Hollywood et les remakes : le piètre cas de Dirty Dancing

Si à l’heure actuelle beaucoup de gens rejettent les remakes, ils restent pourtant essentiels au cinéma. Malheureusement certains projets viennent ternir cette image bienfaitrice, comme le téléfilm Dirty Dancing récemment diffusé sur ABC…

La rentrée s’est bien passée pour les jeunes internautes ? Les étudiants en herbe sont déjà à fond dans les révisions, dans le but de préparer leurs examens ? Vous en avez déjà marre de toute cette pression scolaire qui vous stresse, vous angoisse ? Pour adoucir l’ambiance, la rédaction de CineSeriesMag vous propose un petit cours, pour le moins récréatif. Celui abordant le thème de « comment éviter de faire un très mauvais remake ». Et pour illustrer cela, nous aborderons une nouvelle tentative insipide de la part des producteurs, qui pensent pouvoir crouler sous l’or en prétextant faire découvrir une œuvre culte à toute une nouvelle génération de cinéphiles : Dirty Dancing. Mais leur incompétence en termes d’ambition et leur manque d’implication dans leur travail fait que, la plupart du temps, ledit remake est aussi bien une catastrophe artistique que commerciale. Voulez-vous absolument éviter ce cas de figure ? Voici les points à respecter pour réaliser ce que nous pouvons considérer comme un bon remake !

Pour information, Dirty Dancing version 2017 est un téléfilm produit par la chaîne américaine ABC et diffusé le 24 mai dernier.

Avoir une bonne raison de le faire

Avant toute chose, il faut savoir pourquoi réaliser un remake peut s’avérer indispensable pour certaines œuvres cinématographiques. Se présentant par définition comme une nouvelle version du matériau de base, le remake se doit d’apporter quelque chose à ce dernier. Qu’il s’agisse de le dépoussiérer par le biais d’une nouvelle technologie (le King Kong de Peter Jackson, avec des effets spéciaux dantesques) ou par des thématiques remises à l’ordre du jour (La Guerre des Mondes de Steven Spielberg, la menace soviétique laissant sa place aux conséquences du terrorisme). D’y apporter une toute nouvelle vision propre à son réalisateur, pouvant au mieux surpasser son aîné (The Thing de John Carpenter, reprise de La Chose d’un autre monde). De l’améliorer par plus de maîtrise et d’efficacité (La colline a des yeux, d’Alexandre Aja). Bref, il est impératif d’avoir un argument valable pour se lancer dans un tel projet ! Et pourtant, beaucoup ne semblent pas connaître cette règle de base, livrant pour le coup d’infâmes navets au public. Se vautrant dans le copier-coller sans nom, au risque de dénaturer l’œuvre originelle. S’attaquant également à des titres qui, étant tellement ancrés dans leur époque et ayant déjà un charme imparable, n’ont pas besoin d’être « modernisés ». En effet, voir des remakes de films comme Jurassic Park, Titanic, Le Seigneur des Anneaux ou encore – pour toucher un autre domaine de la cinéphilie – Autant en emporte le vent relèverait du blasphème pur et dur. Mais malgré cela, certaines personnes n’ayant pour seule ambition que de « surfer sur le succès » osent ce genre d’infamies, offrant au remake une assez mauvaise image dans l’inconscient collectif.

Dirty Dancing est carrément de cette trempe. Car, en réfléchissant bien, hormis l’appât du gain, pourquoi refaire le film d’Emile Ardolino ? Entre les réfractaires qui le considèrent comme un nanar musical, une bluette à l’eau de rose, et des fans ayant été marqués par ses musiques, son aspect naïf et conte de fées, rien ne prédisposait le long-métrage à avoir droit à un remake. Surtout qu’en y réfléchissant bien, le genre de la comédie musicale se prête assez mal à l’exercice, proposant des titres au scénario se suffisant à lui-même et ayant pour atout une bande son justement indémodable. Se tirant donc déjà une balle dans le pied dès sa mise en chantier, ce genre de remake ne peut que reprendre le script du film originel tout en modernisant – pour ne pas dire massacrer – les chansons. Dirty Dancing version 2017, c’est la copie conforme, réplique après réplique, de l’original. Il y a bien quelques modifications, comme les personnages de Neil Kellerman (petit con prétentieux devenu un benêt lourdingue) et de Vivian Pressman (femme divorcée et cougar au lieu d’une épouse nymphomane). Mais ces changements ne sont pas justifiés et n’apportent clairement rien ! Sans compter quelques oublis (le couple Schumacher, pickpockets) pourtant évoqués sans raisons dans cette version (le scénario passe tout de même par une histoire de vol de portefeuilles), ce qui amène à bon nombre d’incohérences.

En ajout, nous pouvons tout de même compter sur un script s’intéressant bien plus aux parents de l’héroïne. Alors que le film original faisait la part belle à la relation père-fille, ce remake s’intéresse cette fois-ci à la destruction progressive du couple. Le mari, tellement plongé dans son travail et qui veut être le bon père de famille idéal, en délaisse inconsciemment sa femme. Un petit plus apporté à l’histoire de Dirty Dancing qui aurait pu être acceptable – notamment dans cette vision où Bébé et sa sœur, ayant vécu dans cette optique de la famille parfaite, voient cette image s’écrouler car faisant face à la dure réalité de la vie en couple – s’il était narré convenablement. Ou encore l’amourette de la sœur de Bébé avec un musicien noir, afin de parler de couple mixte (surtout pour l’époque du film, les années 60), si ce n’était pas aussi survolé. Malheureusement, tout comme deux-trois chansons supplémentaires, ces apports ne servent finalement qu’à meubler, rendant l’ensemble inutilement long (on passe de 100 à 130 minutes, tout de même !). Et on ne parlera pas du final : un autre ajout (le devenir du couple Bébé/Castle des années plus tard), qui ne fait que casser le côté féerique et niais totalement assumé du long-métrage d’Ardolino, également omniprésent dans cette version.

Avoir un bon casting

Pour un remake, l’un des problèmes majeurs à surmonter est le casting originel. Si beaucoup de films sont encore aujourd’hui dans les esprits, c’est pour leurs comédiens. Pour l’exemple, imaginez-vous une reprise du Flic de Beverly Hills, avec quelqu’un d’autre à la place d’Eddie Murphy ? Ou encore un Retour vers le futur sans Michael J. Fox et Christopher Lloyd ? Vraiment difficile d’entrevoir de tels faits. Et notamment dans le domaine de la comédie musicale, qui puise souvent son succès populaire auprès de son couple vedette. Il suffit de voir Footloose, dont le remake de 2011 souffrait déjà de l’absence de Kevin Bacon (son remplaçant, Kenny Wormald, n’ayant pas le même charisme), ou d’imaginer Grease sans les éternels John Travolta/Olivia Newton-John. Dirty Dancing, c’est exactement la même chose : outre quelques chorégraphies et chansons, ce qui avait marqué les esprits à l’époque de la sortie du film, c’était le tandem Patrick Swayze/Jennifer Grey. Le couple était bancal sur le papier (acteurs inconnus à l’époque, aucune entente sur le tournage…), mais avait réussi à créer l’alchimie et la passion qui avait marqué tant de fans, hissant ce film au rang d’œuvre culte. Remplacer cet atout par de nouveaux comédiens était d’entrée de jeu le premier obstacle à surmonter.

Abigail Breslin est une bonne actrice, elle a su le démontrer dans de précédents projets et ce depuis sa jeune consécration dans Little Miss Sunshine. Mais il faut se rendre à l’évidence : le rôle de Bébé n’est pas fait pour elle. D’une part parce qu’elle n’a malheureusement pas le charme de Jennifer Grey (ni même la carrure, ne le cachons pas sans être méchant…). Et d’autre part, parce que son jeu d’actrice ne convient pas à ce genre de film, surtout quand elle n’est pas dirigée. Si la comédienne semble s’éclater pour quelques pas de danse, elle ne parvient pas à rendre son personnage attachant, car surjouant beaucoup trop. Peut-être le fait-elle le temps d’une scène (celle où son personnage se lâche devant son père), mais cela reste insuffisant. Colt Prattes, quant à lui, est l’exemple-type du mauvais remplaçant. Comme Swayze à l’époque, pour le public, il sort de nulle part (du milieu de la danse et des petits rôles). Cependant, à part jouer le bad boy à l’excès, il est aussi oubliable qu’un figurant de seconde zone, n’ayant tout simplement aucun « dirtycharisme » ni talent. Malgré leur mésentente si légendaire, Jennifer Grey et Patrick Swayze avaient su mettre de côté leurs différends (sauf quand Swayze ne cachait pas son agacement envers sa partenaire qui riait sans cesse à ses chatouilles involontaires, scène d’ailleurs gardée dans le film) et créer l’alchimie parfaite entre leurs deux personnages, faisant prendre à Dirty Dancing tout son sens. Avec Abigail Breslin et Colt Prattes, c’est le vide abyssal. La passion n’est plus au rendez-vous. Plus rien ne semble crédible à l’image. Le remake n’a, pour ainsi dire, plus aucune raison d’être, ayant enterré l’essence même du film original. Et ce n’est pas, comme dans la plupart des « nouvelles versions », en prenant des comédiens connus (outre Abigail Breslin, nous avons également Bruce Greenwood) que cela va arranger quoi que ce soit. Car ce n’est pas en cherchant à redonner du prestige à un casting bancal que l’on retrouve forcément l’étincelle de l’original.

Avoir une bonne équipe en charge du projet

Comme pour n’importe quel film, il est impératif que l’équipe de tournage soit solide pour un remake. Notamment en ce qui concerne le réalisateur, l’une des personnes clés de la conception du projet. Celle qui peut comprendre ce qu’elle a entre les mains, qui a correctement décortiqué le matériau de base pour en faire une variation respectueuse. Et surtout quelqu’un sachant mener à bien un projet, qui ne soit pas un banal yes man ne faisant que son devoir sans se forcer. Dans ce cas-là, le rendu final risque fort de n’avoir aucune envergure. Bien qu’il ne s’agisse pas d’un remake (plutôt d’un hybride entre la suite et le reboot), prenons le cas de Predators. Le producteur Robert Rodriguez a voulu rendre hommage au film de McTiernan car, ce qui en faisait son charme, c’était son action dans la jungle. Donc faisons un nouvel opus dans la jungle ! Mais Predator premier du nom n’était pas aussi banal que Rodriguez semblait le voir. Il y avait une mise en scène ingénieuse, pointilleuse, malheureusement singée dans le reboot. Des séquences d’anthologie, reprises plus que maladroitement (celle du Yakuza, remplaçant l’Amérindien du film original, devenant un banal face-à-face et non une séquence de terreur). Il est donc clair que le réalisateur d’un remake se doit d’être talentueux et de savoir quoi faire de son projet. Et pour bien le comprendre, voici un comparatif de la danse finale des deux versions de Dirty Dancing, séquence qui résume à elle seule le fossé séparant les deux films.

Emile Ardolino (futur réalisateur de Sister Act), est à la tête d’une histoire d’amour musicale et il le sait très bien ! Du coup, pour la grande scène de danse, que fait-il ? En fond sonore, il met une chanson magnifique (qui remportera l’Oscar en 1988), faisant encore vibrer les foules grâce à sa mélodie et ses deux interprètes. Il colle sa caméra à son couple vedette et ne le quitte pratiquement jamais des yeux, afin de capter un regard, un sourire qui témoigne de la complicité des deux personnages. La caméra ne quitte le duo d’acteurs que pour voir la réaction des spectateurs de la scène, éblouis par le spectacle qui leur est offert. Le réalisateur occupe l’espace comme il se doit, tournant autour pour mieux apprécier la chorégraphie. Il met le paquet sur les spots de lumière, afin de créer une ambiance à la fois passionnelle et virevoltante, à la limite du féérique (lumière rose, claire, éblouissante). Le film parlant de danse, il mise tout sur les pas de ses interprètes. Swayze démontre ses talents de danseurs, Grey s’éclate tout comme son personnage. Ils sont spontanés, énergiques, élégants… L’entrée sur la piste des figurants démontre le travail accompli par une très belle synchronisation. Et enfin, le plan iconique qui marquera toute une génération : celui du porté, filmé comme si c’était le clou du spectacle (couple mis en valeur, la comédienne dans une lumière plus forte, élévation de la musique…). Tout semble à fois si simple et si beau ! Normal que cette séquence traverse encore les âges !

Bien qu’il ait déjà dirigé des films musicaux (dont Les Saphirs), le réalisateur australien Wayne Blair n’était pas le gars sur qui il fallait compter pour faire un remake de Dirty Dancing. Avec une mise en scène beaucoup trop plan-plan et une mauvaise direction d’acteurs (la façon dont est joué le discours de Johnny Castle en dit long), le bonhomme se perd dans ce qui semble être un spectacle de fin d’année, encore au stade des répétitions : chorégraphies molles (Colt Prattes se dandine plutôt qu’il ne danse), comédiens ne se lâchant jamais, la caméra donnant l’impression de faire des repérages sur le plan final à enregistrer (constamment fixe malgré quelques zooms mineurs, n’occupant pas l’espace comme il faut…). L’ensemble parait brouillon, ne mettant jamais en valeur la danse des figurants ni même du couple vedette, beaucoup trop paresseux. Les lumières ne sont pas aussi travaillées, ce qui empêche une ambiance de se créer. La niaiserie prend cependant plus d’ampleur, donnant l’impression d’un film qui en fait beaucoup trop, qui n’a plus rien de spontané, d’iconique (le porté perd toute son ampleur). Cette fois-ci, les comédiens chantent, mais comme tout ne semble pas finalisé, la synchronisation avec le playback est laborieuse (mention spéciale à Bruce Greenwood) et le travail sur le chant n’est pas peaufiné comme il se doit. Et avec un public qui s’extasie pour rien, la mythique scène de Dirty Dancing premier du nom devient une représentation ridicule, guignolesque, qui fait autant rire jaune que pitié.

Et dire qu’à la base, c’était Kenny Ortega qui devait s’atteler à ce remake… Bien que celui-ci ait à son actif la trilogie des High School Musical et des deux Descendants, il est quand même un chorégraphe reconnu. Il a notamment travaillé avec Madonna, Michael Jackson et sur certains films, dont Dirty Dancing premier du nom. Même s’il n’est pas un réalisateur de renommée, il était au moins capable de donner du panache à cette nouvelle version, du moins pour les séquences dansées. Mais au final, à force de ne pas savoir comment mener le projet et de ne plus avoir confiance (au point de le reléguer au rang de téléfilm), les producteurs ont préféré jeter leur dévolu un metteur en scène lambda, incapable de bien moderniser une œuvre (mettre de l’électro dans She’s Like The Wind alors que l’histoire se déroule dans les années 60, c’est déjà problématique) et de tout mener sans aucun génie. Un homme ne sachant jamais recréer la passion de ses personnages, ni même la sensualité qui pouvait se dégager de certaines scènes. Comme les mains de Swayze caressant le corps de Grey. Juste un mec musclé faisant tomber le t-shirt trop facilement, à l’instar de Taylor Lautner dans Twilight. Donc, si vous voulez un bon remake, choisissez bien votre réalisateur et les gens qui l’entourent (monteur, directeur de la photographie…). Sinon, vous foncez droit dans le mur !

Voilà, ce petit cours arrive à son terme. En espérant que cela ait été autant récréatif qu’instructif. Le but étant de rappeler qu’un remake n’est pas forcément une abomination cinématographique mais bien une œuvre purement légitime. À condition, bien évidemment, d’avoir toutes les cartes en mains pour justifier son existence. Et en espérant également que ce cours vous aura donné envie d’éviter à tout prix ce Dirty Dancing version 2017 qui a eu la seule bonne idée de ne pas traverser l’Atlantique, ni de sortir dans les salles obscures. Mais qui a malheureusement réussi à laisser Bébé toute seule dans un coin…

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Sebastien Decocq
Sebastien Decocqhttps://www.lemagducine.fr/
Se droguant avec Jurassic Park, Les Dents de la Mer, Independence Day, E.T. et Indiana Jones à l'âge de 6 ans (même moins pour certains), autant dire que le cinéma était une passion d'emblée. Qui continue à s'élargir au fil des années, à tel point que j'espère un jour en faire mon métier (scénariste, réalisateur, critique... tout est bon !). A mon actif, quelques montages vidéos et un semblant de court-métrage en réserve, je préfère toutefois encore plus m'enfouir dans une salle de cinéma et me laisser transporter par ce que propose le grand écran. Que ce soit un plaisir coupable comme les comédies musicales ou les gros blockbusters d'un certain Michael Bay (je sens la foudre s'abattre sur moi !). Ou bien de véritables chefs-d'oeuvre. Quoiqu'il en soit, du moment que c'est signé par Nolan, Cameron, Spielberg et Burton, je fonce littéralement payer mon ticket.

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