Desert of Namibia : désert affectif

Étrange film, présenté à la Quinzaine des cinéastes du festival de Cannes 2024, dont la durée (2h17) ne se justifie jamais et qui se clôt par une scène qui illustre son titre de manière énigmatique. Pour son second long métrage après Amiko, la très jeune réalisatrice japonaise Yôko Yamanaka met en scène la vie d’une jeune tokyoïte prénommée Kana (probablement son double) dont on comprend assez rapidement qu’elle vit avec un homme qu’elle envisage de quitter pour s’installer avec un autre.

Au début donc, Kana (Yuumi Kawai) vit avec Honda (Kanichiro) qui bosse pour une grosse boîte semble-t-il. Cela signifie qu’il a du mal à résister à la pression qu’on lui met. C’est ainsi qu’il se voit plus ou moins contraint d’accepter une sortie qui le voit faire comme les autres : accepter les avances d’une geisha. Pourtant, il avait promis à Kana de résister à la tentation, mais en rentrant, il avoue avoir été incapable de tenir sa promesse. Ce n’est qu’un détail dans le film, mais cela illustre la façon dont les employés d’une boîte s’y intègrent, comme on intègre une famille en adoptant les règles tacites de comportement. À vrai dire, cela crée un malentendu entre Kana et Honda, celui-ci démarrant… au quart de tour, croyant que c’est son infidélité qui rend Kana furieuse au point de le quitter. Peut-être y voit-elle juste un prétexte pour acter cette rupture que visiblement elle souhaitait déjà, puisqu’on la voit dès le début, en ville, alors qu’elle a rendez-vous avec Hayashi. On peut supposer qu’aveuglé par son travail, Honda ne soupçonnait absolument pas que Kana le trompait.

Une fois installée avec Hayashi (Daichi Kaneko), Kana file-t-elle le parfait amour avec lui ? En fait, ce nouveau couple découvre qu’envisager de s’installer ensemble et passer le cap, ce n’est pas la même chose. On en vient à penser que Kana est du genre éternelle insatisfaite. Ainsi, à son travail dans un salon de beauté, on la voit notamment faire des massages. Si cela l’occupe et la fatigue, on ne la voit jamais particulièrement enthousiaste.

Le souci, c’est que comme Honda, Hayashi est très occupé par son travail. De plus, il semble y consacrer beaucoup de temps à la maison, devant son écran d’ordinateur. Cela finit par agacer Kana qui va jusqu’à le provoquer, d’où des disputes. À la suite de l’une d’elles, Kana fait une chute dans l’escalier et se blesse au point de devoir un temps utiliser un fauteuil roulant et devenir relativement dépendante, ce qui ne peut que la contrarier.

Mais on finit par comprendre que ce n’est pas si simple que cela, car Kana se décide à consulter un médecin puis un spécialiste. Elle apprend ainsi qu’elle serait fragile psychologiquement, peut-être même bipolaire, ce qui expliquerait bien des choses. Cela justifierait aussi d’une certaine façon la durée du film, car il aura fallu du temps à Kana pour être diagnostiquée, commencer à comprendre pourquoi elle a du mal à faire comme les autres. Et puisqu’on la voit plusieurs fois marcher dans la rue, on note que cette grande fille élancée a tendance à faire de grands gestes et même à avoir une démarche un peu saccadée, en tout cas rien à voir avec une démarche tout en souplesse ou bien avec des talons pour marquer sa féminité ou son caractère. D’ailleurs, elle enregistre avec nonchalance ce qu’une amie lui annonce au début du film, à savoir que l’une de leurs anciennes camarades de classe vient de se suicider.

Le plus significatif arrive sans doute en fin de film, quand le téléphone sonne et que visiblement l’appel est pour Kana. On comprend que sa mère l’appelle de Chine. On en déduit que probablement Kana est originaire de là-bas, mais qu’elle en est venue depuis longtemps, car elle répète plusieurs fois en chinois « Je ne comprends pas. » Peut-être traîne-t-elle un traumatisme depuis son départ, traumatisme qui expliquerait son psychisme fragile. A moins que ses parents aient espéré pour elle de meilleures conditions de vie et de soin au Japon.

Reste le dernier plan, relativement long, qui accompagne le générique de fin. On y voit (caméra fixe), un plan sur un point d’eau dans une région aride (on suppose bien évidemment qu’il s’agit du désert de Namibie), avec un puis deux et même trois animaux genre yacks qui viennent s’y abreuver timidement. Même si cela justifie le titre, le rapport avec son contenu ne saute pas aux yeux. Attention et perspicacité s’avèrent nécessaires pour comprendre qu’il s’agit de ce que Kana regarde sur son téléphone.

Sur l’affiche du film, Kana nous tourne le dos. Cela me paraît assez révélateur du contenu du film, puisque nous aurons bien du mal à nous faire une idée précise de sa personnalité. D’ailleurs, visiblement elle se cherche encore et a du mal à comprendre son malaise personnel.
Ce qu’on peut supposer, c’est que la réalisatrice évoque de manière aussi maladroite que son personnage, le malaise de la jeune génération au Japon, peinant à trouver sa place dans une société assez fermée. Mais Kana s’en prend essentiellement à ses deux amants qui sont de la même génération qu’elle. Surtout, elle affiche un certain mépris pour leurs façons d’agir, les provoquant sans jamais chercher à s’expliquer. L’image au format 4/3 renforce l’impression d’exiguïté qui correspond à l’habitat de manière générale.

Fiche technique : Desert of Namibia

Réalisation et scénario : Yôko Yamanaka
Sortie française : le 13 novembre 2024 – 2h17 – Japon
Production : Happinet Phantom Studios – BRIDGEHEAD Co.Ltd. – cogitoworks Ltd.
En association avec : Culture Entertainment – DONGYU CLUB GLASGOW15
Image : Shin Yonekura
Montage : Banri Nagase
Musique : Takuma Watanabe
Distribution France : Eurozoom

Avec :
Yuumi Kawai : Kana
Daichi Kaneko : Hayashi
Kanichiro : Honda

Bande annonce : Desert of Namibia

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Festival

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