« Le Centurion » : un char increvable

Le char britannique Centurion, malgré une naissance un peu tardive pour la Seconde guerre mondiale (en 1945), reste l’un des plus grands modèles d’engins blindés de l’histoire militaire, un véritable symbole de puissance et de robustesse sur le champ de bataille. Dans ce nouveau tome de la série Machine de guerre, Jean-Pierre Pécau et Senad Mavric nous narrent les exploits de ce char exceptionnel.

Dès sa mise en service à la fin de la Seconde Guerre mondiale, le Centurion est conçu pour affronter les imposants Panzer allemands, notamment les célèbres Tiger et Panther. Bien qu’il ne prenne pas part aux dernières batailles de la guerre, ce char impressionne déjà par son design innovant : son blindage incliné, son moteur puissant et sa tourelle imposante, qui surpassent même celle du redoutable Tiger.

« Il est plus confortable qu’un Churchill et va plus vite que lui. Je dirais que le canon mitrailleur n’est pas très utile, ça rajoute du poids sans grand avantage. Il vaudrait mieux surblinder l’avant. Si l’IS2 nous avait touchés à cet endroit, on partait en fumée. »

Si, en 1945, il n’a pas encore l’occasion de briller pleinement, son baptême du feu arrive peu après, en 1950, sur les fronts de la guerre de Corée. Ce premier engagement marque le début d’une longue série de batailles où le Centurion va démontrer sa robustesse et son efficacité, de l’Asie à l’Afrique, en passant par le Moyen-Orient.

Le char connaît des améliorations successives, le Mark 5 notamment, et se distingue lors des confrontations violentes avec les chars soviétiques, comme les redoutables T-72 des armées arabes, mais aussi en Indochine et en Israël. Sur chacun de ces terrains d’affrontement, le Centurion s’impose comme une machine inébranlable, un monstre de puissance et de technologie.

Dans ce tome, Jean-Pierre Pécau réussit une fois de plus à conjuguer l’aspect technique du char avec une narration réussie. Chaque affrontement met en lumière non seulement les spécificités mécaniques du Centurion, mais aussi les hommes qui, au sein de son équipage, participent à son incroyable trajectoire. C’est à travers le regard de ces soldats que l’on suit l’évolution de l’engin, qu’il s’agisse de la guerre de Corée, de la guerre du Vietnam ou encore des conflits israélo-arabes.

Cela ne se fait pas sans humour, puisque les répliques fusantes sont monnaie courante dans l’album. « C’est inespéré, messieurs, un test en conditions réelles !! Vous êtes certains que c’était un Staline ? », demande-t-on aux soldats britanniques. « Ou alors une Coccinelle, ils se ressemblent. » L’ingénieur regrette : « Dommage que vous n’ayez pas pris de photos. » Réponse des militaires : « Oui, on y a bien pensé, mais, voyez-vous, la lumière n’était pas bonne… Et je suis très à cheval sur la qualité de mes photos. »

Le travail graphique de Senad Mavric est à saluer. Les dessins réalistes restituent avec brio la majesté de cette machine de guerre et mettent en scène les combats avec talent.  Le Centurion est un hommage probant à un char important et à son rôle déterminant dans les conflits qui ont marqué la seconde moitié du XXe siècle. L’album ravira les passionnés de matériel militaire, ainsi que ceux qui souhaitent découvrir, de manière accessible et divertissante, l’histoire de l’un des engins militaires les plus fascinants jamais conçus.

Machine de guerre : Le Centurion, Jean-Pierre Pécau et Senad Mavric 
Delcourt, janvier 2025, 64 pages 

Note des lecteurs0 Note
3.5

Festival

FIFAM 2026 : la programmation et l’affiche se dévoilent

Mercredi 8 juillet, le Fifam a dévoilé son affiche et les grandes lignes de sa programmation. L’occasion également pour le nouveau directeur artistique, Dominique Olier, de s’exprimer sur les orientations du festival à venir. À l’issue de cette présentation au Ciné St-Leu, les spectateurs ont découvert en avant-première le film de Louis Clichy, Le Corset. Le long-métrage d’animation annonce l’entrée, dans la sélection officielle, d’une section dédiée au cinéma d’animation. Un très beau film habité par l’enfance, le monde agricole et la musique. Le festival se déroulera du 13 au 21 novembre 2026, dans les salles du Ciné St-Leu et de la Maison de la Culture d’Amiens !

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

Newsletter

À ne pas manquer

Fjord : La Grande Fureur des bien-pensants

"Fjord", Palme d'or 2026 de Christian Mungiu, suit une famille roumano-norvégienne accusée par les services sociaux d'un pays scandinave, entre conservatisme religieux et progressisme libéral. Un film ambigu et intelligent, mais un peu trop scolaire et démonstratif, qui questionne nos préjugés.

« Insidious : l’invasion du Lointain » ne réveillera pas notre intérêt pour la saga…

Entre un scénario prévisible, des incohérences avec le canon établi et des excursions dans le Lointain sans ambition visuelle, ce sixième épisode déçoit malgré quelques bonnes idées.

Mutiny : castagne en haute mer

Jason Statham traque ceux qui l'ont piégé à bord d'un cargo hostile, dans ce thriller de Jean-François Richet. La mécanique de "Mutiny" est bien huilée par endroits, notamment lors du combat final, mais le récit patine et le huis clos promis ne se referme jamais vraiment sur son héros.

Sanjuro (1962), d’Akira Kurosawa : « Le meilleur sabre est celui qui reste dans son fourreau »

Réclamée par la Toho, la suite du "Garde du corps" (1962) mise en scène par Kurosawa réussit l’exploit de s’inscrire dans une continuité thématique tout en adoptant une tonalité qui en est le contrepied, troquant le cynisme et la violence du premier pour l’humour et l’observation qui évite de verser le sang. Porté par un Toshiro Mifune parfait dans la reprise de son rôle de ronin fruste, "Sanjuro" est un sommet de l’art de la mise en scène du maître nippon : concis, limpide, intelligent, esthétique, drôle, un brin provocateur. En un mot : jubilatoire.

Wake in Fright : les sirènes de la Yabba

"Wake in Fright" a électrisé Cannes en 1971, disparu pendant 40 ans, puis ressurgi comme le mythe fondateur du cinéma australien. Un instituteur s'enlise dans une ville minière où l'hospitalité se boit comme une sommation. 55 ans après, sa brutalité n'a rien perdu de son mordant.
Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

« Post Mortem » : ce que les morts ont à dire

"Post Mortem" réunit le médecin légiste belge Philippe Boxho et le dessinateur Pierre Alary dans une bande dessinée documentaire qui s'emploie à vulgariser un métier sur lequel circulent bon nombre de fantasmes. Le résultat est une œuvre à part, traversée par l'idée que la mort ne constitue pas tout à fait une fin.

« Les 4 Reliques du rock’n’roll » : les Zumbies remettent le rock sur pied

Dans un monde post-apocalyptique qui ne tourne déjà plus très rond, quatre rockeurs morts-vivants doivent réunir les reliques sacrées du rock’n’roll. Arnaud Le Gouëfflec et Julien Solé signent un road-trip furieux et absurdement réjouissant.

« La Désinformation » : comprendre pour mieux combattre

Entre montée des populismes, guerres hybrides, défiance envers les institutions et avènement des réseaux sociaux, la désinformation est devenue l'un des grands enjeux démocratiques de notre époque. Avec "La Désinformation", Grégoire Darcy propose une synthèse ambitieuse des connaissances scientifiques sur le sujet.