« Lady Nazca » : une néo-archéologue face au désert

Avec Lady Nazca, Nicolas Delestret s’inspire du parcours de Maria Reiche, mathématicienne allemande devenue l’une des principales figures de l’étude et de la sauvegarde des lignes de Nazca. L’album retrace son engagement scientifique et personnel au Pérou, dans un récit linéaire qui privilégie la transmission et l’accessibilité, publié chez Bamboo.

Lady Nazca propose une relecture romancée de la vie de Maria Reiche, réfugiée allemande installée à Lima dans les années 1930 après avoir fui le nazisme. Enseignante en mathématiques, elle mène d’abord une existence discrète avant de suivre des archéologues occidentaux dans le désert péruvien, où elle découvre les célèbres géoglyphes de Nazca.

À partir de ce point, le récit se recentre presque exclusivement sur son investissement croissant dans l’étude de ces figures monumentales. Maria entreprend leur recensement, leur cartographie, parcourant le désert à pied sur de longues distances. L’album montre comment cette découverte devient progressivement le centre de sa vie, jusqu’à supplanter ses attaches personnelles, notamment sa relation amoureuse, sacrifiée, non sans douleur, au profit de sa mission.

Nicolas Delestret met en avant plusieurs éléments historiques connus : le rôle majeur de Maria Reiche dans la reconnaissance internationale du site, ses démarches répétées auprès des autorités péruviennes, ainsi que son combat pour faire protéger un patrimoine alors largement négligé. Le scénario insiste aussi sur l’interprétation astronomique des lignes, décrites comme un vaste calendrier agricole doublé d’un observatoire céleste, et sur la réhabilitation d’une civilisation pré-inca longtemps marginalisée par l’histoire officielle. L’album adopte une lecture rationaliste, valorisant les compétences mathématiques et artistiques des Nazcas, présentés comme une société structurée et techniquement avancée.

Le parcours de Maria est débarrassé de toute sophistication. Il est raconté de manière chronologique, sans véritable complexification des enjeux scientifiques ou politiques. Les débats archéologiques contemporains autour de Nazca sont peu abordés, et certaines dimensions du personnage demeurent esquissées plutôt qu’approfondies. Le portrait offert au lecteur est celui d’une femme déterminée, absorbée par son combat, dont l’engagement est montré comme total et inconditionnel.

Graphiquement, l’album accorde une large place aux paysages désertiques, rendus avec efficacité. Les vues d’ensemble du site fonctionnent bien et participent à la lisibilité du propos. Le traitement des personnages apparaît cependant plus inégal, avec des proportions variables et quelques approximations dans les choix de cadrage. 

Le dossier final apporte un complément d’information appréciable, dans une forme classique pour ce type d’ouvrage.

Il ne serait pas excessif d’écrire que Lady Nazca remplit surtout une fonction introductive. L’album permet de découvrir une figure encore peu connue du grand public et de comprendre les grandes lignes de l’histoire du site de Nazca. En cela, il constitue une porte d’entrée accessible vers un sujet complexe, au point, sans doute, de donner envie d’aller consulter des sources plus approfondies sur Maria Reiche et sur les recherches actuelles autour des géoglyphes péruviens.

Lady Nazca, Nicolas Delestret
Bamboo, janvier 2026, 112 pages

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3.5

Festival

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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