FFCP 2024 : Escape, la folie des déserteurs

Grâce à ses innombrables stratagèmes, plus ou moins bien pensés, mais toujours exécutés sous haute tension et à grand renfort d’adrénaline, la désertion offre au cinéma un sujet dramatique classique et fort en suspense. Si beaucoup d’eau a coulé sous les écoutilles depuis l’époque de À la poursuite d’Octobre rouge, la frontière entre la Corée du Sud et la Corée du Nord autorise encore les tentatives d’incursion, ou de « transfert », au sein d’un État rival. C’est dans ce cadre conflictuel que s’inscrit Escape, un film drôle et trépidant entre course désespérée et chasse à l’homme endiablée. Véritable succès populaire en Corée du Sud, il offre un divertissement plaisant qui manque cependant d’émotion et de sensationnel.

Synopsis : Kyu-nam, un soldat nord-coréen posté près de la frontière avec le Sud, prépare sa défection en secret depuis longtemps. Mais l’arrestation d’un de ses camarades met tout à coup son plan en péril. Érigé en héros par un haut gradé qu’il connaît bien, toute l’attention se porte désormais sur lui. Mais pour Kyu-nam, hors de question d’abandonner. Rien ne l’arrêtera.

Après trois longs-métrages, Born to Sing, The Sound of Flower et Samjin Company English Class, qui n’ont jamais atteint l’intérieur des salles obscures françaises, Lee Jong-Pil signe avec Escape un film d’action décalé, très largement imbibé à la testostérone. Dans les champs minés de la zone démilitarisée, il retrace la course effrénée d’un soldat nord-coréen prêt à tout affronter pour passer au Sud. Loin d’aborder avec gravité la séparation de la Corée, la désertion sert davantage de prétexte pour composer un jeu de rôles et de pistes particulièrement décapant.

On dirait le Nord…

Surveillance permanente, grilles barbelées, terrains minés, le passage du Nord au Sud de la Corée demeure un labyrinthe semé d’embuches, un chemin de croix périlleux, à parcourir sous la menace constante d’être arrêté et fusillé pour trahison. Au bout du tunnel, un pays libre où chacun pourrait, selon Kyu-nam, garder la maîtrise de sa destinée.

Le quotidien de Kyu-nam, soldat nord-coréen posté près de la frontière sud-coréenne, reste en effet dicté par les impératifs militaires et le bon vouloir de chefs qui le déplacent d’un service à l’autre sans tenir compte de son avis. Puisqu’un simple formulaire peut ainsi déterminer son existence, Kyu-nam décide de prendre les choses en main. Son plan est simple : rejoindre la Corée du Sud afin de gagner son libre-arbitre. Pour ce faire, chaque nuit, il prépare sa fuite en secret. Repérage, cartographie, conditions météorologiques, tous les indicateurs semblent au vert avant que l’arrestation d’un camarade et l’arrivée d’une ancienne connaissance ne viennent bouleverser l’opération. S’ensuit une intense course-poursuite entre Kyu-nam et un officier supérieur interprété par Koo Kyo-hwan, découvert notamment dans Peninsula.

Plusieurs longs-métrages ont déjà traité de la frontière entre les deux Corées ou de la zone démilitarisée. Leur approche vise surtout à exposer les horreurs de la guerre, à l’instar de The DMZ (1965), ou alors de construire des liens humains, d’amitié dans Joint Security Area, ou bien d’amour dans le drama Crash Landing on You, entre nord et sud-coréens. Au contraire, Escape adopte une vision totalement décomplexée dans une optique assumée de divertissement. Même si la Corée du Sud est présentée comme une terre de liberté, le film n’a rien de véritablement sérieux. En ridiculisant au passage la bêtise infinie de soldats nord-coréens, il se complait dans des personnages caricaturés, des dialogues aussi drôles qu’improbables et des péripéties outrancières. Peu subtil, Escape enfonce toutes les portes à l’artillerie lourde en mettant en place un vaste jeu d’évasion.

Escape games

Dans sa quête d’affranchissement, Kyu-nam est poursuivi par un officier supérieur singulier issu de son propre passé. Très efféminé, toujours armé d’un gloss et d’une crème pour les mains, pianiste à ses heures perdues, celui-ci considère la capture de son camarade déserteur comme une affaire personnelle. Cliché à l’extrême, le personnage fait rire au détriment de toute profondeur ou crédibilité. Toutefois, il n’est pas le seul obstacle que Kyu-nam doit braver lors de son périple. Pour mener à bien son plan de fuite, le soldat nord-coréen gère en effet des contretemps, des inattendus et des rencontres imprévues. Ces déconvenues l’amènent constamment à improviser et à changer de posture, en donnant lieu à quelques séquences amusantes.

En dépit de son humour, Escape ne convainc pas entièrement. Faute à un démarrage plutôt lent, une action peu spectaculaire et une absence plutôt étonnante de véritable tension, le film s’apparente plus à un long sketch qui délaisse entièrement, sauf dans ses dernières minutes, les enjeux dramatiques. Il compose malgré tout une bouffée d’air agréable au sein de la programmation du Festival, qui nous aura plus fait vibrer dans sa section « Paysage ».

Ce film est présenté à la séance « évènements » de la 19e édition du Festival du Film Coréen à Paris.

Escape : bande-annonce

Escape : fiche technique

Réalisation : Lee Jong-pil
Scénario : Kim Woo-geun, Kwon Sung-hui
Directeur de la photographie : Kim Sung-an
Montage : Lee Gang-hee
Chef décorateur : Bae Jung-yoon
Lumières : Lee Seung-bin
Effets visuels : Park Eui-dong
Son : Choi Tae-young, Ko Dong-hun
Costumes : Yoon Jeong-hee
Maquillage : Kim Hyun-jung
Musique originale : Dalpalan
Producteur exécutif : Hong Jeong-in
Producteur : Park Un-kyoung
Production : The Lamp
Pays de production : Corée du Sud
Distribution internationale : Megabox Plus M
Distribution France : Metropolitan Film Export
Durée : 1h34
Genre : Action

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Ariane Laure
Ariane Laurehttps://www.lemagducine.fr/
Émerveillée par le cinéma depuis le Roi Lion, mon premier film en salle, j’aime les films qui font rêver, qui hantent et ne nous quittent jamais. J’admire particulièrement la richesse des œuvres de Stanley Kubrick, Christopher Nolan et Quentin Tarantino. Je suis également une adepte du cinéma asiatique, de Yasujiro Ozu, Akira Kurosawa à Wong Kar-Wai, Hayao Miyazaki et Park Chan-Wook. Travaillant dans le monde juridique, j'écris des critiques à mes heures perdues.

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