« Atlas historique de l’Afrique » : réflexions sur la diversité africaine


Dans Atlas historique de l’Afrique, François-Xavier Fauvelle et Isabelle Surun posent un regard multidimensionnel sur l’histoire et les trajectoires sociales, politiques et économiques du continent africain. Loin de toute essentialisation, les auteurs insistent sur la diversité culturelle, linguistique et économique de l’Afrique, marquée à la fois par des dynamiques propres et par les empreintes laissées par les périodes de colonisation…

Les auteurs insistent d’emblée sur le fait que l’Afrique n’est pas un bloc homogène de peuples figés dans des entités ethniques rigides, contrairement à certaines perceptions erronées. Le continent renferme une grande diversité linguistique, avec environ 2 400 langues parlées, mais aussi des trajectoires divergentes et une histoire marquée par les migrations, les échanges commerciaux et culturels, ainsi que des transformations sociales profondes.

Les innovations technologiques, telles que les outils de pierre taillée ou les techniques de métallurgie, ainsi que les formes de pouvoir économique et politique adoptées depuis des millénaires, constituent autant de preuves de la capacité d’adaptation et de développement de ces sociétés que Nicolas Sarkozy soupçonnait de ne être suffisamment entrées dans l’histoire. Cette richesse culturelle, façonnée bien avant les premières interactions avec le reste du monde, se retrouve dans des pratiques telles la gestion de l’élevage ou l’art rupestre, témoins de civilisations anciennes.

Conçu comme à l’accoutumée sur base de fiches didactiques en double page, l’atlas rappelle que l’Afrique du Nord a été l’une des premières régions conquises par l’Islam au VIIe siècle, une période qui marque le début d’une intense interaction avec le monde islamique. Le commerce transsaharien, qui prend son essor au VIIIe siècle, permet une circulation accrue des biens, des idées et des cultures. Le sud du Sahara devient un carrefour pour l’or, une ressource précieuse qui attire les marchands arabes et européens.

Après s’être penché sur les réseaux de routes commerciales, les auteurs problématisent l’un des aspects les plus dévastateurs de l’histoire africaine, la traite négrière et la colonisation. Ils rappellent que la traite esclavagiste, menée par les puissances européennes du XVe au XIXe siècle, a radicalement transformé le continent. L’esclavage s’est intensifié dès les années 1760, en lien avec la montée en puissance des monocultures, notamment du sucre et du coton en Amérique du Nord. L’ampleur du commerce négrier, avec des pics annuels atteignant jusqu’à 100 000 esclaves transportés par an, ainsi que les conséquences dévastatrices pour les sociétés africaines, sont énoncées par le menu. La mortalité sur les navires négriers touchait quant à elle en moyenne 15 % des captifs embarqués.

Après l’abolition de la traite au milieu du XIXe siècle, les économies africaines se reconvertissent en exportant des matières premières comme l’huile de palme ou l’ivoire. Les différences régionales sont cependant marquées : si certaines régions, comme l’Afrique de l’Ouest, s’adaptent rapidement, d’autres subissent des périodes de déclin prolongé. Les explorations européennes changent quant à elles profondément la perception de l’Afrique. En un siècle, les puissances coloniales traversent et cartographient le continent, ce qui aboutit à la conférence de Berlin de 1885, où l’Afrique est divisée en zones d’influence entre la France, la Grande-Bretagne, la Belgique, le Portugal et d’autres puissances européennes. 

Le XXe siècle est marqué par les luttes pour l’indépendance, mais aussi par la continuité des déséquilibres économiques et politiques hérités de l’ère coloniale. Aujourd’hui encore, le continent est aux prises avec des défis économiques, tels que la dette, la dépendance aux matières premières ou les migrations. Les auteurs mentionnent également l’évolution démographique spectaculaire du continent, notamment en Afrique subsaharienne, qui représentera la majeure partie de la croissance démographique mondiale d’ici 2040.

L’Atlas historique de l’Afrique propose une vision nuancée et détaillée de l’histoire africaine, qui échappe aux simplifications. De l’ère préhistorique aux défis contemporains en passant par les grands empires, les auteurs nous invitent à réfléchir à la diversité, à la résilience et aux transformations profondes du continent noir. Ils verbalisent l’importance des dynamiques internes tout autant que des influences extérieures, et offrent ainsi une contribution précieuse pour mieux comprendre le passé et les enjeux actuels de l’Afrique.

Atlas historique de l’Afrique, François-Xavier Fauvelle et Isabelle Surun 
Autrement, septembre 2024, 96 pages 

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Festival

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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