« La Grande Histoire de Picsou » : un nouveau tome de grande qualité

Avec ce deuxième volume de La Grande Histoire de Picsou, les éditions Glénat poursuivent la réédition intégrale et chronologique de l’œuvre de Don Rosa. Un ensemble cohérent d’une dizaine de récits principaux et de quatre histoires plus brèves, entrecoupé des notes explicatives de Don Rosa lui-même.

On comprend rapidement à la lecture de ses notes explicatives que Don Rosa a surtout entrepris de consolider l’architecture imaginée par Carl Barks. Ce deuxième tome, qui rassemble des récits publiés à la fin des années 1980 et au début des années 1990, s’inscrit ainsi dans les pas de son illustre prédécesseur, avec toutefois une patte singulière que l’on admire autant que Don lui-même semble s’en moquer (il n’est pas toujours tendre avec son trait).

Le volume s’ouvre sur La Chasse au croco du Nil, récit à la mécanique bien huilée. L’intrigue bifurque tôt vers une légende antique : celle d’un crocodile aux symboles mystiques gravés sur le dos. On est en présence d’une aventure bien troussée, et quelque peu ironique. Don Rosa affectionne particulièrement ces déclencheurs minuscules qui ouvrent des périples savamment documentés.

Un peu plus loin, dans Sur un plateau d’argent, le dispositif est plus resserré. Un double huis clos (en quelque sorte) est rendu possible par un objet anodin – un plateau présenté comme l’écrin idéal du sou fétiche de Picsou. C’est alors une lutte à distance qui s’opère sous nos yeux, sans que Picsou ni son antagoniste ne quittent pourtant leur demeure.  

Ce tome réunit une dizaine d’histoires imaginées et dessinées par Don Rosa, auxquelles s’ajoutent quatre récits plus courts. L’ensemble met en scène la famille Duck dans ce qui la caractérise le mieux : l’avidité de Picsou, la maladresse de Donald et le sens de l’aventure contrainte et contrariée de tous, enfants compris. 

Les récits s’ancrent dans un passé commenté, ils convoquent des références géographiques ou historiques précises et accordent une place notable à la transmission. Don Rosa apporte par ailleurs de nombreuses précisions sur ses intentions éditoriales – et a fortiori sur les nombreux jeux de mots dont le lecteur francophone ne peut malheureusement pas profiter.

Le lecteur attentif pourra voir Batman se cacher dans une grotte, puis découvrir ce qu’il advient d’un Royaume qui décide de faire sécession sans avoir les moyens d’assurer sa sécurité et des relations diplomatiques stables avec ses voisins. Sa Majesté Balthazar 1er, puisque c’est de ce récit dont il s’agit, constitue d’ailleurs une merveille d’ironie et de relief politique.

La présente édition permet en tout cas de suivre l’évolution d’un auteur qui, sans jamais rompre avec l’héritage de Carl Barks, s’emploie à en renouveler les motifs. La longue introduction revient d’ailleurs sur son parcours éditorial complexe, et sur les différences de perception en Europe et aux USA autour du personnage de Picsou. 

L’ensemble demeure accessible aux jeunes lecteurs, mais il suppose aussi une familiarité avec les codes de la maison Disney pour en mesurer toutes les ramifications.

La Grande Histoire de Picsou (T02), Don Rosa
Glénat, 11 février 2026, 216 pages

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Festival

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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