Festival Lumière 2017 : PTU, un polar atmosphérique

Dans le cadre du Festival, le prix Lumière Wong Kar Wai nous propose de (re)découvrir PTU de Johnnie To. Polar proche de l’expérimentation, cette œuvre est une virée nocturne et atmosphérique dans un Hong Kong burlesque et désertique. PTU n’est pas un polar comme les autres, mais on comprend vite l’admiration de Wong Kar Wai pour ce film.

Emporté par une mise en scène alléchante et jamais ostentatoire dans son déploiement, PTU isole alors ses personnages, lors d’une seule et unique nuit, dans une affaire policière qui agencera ses strates par le biais d’une tension qui va aller crescendo, tout en étant ponctuée d’une ironie comique subtile. Il n’y a qu’à voir le point de départ de l’intrigue : un officier de police perd bêtement son pistolet et demande à ses comparses militaires de le récupérer des mains d’un gang pour ne pas être mis à pied. Derrière ses personnages finement caractérisés, c’est surtout la réalisation qui fait toute la fine magie de PTU, une beauté formelle aussi maîtrisée que contemplative.

Dans une ambiance en pesanteur, Johnnie To filme un Hong Kong à hauteur d’homme, comme on a très peu l’habitude de le voir. Souvent soumis à une foule aussi phosphorescente qu’indigeste dans l’imaginaire cinématographique, la mégalopole dévoile cette fois-ci un arrière du décor aussi délicat qu’hallucinogène : des ruelles résidentielles noyées sous la nuit, des bâtiments laissés à l’abandon, des salles de jeux d’arcade paumées pour jeunes  et des bouis-bouis délabrés, c’est donc un no man’s land qui s’ouvre à nous comme une aire de jeu pour une guérilla patibulaire et minimaliste. Johnnie To magnifie ses décors par son sens du cadre et sa qualité dans les jeux de lumière.

Comme avec Wong Kar Wai ou même Tsui Hark, avec tout de même plus d’humilité dans son esthétisme, le style devient la substance même de l’œuvre où une certaine morosité se dégage de la porosité de ces surfaces industrielles un peu abruptes, qui ne sont pas forcément le lieu propice à une exaltation de l’action ni à une surenchère de gunfights foutraques, mais qui permet à PTU de ménager ses effets et de prendre le spectateur par la main pour l’amener dans sa nuit tendue qui véhicule une violence assez soudaine et inattendue.

Tout comme Michael Mann, Johnnie To nous immerge dans un cinéma du mouvement, avec une réalisation qui se met au diapason de son récit, qui n’avance que par l’avancée géographique de ses personnages. Malgré son calme et sa cupidité géniale (erreur dans la récupération des téléphones, le poignardé qui veut aller à l’hôpital), le réalisateur révèle ses distractions avec un détachement arrogant, parle d’un code d’honneur aux largeurs assez extensibles, et soutient avec succès la panique existentielle du film jusqu’à l’énigmatique ironie de la révélation finale.

Entre ces policiers qui se cachent des informations, ces colonels qui frappent des petits merdeux, des militaires à la camaraderie enfantine et à la démarche robotique qu’on croirait tout droit sorti d’une bande de boy scout, ce flic bedonnant au sourire idiot, PTU use d’un comique de situation assez absurde, grotesque mais ne déleste jamais son récit d’un certain réalisme et garde toujours en tête la tension policière qui fait de lui un polar singulier.

PTU de Johnnie To : Bande-annonce

Titre : PTU (Police Tactical Unit)

Réalisateur : Johnnie To
Casting : Simon Yam, Lam Suet, Maggie Siu, Ruby Wong…
Bande originale : Chi Wing Chung
Récompenses : Hong Kong Film Award du meilleur réalisateur
Date de sortie : 5 octobre 2005
Durée :(1h 28min)
Genre : Policier
Nationalité hong-kongais

Festival

Festival Lumière 2026 : Ray Gunn, le miracle de Brad Bird

Avec "Ray Gunn", Brad Bird ressuscite un projet vieux de trente ans dans un polar animé rétro-futuriste où l’héritage du film noir rencontre une société rongée par le racisme, la corruption et les faux-semblants. Entre virtuosité visuelle, richesse thématique et grand spectacle, le réalisateur des Indestructibles signe un bonbon à l’amertume néo-noir, aussi foisonnant que réjouissant.

Festival Lumière 2026 : Peking Opera Blues, Tsui Hark en maestro

Quarante ans après sa sortie hongkongaise, "Peking Opera Blues" arrive enfin dans les salles françaises le 21 octobre, restauré en 4K. Dans le Pékin chaotique de 1913, trois femmes que tout oppose se retrouvent à l’opéra pour une aventure où le vaudeville bouscule le pouvoir. Un classique survolté, tendre et irrésistible, (re)découvert au Festival Lumière 2026, dont Tsui Hark était l'un des grands invités.

Deauville 2026 : La Gradiva, la jeunesse pétrifiée

Grand Prix de la Semaine de la Critique à Cannes, "La Gradiva" relate le voyage scolaire d'une classe de terminale dans la région de Naples. En transcendant les codes du "teen movie", Marine Atlan brosse le portrait vibrant d’une génération inquiète et sensible. Un drame mélancolique plein de grâce et de poésie.

Deauville 2026 : Teenage Sex and Death at Camp Miasma, la petite mort comme grand art

Une jeune cinéaste queer est engagée pour relancer une franchise horrifique vieillissante et part convaincre l'actrice recluse qui incarnait la survivante du premier film culte. Entre elles naissent fascination, désir et vertige, dans un jeu de miroirs où le genre devient territoire de liberté.

Newsletter

À ne pas manquer

Clayface : le visage de l’autre

"Clayface" est le film du renouveau du DCU : un body horror organique et romantique qui assume son héritage — Cronenberg, Carpenter, Todds jusqu’à "The Substance" — pour faire du visage mutilé le théâtre même de l’identité.

Héros (2007) : Une séquestration sur les nerfs

Et c'est peut-être là que le film trouve sa plus belle idée : faire de la solitude un personnage à part entière, invisible mais omniprésent, qui hante chaque recoin de l'appartement. Pierre Forêt ne cherche pas tant à être aimé qu'à être enfin entendu, et c'est cette nuance qui donne au personnage sa fragilité touchante. On en sort avec l'impression étrange d'avoir ri à des choses qui ne font pas rire, et d'avoir pleuré à des choses qui ne font pas pleurer non plus. Tout le paradoxe de ce Héros, et sans doute sa plus grande force.

L’Île des souvenirs : jamais deux sans toi

Jo et Raissa, amies depuis l'enfance, se retrouvent propulsées sur Nakali, île mythologique nourrie du folklore philippin, la veille de leur séparation. Pour rentrer chez elles, elles risquent de perdre leurs souvenirs communs. Une amitié touchante et une animation ambitieuse, freinées par un rythme trop pressé.

Minotaure : nourrir l’ogre

Exilé en France, Andreï Zviaguintsev est de retour, neuf ans après le mémorable Faute d'amour. Reprise de La Femme infidèle de Chabrol, cette chronique d'un adultère virant au drame fait écho à la Russie de 2022 qui entamait alors son "opération spéciale". Analyse d'un film aussi riche que stimulant.

Les Misérables (2026) : Victor Hugo sous anesthésie

Après Dumas, le cinéma français s’attaque à Victor Hugo. Avec Vincent Lindon et Tahar Rahim, Fred Cavayé livre des "Misérables" léchés, bien interprétés, mais sans souffle ni colère. Une fresque qui ne saisit pas l’âme du roman et ne se l’approprie pas non plus, à l’inverse de Ladj Ly.

Festival Lumière 2026 : Ray Gunn, le miracle de Brad Bird

Avec "Ray Gunn", Brad Bird ressuscite un projet vieux de trente ans dans un polar animé rétro-futuriste où l’héritage du film noir rencontre une société rongée par le racisme, la corruption et les faux-semblants. Entre virtuosité visuelle, richesse thématique et grand spectacle, le réalisateur des Indestructibles signe un bonbon à l’amertume néo-noir, aussi foisonnant que réjouissant.

Festival Lumière 2026 : Peking Opera Blues, Tsui Hark en maestro

Quarante ans après sa sortie hongkongaise, "Peking Opera Blues" arrive enfin dans les salles françaises le 21 octobre, restauré en 4K. Dans le Pékin chaotique de 1913, trois femmes que tout oppose se retrouvent à l’opéra pour une aventure où le vaudeville bouscule le pouvoir. Un classique survolté, tendre et irrésistible, (re)découvert au Festival Lumière 2026, dont Tsui Hark était l'un des grands invités.

Deauville 2026 : La Gradiva, la jeunesse pétrifiée

Grand Prix de la Semaine de la Critique à Cannes, "La Gradiva" relate le voyage scolaire d'une classe de terminale dans la région de Naples. En transcendant les codes du "teen movie", Marine Atlan brosse le portrait vibrant d’une génération inquiète et sensible. Un drame mélancolique plein de grâce et de poésie.