Deauville 2025 : Sovereign, aux armes, citoyens !

20 mai 2010. La police de West Memphis, en Arkansas, arrête un minivan blanc. Le conducteur refuse de présenter son permis de conduire et son fils, Joseph Kane, tire soudainement sur les agents avec un fusil d’assaut. C’est ce fait divers médiatique qu’a choisi de relater Christian Zweigel pour son premier long-métrage, Sovereign, sélectionné en compétition au Festival de Deauville.

Né aux États-Unis dans les années 1970, le mouvement des « citoyens souverains » a progressivement gagné la France. Début avril 2024, un couple a refusé de se soumettre à un contrôle routier, au motif qu’il n’appartenait plus à « l’entreprise République française présidence », une société établie depuis 1947 à Washington DC. En répétant sans cesse « on ne contracte pas », il a déchaîné Internet et les réseaux sociaux. Ces êtres souverains refusent donc de conclure le pacte social cher à Rousseau, Hobbes et Locke. Pas de contrôle. Pas d’impôt. Pas de loi. Initialement lancé contre l’autorité de l’État fédéral, puis contre toute structure gouvernementale, le mouvement est aujourd’hui surveillé par la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires en raison de sa « philosophie antisystème ».

Lorsqu’un membre de sa famille a adhéré aux théories du complot et aux idées des « citoyens souverains », Christian Zweigel a décidé de s’emparer de ce sujet encore peu représenté au cinéma. Sous l’angle d’un jeune homme élevé dans ce bain contestataire, il traite d’une réalité américaine qui touche des centaines de milliers de personnes, de tout horizon, aux États-Unis. En mettant l’accent sur les paradoxes, et surtout les conséquences dévastatrices de cette mouvance sur la vie humaine, Sovereign compose un récit marquant. Tourné en Arkansas, sur le lieu même de la fusillade, ce drame authentique flirte parfois avec le documentaire.

La cavale des souverains

Jerry, père célibataire et citoyen souverain convaincu, vit seul avec son fils Joe. Alors que la banque menace de saisir leur maison, Jerry n’en démord pas : les dettes, il ne les a pas contractées. C’est à son homme de paille (« straw man »), sujet esclave du gouvernement, de les régler. Quant aux autorités, elles ne disposent pas de la compétence pour le priver de son logement. Ni le droit d’y pénétrer. Si Jerry refuse toute forme de gouvernance, c’est très paradoxalement aux lois qu’il se rattache, au tribunal, pour tenter de faire respecter ses droits. Immergé malgré lui dans cette idéologie, Joe mène une existence recluse. École à distance. Pas de vie sociale. Réduit à regarder des profils Facebook et les filles par les fenêtres, il suit docilement son père, qui prêche en itinérance ses valeurs antisystème dans de petites paroisses locales. De l’autre côté de la loi, John Bouchart, le chef de la police locale incarné par Dennis Quaid, a poussé son fils à rentrer au sein des forces de l’ordre.

Christian Zweigel traite tous ces personnages avec beaucoup d’empathie, en particulier Joe, dont l’enfance a été volée. Voir cet adolescent intelligent, qui aspire à des rencontres et des études supérieures, s’enfoncer dans une violence impulsive alerte sur les dangers de l’endoctrinement. Mais à travers les citoyens souverains, Sovereign aborde surtout la relation père-fils, en mettant en parallèle le camp des citoyens souverainistes et celui des policiers, deux milieux opposés qui conservent pourtant un point commun : la masculinité. Christian Zweigel présente en effet la paternité comme un cadre rigide et étouffant, où la virilité empêche toute expression de compassion. Être un homme, c’est être dur. Ne pas faillir. Ne pas pleurer. Savoir se battre et tirer. Jerry comme John éduquent ainsi leurs fils avec une grande fermeté. Même un bébé qui crie ne les fait pas moufter. En exacerbant cette vision négative de la parentalité, Sovereign invite les hommes à s’éloigner de la figure masculine classique, forte et froide, et à se montrer plus sensibles.

En filigrane, le film évoque aussi la liberté totale de se procurer des armes aux États-Unis. Un droit constitutionnel, qui, combiné à l’idéologie extrémiste des « citoyens souverains », a permis la fusillade reconstituée. En achetant des fusils et des munitions comme des patates, Jerry s’adonne à un déchaînement de violence. Ces thèmes des armes et de la violence débridée avaient été représentés sous l’angle de la science-fiction dans School Duel, sélectionné l’année dernière au Festival de Deauville. Dans la même lignée, Sovereign lance un appel à la douceur et au pacifisme, avec l’objectif, indéniablement réussi, d’éveiller les consciences.

Fiche technique – Sovereign

Réalisation : Christian Swegal
Scénario : Christian Swegal
Production : All Night Diner
Distribution : 
Interprétation : Nick Offerman, Jacob Tremblay, Dennis Quaid, Martha Plimpton, Thomas Mann…
Genre : thriller
Date de sortie : inconnue
Durée : 1h40
Pays : Etats-Unis

Festival

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Ariane Laure
Ariane Laurehttps://www.lemagducine.fr/
Émerveillée par le cinéma depuis le Roi Lion, mon premier film en salle, j’aime les films qui font rêver, qui hantent et ne nous quittent jamais. J’admire particulièrement la richesse des œuvres de Stanley Kubrick, Christopher Nolan et Quentin Tarantino. Je suis également une adepte du cinéma asiatique, de Yasujiro Ozu, Akira Kurosawa à Wong Kar-Wai, Hayao Miyazaki et Park Chan-Wook. Travaillant dans le monde juridique, j'écris des critiques à mes heures perdues.

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