« Robin The Boy Wonder » : tragédies filiales

Avec Robin The Boy Wonder, Juni Ba engage une relecture du personnage de Robin, ici centrée sur Damian Wayne. L’album raconte la quête d’identité du jeune garçon, qui s’articule autour de ses liens avec son père Batman, ses frères de la Bat-Family, mais aussi l’héritage toxique de la Ligue des Assassins. Juni Ba en profite pour explorer, avec talent, la notion de famille, la culpabilité, l’émancipation et la place de chacun dans une légende qui les dépasse.

Juni Ba choisit d’aborder le parcours de Damian Wayne sous la forme d’un conte, empruntant à la fois à la structure de la parabole enfantine et à la tradition du récit initiatique. Dans un récit dans le récit, Gotham devient un royaume et Batman un roi, entouré de ses « princes », les différents Robins qui ont précédé Damian. Ce parti pris narratif permet de creuser plus avant la psyché de Damian à travers son regard d’enfant, entre admiration, jalousie et quête de légitimité.

Damian a été élevé dans la violence et la discipline par la Ligue des Assassins. Il a ensuite découvert auprès de son père une autre forme d’autorité, fondée sur la justice et l’exemplarité. Mais cette filiation est source de doutes et de conflits intérieurs : Damian craint de ne jamais être à la hauteur, tout en cherchant désespérément à obtenir la reconnaissance de ce père distant. Avec beaucoup d’à-propos, Juni Ba met en scène cette tension à travers des dialogues sobres, conférant au passage à Batman une stature à la fois imposante et vulnérable, loin de l’image monolithique du justicier.

Second poumon narratif : la Bat-Family. Chaque Robin occupe une place singulière dans le récit et dans l’esprit de Damian. Les relations fraternelles, tour à tour complices, conflictuelles ou empreintes de rivalité, se trouvent au centre de plusieurs chapitres. Nightwing, Red Hood, Tim Drake agissent en incubateurs sur leur frère, et Juni Ba donne à chacun de ces duos une couleur particulière, révélant la teneur parfois inavouée des liens qui unissent les « fils du roi de Gotham ».

De la profondeur, il n’en manque pas. Damian porte en lui le poids de son éducation par la Ligue des Assassins, incarnée par sa mère Talia et son grand-père Ra’s al Ghul. Robin The Boy Wonder n’élude aucunement la violence de cet héritage, ni la difficulté pour Damian de s’en affranchir. Juni Ba consacre ainsi un arc entier à la confrontation avec la Ligue, mais se penche aussi sur la relation ambivalente entre Damian et Talia, qui gagne progressivement en nuance et en profondeur. 

Talia est froide et ambiguë ; c’est une mère complexe, tiraillée entre l’amour pour son fils et la fidélité à sa propre éducation. Le passé de Damian, ses regrets et ses fautes, sont quant à eux matérialisés par des scènes symboliques où la culpabilité prend corps – essentiellement autour d’une vengeance par le sang. Ce qu’il faut comprendre, évidemment, c’est que porter le costume de Robin engage une responsabilité envers la communauté.

Sur le plan graphique, Juni Ba impose une patte immédiatement reconnaissable : un trait expressif, brut, avec des couleurs vives et une inspiration puisée autant dans la bande dessinée européenne que dans les contes pour enfants et l’animation. Cependant, on est bien plus proche de l’esquisse stylisée que de la représentation réaliste.

Un conte moderne, accessible aux néophytes comme aux passionnés, qui traduit Damian Wayne dans toute son humanité.

Robin The Boy Wonder, Juni Ba
Urban Comics, juillet 2025, 184 pages 

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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