« Dragon Ball : Le Roi Démon Piccolo » : la mue noire du récit

Dans Dragon Ball, il est un arc que l’on pourrait appeler le « crépuscule du monde humain » : celui où le démon Piccolo Daimaô, incarnant la tyrannie, s’impose comme une ombre menaçante sur le monde. Ce passage, qui débute dans ce tome par la confrontation entre Piccolo et le Roi de la Terre, s’achève lorsque Goku gravit le pilier divin pour rencontrer le Tout-Puissant. Il marque une rupture narrative et symbolique. C’est un moment de mutation, à la fois du personnage principal, du ton général de la série, et même de l’univers lui-même.

Le Roi de la Terre, sorte de chimère anthropomorphe (un chien, souverain des hommes : tout un programme), n’apparaît ici que pour constater sa propre impuissance. Face à Piccolo, il ne représente plus qu’un symbole honorifique vide de sens, une autorité quasi décorative dont la parole ne peut rien contre la terreur incarnée par le démon. Sa défaite sans combat, son rôle de spectateur tétanisé, actent la chute du monde tel qu’il était connu jusqu’ici : celui des lois, des armées, des gouvernements. Piccolo n’est pas un ennemi politique, c’est une apocalypse à visage démoniaque, et le roi, à sa manière, devient le témoin du monde ancien qui s’effondre à grand bruit.

Ce moment est d’autant plus fort qu’il est traité avec une gravité alors inhabituelle pour Dragon Ball. Fini les rires, les combats de tournoi et les gags visuels : Piccolo ne plaisante pas. Son apparition balaie d’un souffle les conventions shônen. Il tue, détruit, impose une logique de chaos total. À ce moment précis, le récit change de paradigme : l’ennemi n’est plus un rival à vaincre, il est une calamité à conjurer.

Né de la séparation du bien et du mal par le Tout-Puissant, Piccolo s’apparente à une sorte de péché originel libéré, un rejeton d’autant plus terrifiant qu’il est lié aux sphères célestes. Son règne ne sera pas seulement celui de la force brute, mais celui de l’inversion de l’ordre : il aspire à détruire les villes, à laisser exploser la violence, à conjurer l’ordre, et à exécuter nos héros. Il piétine jusqu’à l’idée même d’équilibre.

Akira Toriyama, ici en couleurs, pousse sa série vers quelque chose de shakespearien. Piccolo est un antagoniste lugubre, glaçant, capable de cracher des monstres en série. Il est le mal qui désacralise tout ce qu’il touche. Sa prise de pouvoir n’est autre qu’une nuit tombée sur le monde, où même les Dragon Balls sont profanées pour satisfaire un caprice de jeunesse éternelle. Face à lui : un enfant, encore candide mais tellement puissant.

En effet, face à ce mal amoral et absolu, Goku doit agir. Son duel contre Piccolo est d’une violence rare, où la haine et la détermination éclatent sans le filtre de l’humour. Le jeune héros est changé. Et ce qui se dessine en creux de cet arc, c’est une architecture spirituelle. Piccolo Daimaô est l’ombre du Tout-Puissant. La série bascule alors dans une mythologie propre : Kami-sama, la salle du Temps, la dualité ontologique du bien et du mal, tout est déjà, dans une forme primitive. C’est Dragon Ball qui cesse d’être un récit d’art martial pour devenir une cosmogonie.

Ce nouveau tome de Dragon Ball Full Color, le second du nouvel arc, tient toutes ses promesses, en utilisant une scopie plus âpre, moins légère. Dans quelque temps, les Saiyans feront leur apparition pour parachever ce tournant…

Note des lecteurs0 Note
4.5

Festival

FIFAM 2026 : la programmation et l’affiche se dévoilent

Mercredi 8 juillet, le Fifam a dévoilé son affiche et les grandes lignes de sa programmation. L’occasion également pour le nouveau directeur artistique, Dominique Olier, de s’exprimer sur les orientations du festival à venir. À l’issue de cette présentation au Ciné St-Leu, les spectateurs ont découvert en avant-première le film de Louis Clichy, Le Corset. Le long-métrage d’animation annonce l’entrée, dans la sélection officielle, d’une section dédiée au cinéma d’animation. Un très beau film habité par l’enfance, le monde agricole et la musique. Le festival se déroulera du 13 au 21 novembre 2026, dans les salles du Ciné St-Leu et de la Maison de la Culture d’Amiens !

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

Newsletter

À ne pas manquer

Fjord : La Grande Fureur des bien-pensants

"Fjord", Palme d'or 2026 de Christian Mungiu, suit une famille roumano-norvégienne accusée par les services sociaux d'un pays scandinave, entre conservatisme religieux et progressisme libéral. Un film ambigu et intelligent, mais un peu trop scolaire et démonstratif, qui questionne nos préjugés.

« Insidious : l’invasion du Lointain » ne réveillera pas notre intérêt pour la saga…

Entre un scénario prévisible, des incohérences avec le canon établi et des excursions dans le Lointain sans ambition visuelle, ce sixième épisode déçoit malgré quelques bonnes idées.

Mutiny : castagne en haute mer

Jason Statham traque ceux qui l'ont piégé à bord d'un cargo hostile, dans ce thriller de Jean-François Richet. La mécanique de "Mutiny" est bien huilée par endroits, notamment lors du combat final, mais le récit patine et le huis clos promis ne se referme jamais vraiment sur son héros.

Sanjuro (1962), d’Akira Kurosawa : « Le meilleur sabre est celui qui reste dans son fourreau »

Réclamée par la Toho, la suite du "Garde du corps" (1962) mise en scène par Kurosawa réussit l’exploit de s’inscrire dans une continuité thématique tout en adoptant une tonalité qui en est le contrepied, troquant le cynisme et la violence du premier pour l’humour et l’observation qui évite de verser le sang. Porté par un Toshiro Mifune parfait dans la reprise de son rôle de ronin fruste, "Sanjuro" est un sommet de l’art de la mise en scène du maître nippon : concis, limpide, intelligent, esthétique, drôle, un brin provocateur. En un mot : jubilatoire.

Wake in Fright : les sirènes de la Yabba

"Wake in Fright" a électrisé Cannes en 1971, disparu pendant 40 ans, puis ressurgi comme le mythe fondateur du cinéma australien. Un instituteur s'enlise dans une ville minière où l'hospitalité se boit comme une sommation. 55 ans après, sa brutalité n'a rien perdu de son mordant.
Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

« Post Mortem » : ce que les morts ont à dire

"Post Mortem" réunit le médecin légiste belge Philippe Boxho et le dessinateur Pierre Alary dans une bande dessinée documentaire qui s'emploie à vulgariser un métier sur lequel circulent bon nombre de fantasmes. Le résultat est une œuvre à part, traversée par l'idée que la mort ne constitue pas tout à fait une fin.

« Les 4 Reliques du rock’n’roll » : les Zumbies remettent le rock sur pied

Dans un monde post-apocalyptique qui ne tourne déjà plus très rond, quatre rockeurs morts-vivants doivent réunir les reliques sacrées du rock’n’roll. Arnaud Le Gouëfflec et Julien Solé signent un road-trip furieux et absurdement réjouissant.

« La Désinformation » : comprendre pour mieux combattre

Entre montée des populismes, guerres hybrides, défiance envers les institutions et avènement des réseaux sociaux, la désinformation est devenue l'un des grands enjeux démocratiques de notre époque. Avec "La Désinformation", Grégoire Darcy propose une synthèse ambitieuse des connaissances scientifiques sur le sujet.