Cannes 2017 : In The Fade, revenge movie simpliste porté par l’éclatante Diane Kruger

A la fois tragédie, film de procès et revenge movie, In The Fade joue avec tous les codes pour exploiter à fond les émotions de son actrice principale. Diane Kruger est en effet de tous les plans, mais son personnage suit une voie trop prévisible pour être véritablement épatante.

Synopsis : La vie de Katja s’effondre lorsque son mari et son fils meurent dans un attentat à la bombe. Après le deuil et l’injustice, viendra le temps de la vengeance.

In-the-Fade-Aus-dem-Nichts-Diane-Kruger-festival-cannes2017Quelle carrière incertaine que celle de Fatih Akin ! Depuis le succès de De l’autre Côté, il y a déjà dix ans, il était devenu difficile de prendre au sérieux cet allemand qui se présentait en porte-drapeau de la communauté turque en son pays. Le mauvais gout de Soul Kitchen et la lourdeur de The Cut nous avaient même laissé penser que nous ne réentendrons plus parler de lui. Et pourtant, son association avec Diane Kruger dans un thriller urbain lui permet de monter à nouveau les marches du tapis rouge et espérer prétendre au palmarès cannois. Contrairement aux films susnommés, l’héroïne n’est ici pas une expatriée turque, mais la femme de l’un d’eux. Le film commence d’ailleurs par leur mariage, tandis que lui est en prison. La suite sera –on ne spoile rien, c’est le postulat du film– la mort de ce mari et de leur fils puis le long travail de deuil de cette femme brisée. Le seul fait d’avoir fait de cet époux un turc rapidement disparu posait un trouble : Soit il rentrait dans une case caricaturale, voire raciste (ce que laissait craindre le fait qu’il apparaisse en prison), soit, à l’inverse, il devait apparaître comme la victime du racisme latent que chercherait à dénoncer son réalisateur. Sans surprise, c’est vers la seconde option que se tourne Akin, et pour qui en douterait avant même que ne soit donner l’identité des accusés, la veuve lâche un « Je suis sûr que ce sont des nazis ! » à peine significatif du peu de subtilité de ce discours politique binaire.

Ce n’est pourtant pas le pamphlet anti-nazis (et moins encore les invraisemblances de la sous-intrigue judiciaire) qui retiendra l’attention des spectateurs mais bien la performance de Diane Kruger. La belle allemande, découverte il y a une quinzaine d’années grâce à son mariage avec Guillaume Canet, semble vouloir rattraper la frustration de n’avoir encore gagné aucun prix alors qu’elle vient de dépasser les 40 ans. Tout est fait pour appuyer ses réactions, à commencer par ce plan en plongée sur son explosion lacrymal à l’annonce de la mort de son mari. Elle semble hurler sa volonté de chercher son prix, et Akin a décidé de l’y aider, en rédigeant son scénario de telle façon qu’elle ait à nous montrer toute la palette de jeu à sa disposition. Le thriller juridico-politique se transforme en film de démonstration. Fort heureusement, elle reste une bonne actrice, sans quoi les 90 minutes auraient été un vrai calvaire. Au lieu de quoi, et même si l’intrigue reste assez faible, la voir ainsi se transformer de femme endeuillée à vengeresse badass garde un minimum de charme… mais certainement pas assez pour justifier une nomination en Compétition du Festival de Cannes. Que Jérôme Seydoux apparaisse parmi les producteurs n’y ait certainement pas pour rien non plus.

[COMPÉTITION OFFICIELLE] In The Fade (Titre original : Aus dem Nichts)

Un film de Fatih Akin
Avec Diane Kruger, Denis Moschitto, Johannes Krisch, Samia Chancrin, Numan Acar et Ulrich Tukur
Distributeur : Pathé Distribution
Genre : Thriller, Drame
Durée : 1h 46min
Date de sortie : Prochainement

Allemand, Français – 2017

In The Fade : Bande-annonce

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Julien Dugois
Julien Dugoishttps://www.lemagducine.fr/
Sans jamais avoir voulu me prétendre du statut pompeux de cinéphile, je suis un dévoreur acharné de films, de tous genres, de tous horizons. J’admets vouer un culte aux œuvres de Kubrick, Chaplin, les frères Coen, Kurosawa et Jarmusch, pour ne citer qu’eux. De cette passion, devenue addiction, est née mon envie de passer un diplôme en audiovisuel pour poser un regard plus professionnel sur ce que je vois, mais aussi de rédiger des critiques. A l’origine, je n’écrivais que pour moi, me faisant des fiches pour combler ma mémoire défaillante, mais j’essaie aujourd’hui d’étoffer mes écrits pour être lu de ceux avec qui j’aimerai partager mon avis et débattre intelligemment.

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