« Le Dernier Écrivain » : le monde de demain

Quand un homme du passé devient le dernier rempart contre un futur sans âme…

Sugai a 27 ans, une maladie incurable et des romans que personne ne lit. Un destin sans éclat, jusqu’à ce qu’une fan lui redonne le goût d’écrire, et de vivre. Pour ne pas l’inquiéter, il accepte en secret un protocole expérimental : cent ans de sommeil cryogénique. À son réveil, le monde a changé en tous points. Et l’impossible semble s’être produit : il est célèbre. Et il reçoit une lettre signée de celle qu’il croyait perdue à jamais.

Ce premier tome pose ses pièces avec talent. Pas de fioritures, Chitose Akai laisse l’ellipse temporelle faire son travail et concentre son récit sur ce qui compte vraiment : un homme déplacé dans son propre avenir, cherchant à reconquérir quelque chose d’humain dans un monde qui a presque tout délégué aux machines. Car dans ce XXIIe siècle imaginé, l’IA générative a colonisé la littérature. Elle produit, elle publie, et surtout elle performe. Mais elle ne ressent pas. C’est précisément pour cette raison que les romans de Sugai, écrits cent ans plus tôt dans la douleur et l’amour, résonnent si fort dans ce futur aseptisé. L’authenticité, la rareté d’une voix vraiment humaine, a fini par valoir de l’or.

La force du manga tient dans cette dialectique simple mais efficace : plus l’IA prend de place, plus l’humain manque. Sugai n’est pas un génie incompris rattrapé par son époque : il est surtout un homme ordinaire dont la vulnérabilité, les doutes et la douleur constituent précisément ce que la machine ne saura jamais simuler. Yui, sa fan devenue sa partenaire, l’avait probablement compris avant tout le monde : ce ne sont pas les mots choisis qui touchent, c’est la vie qui les traverse.

Le dessin, classique et sobre, sert ce propos sans chercher à en faire trop. Le noir et blanc accentue la mélancolie d’un récit qui avance sur deux temporalités : le présent de 2016, fragile et intime, et le futur de 2120, vaste et froid. Le tout avec une fluidité qui rend la lecture particulièrement addictive. La fin du tome laisse une question capitale ouverte. Mais nous n’en dirons pas plus.

Une série à suivre, à l’heure où la question de l’IA n’a jamais été aussi urgente.

Le Dernier écrivain, Chitose Akai 
Glénat, 22 avril 2026, 192 pages

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Festival

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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