Cinemania 2024 : Lads – Hip hip hippique, hourra !

On n’ira peut-être pas jusqu’à dire que ce premier essai est un coup de maître mais il est, en tout cas, très prometteur pour Julien Menanteau. Ce très jeune cinéaste, qui a fait ses classes avec plusieurs courts-métrages, saute le pas du long avec Lads et investit un contexte rare sur le grand écran, celui du monde des compétitions équestres, et d’un métier qui l’est encore plus, celui de jockey. Parcouru de très beaux moments et révélant également un comédien très prometteur, voilà une première œuvre intéressante et maîtrisée qui ne souffre que de quelques sous-intrigues inutiles et parasites, mais qui se termine sur une scène finale magnifique et parfaite !

Synopsis : Ethan, 17 ans, devient apprenti-jockey dans une écurie d’obstacles, l’épreuve la plus violente du galop. Au contact des purs-sangs, il découvre le monde des courses, des paris et de l’argent. Sa passion grandit, sa frustration aussi. Courir pour gagner, mais toujours au service des autres. Bientôt, il devra choisir : transgresser les règles ou sauver sa peau.

Lads. Un terme méconnu qui donne son titre au film et qui est brièvement explicité au début. Ce sont les jeunes jockeys qui suivent leur formation avant de rentrer dans le monde de la course. Et c’est l’un d’entre eux que l’on va suivre dans cette œuvre qui est autant une plongée captivante et instructive dans le milieu des courses hippiques et, plus largement, de l’univers équestre, que le portrait sublime et habité d’un jeune homme. Et ce jeune homme est incarné par un acteur débutant, Marco Luraschi, dont on risque d’entendre parler dans le futur tant sa prestation est de qualité. À la fois sensible et dur, il joue ce jeune jockey au passé trouble comme si sa vie en dépendait et sa prestance à cheval, qui a probablement joué en sa faveur pour obtenir le rôle, est indéniable. Un jeune acteur avec un physique aux faux airs d’Alain Delon jeune qui imprègne la pellicule. À ses côtés, Jeanne Balibar colle parfaitement à ce rôle de bourgeoise gérante d’écurie, tandis qu’il est plaisant de voir Marc Barbé, trop souvent cantonné à des seconds rôles, dans un personnage plus consistant qu’à l’accoutumée.

On est tout de suite intrigué par Lads car c’est un long-métrage qui habite un décorum rare au cinéma : le monde équestre et, plus précisément, celui des jockeys et des courses de chevaux. Si on se souvient vaguement de Jappeloup avec Guillaume Canet ou du navet Turf sur les paris de chevaux, peu de films sur le sujet nous rappellent de bons souvenirs. Il faudra plutôt aller repenser au mythique L’Homme qui murmurait à l’oreille des chevaux de Robert Redford. Qui date déjà de plus de vingt-cinq ans. Et encore, ce n’est pas du tout le même univers. Rempli de petites anecdotes et de touches factuelles sur ce milieu, en plus d’être réaliste et sans fard, Lads pourrait boucher ce petit trou béant au cinéma tant c’est une bonne surprise, portée à bout de bras avec talent par son jeune cinéaste qui connaît bien le sujet. Visiblement bercé par ce monde dans son enfance, il lui rend honneur avec beaucoup de réalisme, évitant la béatification et ne lésinant pas à montrer ses zones d’ombre. Le long-métrage n’est pas dénué de défauts pour autant. On note notamment quelques facilités d’écriture ou raccourcis parfois, des situations ou personnages pas assez creusés ailleurs mais ce sont surtout deux sous-intrigues triviales et accessoires qui auraient pu être retirées sans peine : la vague petite romance avec une fille d’écurie totalement inintéressante et les galères financières d’un père redevable à des gangsters, faisant un peu caricatural. Des aspects inutiles et parasites à l’intrigue principale.

À l’inverse, le personnage d’un autre jockey en formation et aguerri avec qui Ethan, le protagoniste principal, va entrer en compétition est très bien écrit puisqu’il ne rentre pas dans les clichés de l’adversaire de tout film sportif typique. La jalousie est présente mais c’est plus nuancé et mieux écrit, plus humain finalement. Ce jockey adversaire déjoue donc certaines attentes du spectateur avec brio. On ressent l’humanité qui se dégage de Lads dans les rapports qu’entretiennent les personnages. Menanteau nous gratifie aussi de très beaux plans pour une première réalisation. Les scènes de courses sont haletantes et bien filmées tandis que certaines séquences flattent l’œil comme celle dans les abattoirs ou celle où Ethan s’entraîne sur la machine. Davantage sur le fond que sur la forme, il y a un beau message sur la grâce et la puissance du cheval ici. La naissance d’un poulain est d’ailleurs l’un des moments bouleversants du film, comme celui qui voit Ethan s’attacher à lui dans le manège. Sans sensiblerie aucune, la relation entre l’homme et le cheval est décrite de manière concise mais intense. Ce que va valider le plan final, étonnant comme épilogue mais magnifique, qui clôt superbement ce premier film réussi et prometteur.

Bande-annonce – Lads

Fiche technique – Lads

Réalisateur : Julien Menanteau
Scénariste : Julien Menanteau & Nour Ben Salem
Production : Gloria Films
Distribution: Arp Selection
Interprétation : Marco Lurashi, Jeanne Balibar, Marc Barbé, Phoenix Brossard, …
Genres : Drame – Sport.
Date de sortie : 19 mars 2025
Durée : 1h30
Pays : France

Festival

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