« François » : au chevet d’un monde inquiet

Parue aux éditions Glénat, la bande dessinée François, le pape venu du Sud restitue les silences et les secousses à la fois d’un pontificat et d’une époque. Une chronique d’un monde fracturé, où l’homme en blanc chemine inquiet mais debout.

Dans les premières pages, la pandémie fond sur le Vatican comme une chape de plomb. François s’avance, seul, dans l’immensité déserte de Saint-Pierre. « Nous pensions être invincibles… Un simple virus, pourtant, nous a mis à genoux », murmure-t-il. Déjà, le ton est donné : le récit sonde la vérité nue d’un pape happé par les blessures du monde.

On voit le pontife douter, soupirer, contempler. Mais il garde son cap : « L’Évangile ne doit jamais être une arme au service d’un pouvoir. C’est un message de paix, pas de conquête ! » Face aux diplomates, il rappelle la prudence que réclame le temps présent : « Les relations entre Rome et Moscou sont… complexes. Nous devons échanger, toujours. Mais le dialogue ne doit pas être instrumentalisé par la politique. »

Cette parole, les auteurs la mettent en scène avec à-propos. À Ur, sur la Terre d’Abraham, François rappelle l’essentiel : « Le plus grand des blasphèmes… c’est de haïr son frère. » Puis il ouvre une fenêtre : « Je distingue aussi l’espoir : de jeunes musulmans et chrétiens […] qui restaurent ensemble églises et mosquées. Personne ne se sauve seul. » C’est toute la grammaire de ce pontificat : pas de naïveté, mais une obstination à ranimer ce qui peut l’être.

Les auteurs insistent aussi sur le trouble qui entoure ses décisions. La déclaration Fiducia Supplicans constitue une forme de vertige : permet-elle la bénédiction de couples de même sexe sans toucher au mariage sacramentel ? Les réactions fusent, parfois incendiaires. L’album montre un François pris entre tradition pastorale et crise de réception.

Et puis il y a ces scènes d’une réflexion plus austère. L’incendie d’une cathédrale, celle de Notre-Dame en l’occurrence, devient une parabole : « Les pierres brûlent. Mais les âmes… où sont-elles ? » La foi n’habite pas les murs mais ceux qui les portent. « L’Église ne peut pas être un musée », insiste-t-il. Ce refus de l’immobilité, on le retrouve dans toute son « œuvre » écologiste, déployée ici avec une gravité sourde : « L’homme ne peut plus prétendre être le maître absolu de la nature. Nous avons transformé cette planète en un immense cimetière », lance-t-il aux puissants du monde. Le dessin, lui, montre rivières sombres, forêts massacrées, pollutions éhontées. Un véritable psaume à l’agonie du monde.

La BD suit ensuite la lente fatigue du pape, son souffle qui s’étrécit, les gestes qui s’alourdissent. Rien de trop appuyé, juste la vérité d’un vieil homme qui tient bon comme il le peut, jusqu’au terme, contraint, de son mandat pontifical.

François, le pape venu du Sud constitue ainsi un hommage sans emphase, un récit qui montre à la fois les processus décisionnels internes au Vatican et les combats d’un Pape soucieux des pauvres, des marginaux, mais relativement impuissants eu égard aux chamboulements du monde. Un souverain pontife qui a tout fait pour rester humain dans un monde qui, pourtant, semble se déshumaniser.

François, le pape venu du Sud, Simona Mogavino, Pasquale Del Vecchio et Giampiero Casertano
Glénat, novembre 2025, 64 pages  

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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