Cinémania 2025 : Qui brille au combat – La délicatesse faite film

Dans ce que l’on pourrait nommer un très beau geste artistique, Joséphine Japy réalise son premier film en prenant Mélanie Laurent comme actrice principale. Cette dernière l’avait en effet choisie à l’époque pour l’un de ses premiers films, le sublime Respire. L’association de ces deux talents doit porter bonheur au cinéma tant Qui brille au combat est un premier film sensationnel. En choisissant de filmer un sujet qui lui tient à cœur, le handicap mental dû à une maladie génétique rare, la jeune cinéaste frappe fort, et juste. On est face à un océan de délicatesse et de justesse. Voilà donc tout simplement un grand film porté par des actrices magnifiques qui révèle une nouvelle cinéaste.

Synopsis : Qui Brille au Combat est le sens étymologique du prénom Bertille, la plus jeune des deux sœurs de la famille Roussier, atteinte d’un handicap lourd, au diagnostic incertain. La famille vit dans un équilibre fragile autour de cet enfant qui accapare les efforts et pensées de chacun, et qui pourrait perdre la vie à tout moment. Chacun se construit, vit comme il peut avec les exigences de ce rythme et les incertitudes qui l’accompagnent. Les parents, Madeleine et Gilles, la sœur aînée, Marion. Quel quotidien et quels avenirs pour une mère, un père, un couple, une adolescente que la responsabilité de sa cadette a rendue trop vite adulte ? Lorsqu’un nouveau diagnostic est posé, les cartes sont rebattues et un nouvel horizon se dessine…

Il y a dix ans, Mélanie Laurent réalisait son second long-métrage, le très beau et puissant Respire, et elle faisait découvrir deux jeunes actrices, Lou de Laâge et Joséphine Japy. C’était l’un des premiers films de cette dernière et elle y était vraiment excellente. Une décennie plus tard, l’actrice qui a fait son petit bonhomme de chemin sans rentrer dans le star system hexagonal décide elle aussi de passer derrière la caméra comme le font désormais de plus en plus de comédiens. Et dans un beau geste de cinéma, elle enrôle Mélanie Laurent. Et elle choisit de ne pas se mettre en scène, préférant se consacrer totalement à la réalisation de cette petite pépite qu’est Qui brille au combat.

Ce titre vient du nom donné au personnage de cette jeune handicapée mentale qui est au cœur du film. Elle est atteinte d’une maladie génétique rare et incurable. Et elle s’appelle Bertille, dont le sens étymologique veut donc dire « qui brille au combat ». C’est beau. Et tout l’histoire de ce premier long-métrage, dont le sujet importe beaucoup à la cinéaste par son vécu, va tourner autour de cette jeune fille. Sa mère (jouée par Mélanie Laurent), sa sœur (jouée par Angelina Woreth) et son père (joué par l’acteur québécois Pierre-Yves Cardinal), dans un geste d’amour familial, sont à ses côtés, coûte que coûte. Sans le vouloir et par sa condition, cette jeune fille qui ne peut vivre seule va donc être l’épicentre de sa famille et du film.

Ce premier essai s’apparente à un petit miracle. De ces premières œuvres qu’on n’oublie pas. Il y a une délicatesse et une justesse dans la manière de filmer cette famille et le handicap qui confine au sublime. On est parfois même proche de la poésie sans pour autant fuir le réalisme d’une telle situation. On comprend l’abnégation et la résilience nécessaires aux membres de cette famille qui donnent tout leur amour malgré les complications inhérentes à vivre avec une enfant comme Bertille. D’autant plus que c’est une maladie rare et imprévisible. On sent l’inquiétude au quotidien, l’urgence de certaines situations et le ras-le-bol, parfois aussi. Mais il n’y a pas une once de jugement, juste de la douceur et de l’émotion. Beaucoup d’émotions.

Que ce soit dans la recherche de réponses à sa maladie, dans les doutes d’un père proche de l’abandon, dans les rapports avec les autres pas toujours à même de comprendre ce que vivent les membres de cette famille et surtout dans la manière de composer sa propre vie avec une sœur/fille comme Bertille, le long-métrage balaie le spectre d’un quotidien aux côtés d’une enfant malade. Qui brille au combat a la bonne idée de nous laisser entendre le point de vue des trois autres membres de la famille à parts égales. Cela donne une boussole narrative et émotionnelle à trois directions qui enrichit le film et le nourrit de divers sentiments et ressentis propres à chacun. Et la mise en scène d’une incroyable maîtrise pour un premier film nous immerge complètement dans ce beau portrait de famille. Entre plans merveilleux proches de l’onirisme et un réalisme parfois cru, chaque séquence frappe juste et touche fort. Lors de séquences souvent bouleversantes, on a souvent le cœur serré et la larme à l’œil.

On est (très) loin du réalisme social que l’on peut souvent voir au cinéma sur le handicap mental. Japy a tissé un drame familial simple mais vraiment puissant. Et elle s’est entourée d’un casting parfait qui fait pour beaucoup dans cette réussite. Mélanie Laurent nous rappelle à quel point elle est bonne actrice, d’une vérité rare dans son jeu quand elle se met dans ce type de rôle. Pierre-Yves Cardinal, pour son premier grand rôle en français, impressionne également. Mais c’est la jeune Angelina Woreth qui fait figure de révélation. Vue dans le tout aussi beau Leurs enfants après eux, elle campe une sœur aimante qui a besoin de prendre l’air. C’est d’ailleurs sa relation avec un homme mûr proche du pervers narcissique qui est la seule petite fausse note du film. Ce trait de caractère semble appartenir à un autre film et n’a pas d’utilité pour le sujet central. Si ce n’est cela, Qui brille au combat est une perle, une pépite à ne pas louper.

Bande-annonce : Qui brille au combat 

Fiche technique : Qui brille au combat

Réalisatrice : Joséphine Japy
Scénario : Joséphine Japy et Olivier Torres
Acteurs principaux : Mélanie Laurent, Pierre-Yves Cardinal, Sarah Pachoud, Angelina Woreth, Félix Kysyl, …
Image : Romain Carcanade
Musique : Mattia Luchini, Odezenne
Décors : Laure Satgé
Montage : Nicolas Desmaison
Production : Antoine et Martin Playoust (Cowboys Films)
Distribution France : Apollo Films
Pays de production : France
Genre : Drame
Durée : 100 minutes
Sortie :  31 décembre 025
Sélection : Festival de Cannes 2025 – Séances spéciales

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