« Pénis de table 2 » : l’intime mis à nu

Neuf ans après un premier opus déjà salué pour sa franchise, Cookie Kalkair remet le couvert. Son Pénis de table 2 (éditions Steinkis) s’invite à nouveau dans les zones d’ombre du désir – entre honte, tabou, maladresse et tendresse. Mais cette fois, la table s’est agrandie, plus diverse, plus consciente, moins complaisante aussi. Un ouvrage aussi cru que nécessaire, où six hommes discutent, se dévoilent et parfois se contredisent, pour mieux comprendre ce que veut dire aujourd’hui « avoir un pénis » dans un monde post-#MeToo.

Un mot d’abord sur le ton. Ni leçon de morale ni manifeste, mais une conversation directe, souvent drôle, qui ose regarder l’homme moderne droit dans les yeux – et même sous la ceinture. Cookie Kalkair met en vignettes de longues discussions entre six hommes très différents, réunis pour parler de ce qu’on tait le plus : le corps, le plaisir, la peur d’être jugé, les zones interdites.

Ce deuxième tome se pose comme un miroir tendu à la virilité. Le dispositif est simple, presque théâtral : une table, des voix, des récits. Et de ces dialogues jaillissent mille contradictions. La culture porno, les sextoys, le sexe anal, le travail du sexe, l’érotisme masculin : autant de chapitres qui cherchent à déconstruire le confort du regard masculin sur lui-même.

La diversité de ses intervenants est un autre atout précieux. Là où le premier volume faisait se rencontrer des hommes blancs, hétéros, souvent urbains, ce second réunit une mosaïque plus représentative : des corps et des parcours multiples, où se croisent travailleurs du sexe, personnes trans, croyants, athées, hétéros, bi ou gays. Effet direct : la discussion s’épaissit, s’enrichit, voire se frictionne. 

On parle ici de plaisir anal sans détour (« plus serré »), de la gêne persistante que ces sujets provoquent, de la domination masculine dans la pornographie ou de la pauvreté de l’éducation sexuelle à l’ère du tout numérique. L’ouvrage s’appuie occasionnellement sur des données statistiques précises, comme celles sur la prostitution en France, où 85 % sont des femmes, 10 % des hommes et 5 % des personnes transgenres, la majorité issue de migrations précaires.

Et il y a aussi ce paradoxe, que Kalkair souligne sans insister : malgré la profusion d’images et de discours sur le sexe, la parole masculine reste pauvre. Les hommes parlent encore trop peu de leur corps, sinon à travers la performance ou la blague. Ce Pénis de table 2 vient alors combler un vide, en créant un espace où l’incertitude est permise.

Au fond, Pénis de table 2 ne parle pas tant du sexe que de ce qu’il révèle. Et il n’élude rien : les violences, la consommation d’images pornographiques, la déconnexion entre plaisir et affection, la place des femmes dans cette cartographie du désir masculin. Parmi les nombreux sujets abordés : le sexe en réalité virtuelle, les contenus pour adultes en ligne, les agressions sexuelles ou encore le regard des femmes sur l’anatomie masculine.

Dans ce dialogue à plusieurs voix, chacune porte une part du réel. Ce que Cookie Kalkair réussit, c’est une représentation plurielle de la masculinité contemporaine. Un livre utile, drôle, qui ose aller au bout de sa démarche.

Pénis de table 2, Cookie Kalkair
Steinkis, octobre 2025, 176 pages

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3.5

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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