre les personnages et leur environnement. A l’inverse d’un Jean-Marie Poiré sur Les visiteurs par exemple, qui imposait la différence de ses héros à coup de montage hachuré et de courtes-focales hystériques. Outil que Flavia Coste reprend volontiers à son compte, mais avec un sens du tempo et une sensibilité à mille lieux du tartinage aveuglant du réalisateur des Anges Gardiens. Un jour mon Prince élabore un univers complet, dans lequel la présence des contes des fées dans la réalité se joue dans le creuset qui sépare les deux mondes, et que vont expérimenter les deux héroïnes.

De fait, aussi délirant qu’il soit, Un jour mon prince fait les choses sérieusement, et n’utilise jamais son postulat WTF pour traiter avec désinvolture l’aspect visuel de son film. De toute évidence , Flavia Coste désire emporter la croyance du spectateur dans l’univers dépeint. La réalisatrice et son équipe déploient ainsi un monde volontiers outrancier mais crédible, dont le merveilleux émane de la flatteuse confection artisanale de l’ensemble. Citant volontiers Jacques Demy parmi ses influences, la réalisatrice renoue mine de rien avec un goût de l’imaginaire et de l’artisanat poétique devenu trop rare en France, mais qui fait pourtant partie intégrante du patrimoine national. Il y a bien les quelques fautes de goût inhérentes à une démarche aussi assumée, et un côté too much qui ne plaira pas à tout le monde (tant pis pour eux). Mais l’ensemble est infusé d’une valeur que l’on a trop peu l’habitude de voir ainsi mise à l’honneur en France, plus encore dans ce genre de production : le souci du travail bien fait.

La reine Titiana ne laisse rien paraitre.

Ce souci d’imposer un univers crédible reflète toute la volonté de Coste de ne pas traiter l’univers du conte et celui de la réalité comme des antagonistes. Un souci qui se manifeste dans sa capacité à créer de l’empathie pour ses deux héroïnes, candides attachantes qui vont devoir reconsidérer leur vision utopique de l’amour à l’aune de leur confrontation avec la complexité des sentiments dans le monde moderne. Toute la note d’intention d’Un jour, mon prince repose sur ce postulat. Dans cette volonté de revendiquer le droit se moquer des figures des codes des contes de fées sans le faire au détriment de ses personnages. Une façon finalement de réconcilier le merveilleux avec des problématiques contemporaines, chacun faisant un pas vers l’autre. Geste de cinéma d’une transgression bienvenue qui ne vire jamais au crime de lèse-majesté, Un jour mon prince s’impose surtout comme une proposition salutaire qui jure dans un paysage national trop souvent soumis à la tyrannie du consensus télévisuel. A l’instar d’un casting, visiblement grisé à l’idée de jouer dans un film à ce point aux antipodes des diktats (PEF, Catherine Jacob, Jean-Luc Couchard), Flavia Coste s’éclate sans demander l’autorisation à personne. C’est peut-être cette liberté, la leçon la plus précieuse d’Un Jour mon prince.

Un jour mon prince : Bande-annonce

Synopsis : Il y a presque cent ans que La Belle au Bois dormant est plongée dans un profond sommeil. Or jusqu’ici, aucun prince n’a réussi à la réveiller d’un baiser. Et le temps presse : si aucun candidat sérieux ne se présente, le royaume des fées risque de disparaître à jamais. La Reine Titiana envoie donc deux fées à Paris, Blondine et Mélusine, avec une mission spéciale : trouver l’homme idéal. Mais nos deux fées, propulsées au 21ème siècle, vont vite se rendre compte que la tâche est plus compliquée qu’elle n’y paraît…

Un jour mon prince : Fiche Technique

Réalisation : Flavia Coste
Scénario : Flavia Coste et Gabor Rassov
Interprétation: Sarah-Jeanne Labrosse (Blondine), Mylène Saint-Sauveur (Mélusine), Pierre-François Martin-Laval (Le Corbeau), Catherine Jacob (La Reine Titiana), Jean-Luc Couchard (Puck), Hugo Becker (Guillaume), Flavia Coste (Pauline), Margaux van den Plas (La Belle), Catherine Artigala (Mme Desrivière)
Musique : Jorane et Eloi
Montage : Guillaume Bauer
Photographie : Philippe Lavalette
Décors : Laurence Brenguier
Costumes : Jackye Fauconnier
Producteur : Antoine de Clermont-Tonnerre et Christian Larouche
Coproducteur : Eric Heumann et Maurice Kantor
Production : Mact Productions, Christal Films, Paradis Films et France 3 Cinéma
Distribution : Paradis Films
Durée : 82 minutes
Date de sortie : 11 janvier 2017
Pays d’origine : France et Canada

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Guillaume Meral
Guillaume Meralhttps://www.lemagducine.fr/
"Titulaire d'un master en filmologie et actuellement en doctorat, Guillaume a déjà travaillé pour quelques médias avant de rejoindre l'équipe. Fan de James Cameron et George Miller, dévot de Michael Mann et Tsui Hark, groupie de John Woo et John Carpenter, il assure néanmoins conserver son objectivité critique en toutes circonstances, particulièrement pour les films qu'il n'aime pas (en gros: La Nouvelle-Vague, les Marvel et Denis Villeneuve). Il aime les phrases (trop) longues, la douceur sémantique de Booba et Kaaris, et le whisky sans coca"

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