The Morning Show : Billy Crudup ou l’art du vertige

À l’aube de la saison 4 de The Morning Show, le chaos médiatique atteint des sommets. Le retour de Cory Ellison, le PDG le plus imprévisible de la télévision, incarné par un Billy Crudup électrisant, promet de nouvelles tempêtes. Entre trahisons, jeux de pouvoir et quête de vérité, la série d’Apple TV+ réaffirme son statut de satire brillante de nos époques troublées. Plongée dans les coulisses d’une œuvre-miroir où le cynisme se mue en une étrange philosophie de vie, plus actuelle que jamais, avec Marion Cotillard en guest star.

Plongée au cœur des coulisses brutales de l’info télévisée, The Morning Show dépeint un monde médiatique en pleine tempête, tiraillé entre scandales, ambitions et quête de vérité. Portée par des performances saisissantes — Jennifer Aniston en présentatrice vulnérable et Reese Witherspoon en journaliste insurgée —, la série explore avec audace et finesse d’écriture les abîmes du pouvoir, du genre et de l’éthique. Dans l’ombre, le génie manipulateur et charismatique de Cory Ellison, incarné par un Billy Crudup électrisant, orchestre chaque rebondissement. Bien plus qu’un drama industriel, c’est un miroir tendu sur nos époques troublées, où chaque vérité dérangeante devient une arme. Une satire implacable, aussi addictive que réflexive.

Et si le manager ultime était aussi un philosophe imprévisible ? Dans The Morning Show, Cory Ellison, le PDG de UBA campé par un Billy Crudup électrisant, dépasse la simple caricature de dirigeant cynique pour incarner une figure paradoxale : à la fois carnassier et loyal, furie capitaliste et poète stoïque. Porté par une interprétation virtuose qui transcende le simple jeu — proche du « total act » grotowskien —, ce personnage nous hypnotise. Il danse avec les chaos, défie l’effondrement avec un humour tranchant, et incarne une forme rare de liberté : celle de rester fervent dans un monde qui s’effrite. Bien plus qu’un rôle, Cory Ellison devient un idéal — celui d’une existence sans duperie, à hauteur de vertige.

Et si nous pouvions, l’espace d’un instant, incarner cette version de nous-mêmes aussi libre que puissante ? Celle qui avance sans trembler, portée par une assurance ferme et une énergie indomptable. Le personnage de Cory Ellison, dans The Morning Show, incarne cette figure à la fois fascinante et insaisissable : un dirigeant au charisme foudroyant, capable de vivre à la crête des exigences sans crainte, de maintenir ses intransigeances avec charisme et une santé féroce. Cory Ellison, alias Billy Crudup dans The Morning Show, c’est s’autoriser des décisions tranchantes, des ambitions exaspérantes et surtout être dans cette énergie brûlante du vouloir, ce stoïcisme aigu de la situation.

Observons-le dans les trois saisons de The Morning Show sur Apple TV (à l’aube de la 4e diffusée à partir du 17 septembre), PDG charismatique et trépidant, capable d’accueillir la plus sale des déveines en rigolant, capable de répondre aux coups les plus vils lui annonçant le démantèlement de son entreprise d’un humour simple et vivifiant : « j’adore cette journée » !

Interné dans l’exaltation du personnage

Regardons-le pour sentir ce que cela fait d’être dans l’euphorie d’un homme de pouvoir, produit du capitalisme mais non-dupe.

Face à l’adversité, il rit. Confronté à la trahison, il manœuvre. Il incarne ce mélange rare d’ambition, de lucidité et d’intégrité — un paradoxe vivant, à la fois fils assumé du capitalisme et homme de principes. Son pouvoir ne réside pas dans la domination, mais dans une forme de liberté intérieure : celle de rester pleinement soi, quels que soient les chaos du monde.

Il ne s’agit pas de glorifier le pouvoir pour le pouvoir, mais d’y puiser une forme d’inspiration : comment avancer sans compromis tout en restant fidèle à ses valeurs ? Comment danser avec les pressions sans perdre son âme ? Cory Ellison — à travers l’incarnation magnétique de Billy Crudup — nous offre une clé : celle d’une existence vouée à la passion d’une exigence, intense, alignée, et résolument vivante.

Jouir à tanguer : The Morning Show

Oui, quoi demander de mieux dans un monde guerrier où l’on se perd de vue à défaut de s’aimer, où la cruauté des intérêts et jugements nous criblent de doutes, où l’on s’assèche et se ruine de défaites narcissiques en frustrations existentielles, quoi espérer de plus névrotiquement aligné que d’être interné dans l’exaltation d’un personnage et le jeu à couper le souffle de Billy Crudup.

Le personnage de Cory Ellison trace encore avec aura la foi sauve, la ferveur droite, l’amour et la fidélité à une mesure: la vie qui mord et tient tête aux tourments, la vie esquintée qui tangue mais ne flanche pas.

L’acteur hanté

Le personnage du post-héros aliéné et assumant cet asile au cœur de sa ferveur, renonçant aux capitulations et accusations, vivant aux extrêmes c’est Cory Ellison. Et Billy Crudup fait plus que l’incarner (à l’image de Joaquin Phoenix pour Joker), il est au-delà d’une interprétation, hanté et incandescent, élégant et étrange, métamorphosant son visage en quelques secondes.

On est bien ici avec le jeu de Billy Crudup dans cette idée grotowskienne d’un acteur qui se révèle comme un  » vaisseau sacré« . Il se libère de ses masques sociaux et psychologiques pour accéder à une vérité humaine par l’expérience corporelle, l’émotion verbale (voir par exemple l’épisode 9 de la saison 3). Ce qu’il fait dans The Morning Show relève du « total act » : l’acteur se donne comme un acte d’amour pur, total, absolu, galvanisant. Cette écriture des personnages ambiguë et fluide, le rythme frénétique et le jeu de haute volée de chacun des acteurs participent à la vitalité et joie de ce brillant Morning Show.

 

Festival

Reims Polar 2026 : Mata, l’ombre du contrôle

Présenté en clôture de la 6e édition de Reims Polar, "Mata" est le film le plus ambitieux de Rachel Lang — et peut-être le plus frustrant. Un thriller d'espionnage à la française, anti-spectaculaire et introspectif, porté par une Eye Haïdara à contre-emploi, qui cherche sa radicalité sans toujours la trouver.

Reims Polar 2026 : Sons of the neon night, un champ de bataille sans stratège

Reims Polar a le chic pour dénicher les objets cinématographiques qui résistent — ceux qui ne rentrent pas tout à fait dans les cases, qui portent en eux quelque chose d'inachevé ou d'excessif, et dont la programmation constitue en soi une invitation à débattre. "Sons of the Neon Night" y trouve naturellement sa place. Présenté en séance de minuit à Cannes en 2025, ce polar hongkongais de Juno Mak a fait parler de lui autant pour son ambition visuelle démesurée que pour ses failles narratives béantes.

Reims Polar 2026 : Morte Cucina, la vengeance est un plat qui se dévore sans modération

En compétition Sang Neuf au festival Reims Polar, "Morte Cucina" du thaïlandais Pen-ek Ratanaruang suit Sao, cuisinière d'exception marquée par un viol commis dans son adolescence, qui retrouve par hasard son agresseur des années plus tard à Bangkok. Entre thriller culinaire et drame de la résilience, le film use de la nourriture comme arme et comme langage, avec plus d'intentions que de tranchant.

Reims Polar 2026 : Mi Amor, noyé dans le bruit

Ce jeudi 2 avril au soir, l’impériale Cécile Maistre-Chabrol a remis le Prix Claude Chabrol à Thomas Ngijol pour "Indomptables", polar camerounais dans lequel le réalisateur-acteur réussit une mue radicale et convaincante — quitter la comédie pour plonger dans un thriller âpre, ancré dans la réalité de Yaoundé, entre enquête policière et portrait d'une paternité qui déraille. Une belle soirée pour le genre, achevée par Guillaume Nicloux et son nouveau film, "Mi Amor". Le contraste est cruel, d'autant plus piquant que Nicloux n'est pas un inconnu des festivals de polar. Il s’était déjà fait connaître au Festival du Film Policier de Cognac, ancêtre direct de Reims Polar, avec Une affaire privée. Et ce film-là racontait déjà... une disparition de jeune femme.

Newsletter

À ne pas manquer

La Grande Extase du sculpteur sur bois Steiner (1974) de Werner Herzog : le temps suspendu

A l’aide d’une caméra 16 mm haute vitesse, Herzog filme merveilleusement bien ce qui, dans ce sport atypique, constitue son vrai centre d’intérêt : ces instants où, suspendu dans l’air, le skieur défie le temps et l’espace. Loin de l’ingrate « solitude » du coureur de fond, le sauteur à ski est un rêveur qui offre son extase en spectacle.

Aaahh Belinda : pépite féministe du cinéma turc

Fort d’un dispositif mêlant confusion des réalités et dédoublement des identités, Aaahh Belinda d’Atıf Yılmaz s’affirme comme un conte féministe moderne, à la croisée de la comédie, du fantastique et de la fable allégorique. Derrière une esthétique parfois modeste, le film révèle une richesse de lecture et une portée politique affirmée : en faisant basculer Serap dans la vie de Naciye, il montre combien le quotidien constitue à la fois le lieu de la domination et le premier espace de résistance.

Mortal Kombat II : Flawless Surrender

Le tournoi était la promesse manquante du reboot de 2021, son péché originel, la colonne vertébrale mythologique de la franchise réduite à une note de bas de page. "Mortal Kombat II" arrive donc chargé d'une dette et d'un espoir sincère : non pas que le film soit grand et révolutionnaire, mais qu'il sache enfin ce qu'il veut être. Warner Bros. avait misé gros sur l'événement, repoussant la sortie de plusieurs mois pour lui donner toute l'envergure d'un blockbuster estival. Mais dans l'histoire de cette franchise au cinéma, savoir ce qu'on veut sans savoir comment le faire, c'est une fatalité qui se répète.

Mon grand frère et moi : portrait d’un homme encombrant

Que reste-t-il d'un homme après sa disparition ? Des objets éparpillés, quelques photos jaunies, et surtout les souvenirs contradictoires de ceux qui l'ont connu. Ryōta Nakano filme ce qui subsiste dans les interstices du deuil : cette étrange cohabitation entre rancœur et tendresse, entre le besoin d'oublier et l'urgence de comprendre. "Mon grand frère et moi" est une enquête intime sur l'absent, menée par ceux qu'il a laissé derrière lui.

Die My Love : Au bord de soi

Dans "Die My Love", Jennifer Lawrence incarne une femme en déséquilibre dans l’Amérique rurale, filmée par Lynne Ramsay comme une expérience sensorielle assez radicale. Entre maternité, isolement et dérive intime, le film refuse tout parti pris pour mieux nous faire ressentir l’effondrement de l’intérieur.

Mi Amor : Techno Trip

Dans "Mi Amor", Guillaume Nicloux assume sa radicalité : un pacte irrévérencieux avec le spectateur, un scénario qui semble s'écrire sous nos yeux, une mise en scène voluptueuse et des acteurs magnétiques (Pom Klementieff, Benoît Magimel).

Die My Love : Die My Life

Que faire quand on aime son enfant mais qu'on n'a aucune envie de jouer à la mère ? Dans "Die My Love", Lynne Ramsay s'empare de cette question inconfortable. Portée par une Jennifer Lawrence éblouissante de rage sauvage et de désarroi avide, l'histoire se noue dans une demeure déglinguée du Montana. La réalisatrice écossaise compose une partition aussi âpre qu'intense et lumineuse. Soutenue par un Robert Pattinson en mari désemparé et par la présence nostalgique de Sissy Spacek et Nick Nolte, Ramsay ne filme pas seulement une dépression : elle ausculte le vertige d'une femme qui ne veut pas se plier aux conventions. Ni complaisance, ni réalisme psychologique. Juste une sincérité à vif, et un cri.

Harry Hole : Le Prince d’Oslo

Oslo, caniculaire et putride, sert d’écrin à la nouvelle série événement de Netflix : Harry Hole (L'Etoile du Diable). Cette plongée vertigineuse dans l’univers du maître du nordic noir Jo Nesbø tient toutes ses promesses. Scénarisée par l’auteur lui-même, la série emprunte à son œuvre son tempo punk rock, son écriture torturée, sa mise en scène à l'esthétique graphique et ses personnages hantés.