« La Rom-com à tout prix » : l’amour catalyseur d’enjeux

Avec La Rom-com à tout prix, publié aux éditions Playlist Society, le lecteur curieux a tout le loisir de se pencher sur le renouveau d’un genre longtemps jugé mineur. À travers sept entretiens, l’opuscule montre comment la comédie romantique française s’émancipe des modèles hollywoodiens pour épouser les lignes de fracture du présent.

Il fallait sans doute que la comédie romantique traverse quelques décennies de relative condescendance pour retrouver aujourd’hui de sa superbe. L’introduction de Sandra Onana pose, en ce sens, le cadre : finies les cavalcades vers l’aéroport et les déclarations sous la pluie, place à une romance en demi-teintes, attentive aux secousses et aux affects du monde moderne. Le genre, jadis calibré par Hollywood, devient un laboratoire où s’éprouvent les bouleversements post-#MeToo, les identités minoritaires et les nouvelles manières d’aimer.

Les sept entretiens menés par Lucas Aubry et Quentin Mével rendent parfaitement compte de cette mutation. Avec Victor Rodenbach, les habitudes se rompent et le besoin de s’accomplir porte la distance relationnelle. Mourad Winter déplace la rom-com en banlieue et convoque l’humour face aux injonctions viriles et à l’antisémitisme. Amélie Bonnin passe par la comédie musicale pour sonder la mélancolie du retour et les choix de vie d’une quadragénaire.

Ailleurs, Alice Douard filme l’homoparentalité sans pathos, inscrivant un couple de femmes dans une parentalité qui entre en résonance avec la loi Taubira. Alice Vial glisse vers le fantastique pour parler de solitude et de deuil. Martin Jauvat revendique une anti-rom-com où la fragilité masculine affleure sous le vernis burlesque. Sophie Beaulieu, enfin, détourne le mythe de la femme-objet à travers un conte satirique qui semble retourner le regard patriarcal contre lui-même.

Dans tous ces films, éclairés par des entretiens-fleuves avec leurs réalisateurs et réalisatrices, il s’agit de sauver la promesse romantique sans en reconduire les clichés. Désormais, la comédie romantique ne nie plus les rapports de domination ni les fractures sociales ; elle les aspire et les transforme en une matière narrative d’autant plus riche qu’elle est parfois inattendue. 

Dans Baise-en-ville, Sprite cherche sa voie. Il le fait dans « une galaxie de cinéma faite de banlieues pavillonnaires mal desservies, de start-up spécialisées dans le nettoyage de soirées et de réflexions sur la société glissées l’air de rien ». Dans L’Amour c’est surcoté, on a droit à un jeune homme qui « surjoue la virilité et refuse de voir qu’il va mal après la perte d’un proche ». Avec Des preuves d’amour, Alice Douard rappelle l’évidence : « Un couple, c’est des moments un peu irréels, comme se chanter une chanson au beau milieu d’une boîte de nuit, mais c’est aussi aller faire les courses. Je voulais montrer un amour qui s’est installé dans le temps. »

La Rom-com à tout prix explore le renouveau du cinéma sentimental et pose la comédie romantique en miroir de nos sociétés. L’opuscule montre parfaitement comment les cinéastes interrogés ont su ancrer leurs récits dans la chair de leur époque. C’est intéressant, passionnant par moments, même si l’on peut regretter qu’un versant plus analytique ne vienne pas complémenter les entretiens. 

La Rom-com à tout prix, ouvrage collectif
Playlist Society, 12 mars 2026, 128 pages

Note des lecteurs0 Note
3.5

Festival

Reims Polar 2026 : Mata, l’ombre du contrôle

Présenté en clôture de la 6e édition de Reims Polar, "Mata" est le film le plus ambitieux de Rachel Lang — et peut-être le plus frustrant. Un thriller d'espionnage à la française, anti-spectaculaire et introspectif, porté par une Eye Haïdara à contre-emploi, qui cherche sa radicalité sans toujours la trouver.

Reims Polar 2026 : Sons of the neon night, un champ de bataille sans stratège

Reims Polar a le chic pour dénicher les objets cinématographiques qui résistent — ceux qui ne rentrent pas tout à fait dans les cases, qui portent en eux quelque chose d'inachevé ou d'excessif, et dont la programmation constitue en soi une invitation à débattre. "Sons of the Neon Night" y trouve naturellement sa place. Présenté en séance de minuit à Cannes en 2025, ce polar hongkongais de Juno Mak a fait parler de lui autant pour son ambition visuelle démesurée que pour ses failles narratives béantes.

Reims Polar 2026 : Morte Cucina, la vengeance est un plat qui se dévore sans modération

En compétition Sang Neuf au festival Reims Polar, "Morte Cucina" du thaïlandais Pen-ek Ratanaruang suit Sao, cuisinière d'exception marquée par un viol commis dans son adolescence, qui retrouve par hasard son agresseur des années plus tard à Bangkok. Entre thriller culinaire et drame de la résilience, le film use de la nourriture comme arme et comme langage, avec plus d'intentions que de tranchant.

Reims Polar 2026 : Mi Amor, noyé dans le bruit

Ce jeudi 2 avril au soir, l’impériale Cécile Maistre-Chabrol a remis le Prix Claude Chabrol à Thomas Ngijol pour "Indomptables", polar camerounais dans lequel le réalisateur-acteur réussit une mue radicale et convaincante — quitter la comédie pour plonger dans un thriller âpre, ancré dans la réalité de Yaoundé, entre enquête policière et portrait d'une paternité qui déraille. Une belle soirée pour le genre, achevée par Guillaume Nicloux et son nouveau film, "Mi Amor". Le contraste est cruel, d'autant plus piquant que Nicloux n'est pas un inconnu des festivals de polar. Il s’était déjà fait connaître au Festival du Film Policier de Cognac, ancêtre direct de Reims Polar, avec Une affaire privée. Et ce film-là racontait déjà... une disparition de jeune femme.

Newsletter

À ne pas manquer

Signes de vie, de Werner Herzog : à perdre la raison

Exploration à bas bruit des frontières de la rationalité humaine ? Faille spatio-temporelle où l’Homme quitte le sentier d’un destin médiocre ? Pas de doute, le cinéma de Herzog est déjà en place.

Vivaldi et moi : tutti per la musica

Abandonnées par leurs familles dans un orphelinat, des jeunes filles se consacrent à la musique. Nous sommes à Venise en 1716, à l'orphelinat « La Pietà » qui doit son nom à la Vierge Marie. Constituant un orchestre de chambre, chaque dimanche ces musiciennes se produisent anonymement dans une église locale où le public vient les écouter. Si elles ne connaissent pas leurs origines, leur avenir est tout tracé…

Voyage à deux : le désenchantement conjugal

Troisième collaboration entre Stanley Donen et Audrey Hepburn après "Drôle de frimousse" et "Charade", "Voyage à deux" suit un couple à différents moments de sa vie à travers un récit fragmenté. Le film fait de la mémoire amoureuse son véritable moteur narratif, entre instants de grâce et fissures plus discrètes.

« Michael » piétine son icône en moonwalk

Ça y est, il est enfin là. On le craignait, un peu. Il faut dire que les signaux d'alerte se multipliaient. Famille de Michael Jackson trop impliquée, durée courte pour tout ce que le film devrait raconter, monteur de "Bohemian Rhapsody" aux commandes, tout partait mal. Seul miracle au milieu de cette production, Jaafar Jackson, qui semblait taillé pour le rôle. À la sortie, on n'est ni satisfait, ni profondément énervé, tant Michael réussit et échoue lamentablement exactement là où on l'attendait.

Le Réveil de la Momie : ni morte ni réveillée

Lee Cronin tente de ramener la Momie à ses origines : un drame familial hanté par le deuil et la culpabilité. La promesse est tenue pendant près d'une heure, avant que "Le Réveil de la Momie" se perde dans ses propres ambitions contradictoires, incapable de choisir entre le drame viscéral qu'il voulait être et la mécanique Blumhouse qu'il ne pouvait s'empêcher de reproduire. Un rendez-vous manqué, pourtant généreux en ambitions, mais trop avare en courage.
Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

« Censure & cinéma » : une collection mise à l’honneur

De la classification française aux plateformes mondialisées, en passant par le gore italien, les blasphèmes de Luis Buñuel ou les polémiques plus contemporaines, Darkness, censure & cinéma propose un recueil de textes éloquents quant aux différentes formes de censure. C'est à découvrir aux éditions LettMotif.

« Questions de cinéma 2 » : un art en mouvement perpétuel

À travers une série d’entretiens d’une remarquable densité, Nicolas Saada propose aux éditions Carlotta une plongée dans les strates invisibles du cinéma, là où se nouent les enjeux entre la technique, l'intuition et le regard.

Les 100 plus grands joueurs de foot mis à l’honneur

Les éditions L'Imprévu consacrent un ouvrage richement illustré aux 100 plus grands joueurs de football des années 2000.