Gérardmer 2025 : Quel bilan de cette édition du célèbre festival vosgien ?

Quel plaisir de retrouver le lac qui se blanchit de moins en moins à mesure que le dérèglement climatique progresse… Mais pas besoin de neige pour se sentir comme chez soi, dans un petit cocon d’horreur niché au creux des montagnes, tout tranquille, attendant que les monstres attaquent.

Côté organisation, le festival, bien que vivant surtout grâce à ses bénévoles, a changé de direction et d’organisation. À notre connaissance, la passation a été si bien gérée que les problèmes logistiques que nous avions à déplorer les années précédentes ont tout simplement disparu. Ainsi, les réservations pour journalistes et festivaliers ont été simplifiées, de même que le système de votation du prix du public et la distribution des places. Malgré une affluence approchant celle record de l’année dernière, aucun problème n’était à signaler et les festivaliers avaient le sourire, prêts à s’amuser de se faire peur tout en sirotant du vin chaud.

L’année 2025 fut, pour Gérardmer, ce qu’on appelle un « bon cru », bien que, mis à part Else, qui aura divisé les festivaliers, tous les films du festival aient eu leur part d’intérêt, qu’il soit esthétique, artistique au sens large ou tout simplement jouissif comme une soirée film gore entre amis.

L’inventivité, l’audace formelle et parfois narrative semblent être le fil rouge qui relie les œuvres de cette année, de In a Violent Nature, slasher movie prenant le point de vue du tueur, à Azrael, film d’action post-apocalyptique dénué, à une scène près, de tout dialogue, en passant par l’humour surréaliste de Rumours ou l’extravagance plastique de Else. Même Les Maudites, bien que plus classique en apparence, étonne par le partage fait entre ce qu’on appellerait les scènes de vie et les scènes d’horreur, allongeant la durée des unes et réduisant celle des autres, ainsi qu’en débutant une nouvelle histoire, ou presque, à la moitié du film. Sans conteste un des films marquants de cette année et promis à un bel avenir s’il est bien distribué dans nos contrées. The Wailing, El llanto reprend le mythe/copypasta du Slender Man pour le transfigurer en une aventure féminine tout en tensions et jeux visuels qui surprend aussi bien par sa narration que par sa précision, en dépit pourtant de la jeunesse de son réalisateur. Affirmant avec force son style, et nous donnant une fois de plus une pépite argentine, on espère que Pedro Calero continue sur cette voie.

Oddity, Exhuma, Grafted furent certes moins surprenants, plus convenus mais tout aussi divertissants et c’est cela aussi qu’on vient chercher près du lac gérômois. Quant à Rich Flu, l’originalité de la situation initiale, un virus qui ne tuerait que les plus riches, finit par décevoir en débouchant sur des péripéties plus conventionnelles. Est-ce l’impact du confinement ou une question de budget, mais la plupart des films en compétition se déroule dans un espace clos, dont les protagonistes cherchent à sortir et vers lequel ils sont sans cesse ramenés, que ce soit une maison (Oddity), un appartement (Else), une forêt (Rumours, Azrael, In a Violent Nature).

Faut-il attribuer la qualité de cette sélection à la nouvelle équipe en charge d’organiser le festival ? Aucun rapport évidemment, on doit en réalité supposer que le festival a simplement accompagné ce qui semble être un renouveau du genre horrifique ces derniers temps, et particulièrement ces deux dernières années dans le cinéma. Tout en respectant la diversité de ses formes et de ses codes, même en France, le cinéma de genre, pourtant si pauvre, reprend des couleurs et étonne parfois en accouchant dans la douleur de chefs-d’œuvre comme The Substance. Plus généralement, de nouvelles pépites viennent tenir la dragée haute aux auteurs de l’elevated horror qui, quoique ne réinventant rien, attirent toujours plus de spectateurs et font le bonheur d’une critique forcément conquise.

Dans le droit sillage de ce renouveau, le festival nous a offert une sélection non seulement de qualité comme on a dit, mais diverse, dans laquelle tous les goûts de l’épouvante pouvaient se régaler. Ainsi l’horreur ambitieuse et intello dans Else voire She Loved Blossoms More peut côtoyer des exemplaires volontiers plus plateform-oriented mais tout aussi plaisants et fun (The Moogai, Companion) comme on aime. Grand gagnant, In a Violent Nature se paie le luxe d’allier ces deux tendances en offrant une lecture très abstraite, soustractive, des codes du genre et finalement très sérieuse du slasher tout en y incluant des moments gore savoureux dont le contraste ponctue parfaitement cet OVNI horrifique.

Ce moment de grâce en forme de renouveau à confirmer, pour nous, amateurs de films de genre, sera-t-il un feu de paille ou le début d’un nouvel âge d’or ? Impossible de le prédire, mais le festival, chaque année et exemplairement en 2025, nous offre comme un coup de sonde bienvenu dans l’ambiance et l’univers du cinéma de genre international, et c’est pourquoi il faut y retourner.

Festival

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