« Le Serment » : en coupes franches

Avec Le Serment, Mathieu Gabella et Mikaël Bourgouin signent un huis clos chirurgical et cinématographique. Un thriller fantastique tendu, où chaque action semble rapprocher le récit d’un point de non-retour.

Dès ses premières pages, Le Serment institue une grammaire résolument cinématographique. Tout y est affaire de cadrage, de rythme, de tension dramatique. Deux explosions ouvrent le récit par l’intermédiaire des nouvelles télévisées : un pays sous alerte, des institutions qui tremblent… Parallèlement, un homme est appelé à intervenir sans que l’on sache précisément où ni pourquoi. C’est Alexandre, médecin radié de l’Ordre. Il entre en scène comme un personnage de polar contemporain : villa vitrée, voitures de luxe, aisance quelque peu obscène. Le décor dit tout avant même qu’il parle. C’est un professionnel qui agit dans l’ombre. Un médecin qui passe devant un hôpital sans même le regarder et qui trace sa route jusqu’à un bloc opératoire improvisé sous une tente, sis dans une usine désaffectée.

Le récit joue alors un contrechamp savoureux : l’homme riche, libre, presque cynique, opère dans des conditions de fortune, loin des plateaux chirurgicaux ultra-modernes et aseptisés. Respecté, le « médecin de la pègre » suit à la lettre ses protocoles de sécurité, ce qui instille une certaine tension entre la maîtrise technique et le chaos manifeste environnant. 

L’élément perturbateur n’est autre que Zacharie, qui affirme qu’il va se transformer en vampire à la tombée de la nuit sans intervention médicale urgente. Le langage savant du patient, l’agacement des cambrioleurs armés dont s’occupait jusque-là Alexandre : tout fonctionne comme une comédie noire à la Tarantino, où les dialogues font monter la pression plus sûrement que les armes. Ce n’est que le début de révélations en cascade.

Le Serment opère alors un glissement progressif du réel vers l’irréel. Mathieu Gabella entretient volontairement l’ambiguïté : folie paranoïaque ou vérité monstrueuse ? Virus expérimental ou mythologie vampirique ? Le doute constant est un moteur dramatique redoutable. Lorsque l’Agence nationale du risque sanitaire intervient, combinaison intégrale et brutalité militaire, le récit bascule dans une intrigue de siège. Fusillade, corps qui tombent, dualité identitaire et le passé d’Alexandre qui s’évente peu à peu.

Tout cela fonctionne plutôt bien. Le « running gag » des protocoles de sécurité, par exemple, est une règle répétée jusqu’à l’absurde. Zacharie inspire la peur autant qu’il la ressent, et le compromis qu’il avait trouvé avec ceux qui aujourd’hui le traquent a quelque chose de profondément glaçant. Les vampires – ou plutôt les “fouisseurs” – constituent un corps fonctionnel, organisé, administratif. 

La dernière partie agit comme un long travelling arrière. Les passés se dévoilent, les responsabilités s’entrelacent. Alexandre n’est pas seulement un médecin borderline : il est un homme brisé par une application littérale du serment d’Hippocrate, puni pour avoir demandé le consentement… L’agence attaquée au début de l’album révèle son vrai visage. Les surprises s’amoncellent et le rythme reste haletant. 

Le Serment constitue une belle surprise qui, sans révolutionner le genre, apporte sa pierre à l’édifice vampirique.

Le Serment, Mathieu Gabella et Mikaël Bourgouin   
Glénat, janvier 2026, 136 pages

Note des lecteurs4 Notes
3

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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