« L’Héritage fossile » : un voyage aux confins de l’humanité

L’Héritage fossile de Philippe Valette, publié aux éditions Delcourt, interroge les limites de l’humanité face à l’immensité du cosmos. Ce récit se déroule à bord du vaisseau spatial Héritage One, où l’équipage, en route vers une exoplanète lointaine appelée Geminae, est confronté à des défis scientifiques, moraux et existentiels d’une envergure inédite. Entre biostase, fossilisations vivantes, sacrifices d’embryons humains et luttes intestines, Philippe Valette nous plonge dans une aventure où l’ambition humaine rencontre la fragilité de la vie.

L’histoire commence avec une coupure totale de communication entre le vaisseau Héritage One et la Terre. Ce silence n’est pas dû à un simple dysfonctionnement technique : l’équipage, situé à des milliards de kilomètres de son point de départ, se retrouve soudainement isolé. En route depuis 200 ans, ils n’ont alors parcouru que 1 % de la distance prévue vers Geminae, une planète de sable désertique mais viable pour l’homme. À chaque réveil, après de longues périodes de biostase, les membres de l’équipage doivent oeuvrer à la maintenance du vaisseau. Quarante réveils, soit environ mille ans après le début du voyage, un drame survient : les astronautes colons commencent à souffrir d’une étrange forme d’eczéma. Ce problème de santé n’est que le début d’une série de complications qui va bouleverser leur mission.

L’autodoc du vaisseau, cabine chargée de soigner l’équipage, est impuissant. Ces affections cutanées ne sont que la manifestation extérieure d’un mal bien plus grave qu’escompté : les corps des astronautes commencent à se fossiliser vivants. Cette découverte oblige l’équipage à reconsidérer leur mode de vie en biostase et à envisager des réveils plus fréquents pour contrer les effets de cette maladie inattendue. Le hic, c’est que ces réveils répétés hypothèquent leur espérance de vie une fois arrivés à destination, puisqu’ils vieilliront de plusieurs dizaines d’années supplémetaires en procédant de la sorte. La solution la plus pragmatique — mais aussi la plus controversée – qui s’offre à eux est de sacrifier une partie des embryons humains qu’ils transportent dans l’espoir de coloniser Geminae pour récolter des cellules souches et freiner le processus de fossilisation.

L’album alterne habilement entre le passé et le présent de Nova, la doyenne de la nouvelle civilisation, et Reiz, son père, un vétéran de l’expédition. Face à la crise sanitaire à bord du vaisseau, Ryoko, membre de l’équipage, refuse de prendre le traitement à base de cellules embryonnaires et choisit même de se désynchroniser des autres pour tenter de trouver une alternative. Cette décision marque le début d’une fracture profonde au sein de l’équipage. Tandis que les réveils se succèdent, les tensions montent. « Nos relations, auparavant solidement tissées autour d’un engouement commun, se fissuraient silencieusement. » Reiz, obsédé par la réussite de la mission, envisage des mesures de plus en plus radicales. Lorsque Ryoko décède et que la fossilisation reprend de plus belle, il s’adonne à de nouvelles expérimentations macabres…

L’exploration de Geminae révèle quant à elle des mystères géologiques, comme des trous géants, qui semblent défier toute explication scientifique. Nova peine à communiquer avec son père et remet en question ses affirmations. Philippe Valette organise leur quête comme un prétexte aux révélations et à la caractérisation achevée de Reiz. On en apprend davantage sur les véritables origines de Nova et les intentions qui ont guidé les actions de son père tout au long de ce périple.

L’Héritage fossile nous invite à réfléchir sur la nature humaine, sur la limite entre l’ambition et la raison, et sur ce que nous sommes prêts à sacrifier pour atteindre nos objectifs. À travers les décors modélisés en 3D et les personnages subtilement intégrés, Philippe Valette explore avec une profondeur appréciable et un récit alterné les dilemmes auxquels l’humanité pourrait être confrontée lorsqu’elle s’aventure au-delà des frontières de la Terre. Une lecture indispensable pour les amateurs de SF.

L’Héritage fossile, Philippe Valette
Delcourt, septembre 2024, 288 pages

Note des lecteurs0 Note
4.5

Festival

FIFAM 2026 : la programmation et l’affiche se dévoilent

Mercredi 8 juillet, le Fifam a dévoilé son affiche et les grandes lignes de sa programmation. L’occasion également pour le nouveau directeur artistique, Dominique Olier, de s’exprimer sur les orientations du festival à venir. À l’issue de cette présentation au Ciné St-Leu, les spectateurs ont découvert en avant-première le film de Louis Clichy, Le Corset. Le long-métrage d’animation annonce l’entrée, dans la sélection officielle, d’une section dédiée au cinéma d’animation. Un très beau film habité par l’enfance, le monde agricole et la musique. Le festival se déroulera du 13 au 21 novembre 2026, dans les salles du Ciné St-Leu et de la Maison de la Culture d’Amiens !

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

Newsletter

À ne pas manquer

Fjord : La Grande Fureur des bien-pensants

"Fjord", Palme d'or 2026 de Christian Mungiu, suit une famille roumano-norvégienne accusée par les services sociaux d'un pays scandinave, entre conservatisme religieux et progressisme libéral. Un film ambigu et intelligent, mais un peu trop scolaire et démonstratif, qui questionne nos préjugés.

« Insidious : l’invasion du Lointain » ne réveillera pas notre intérêt pour la saga…

Entre un scénario prévisible, des incohérences avec le canon établi et des excursions dans le Lointain sans ambition visuelle, ce sixième épisode déçoit malgré quelques bonnes idées.

Mutiny : castagne en haute mer

Jason Statham traque ceux qui l'ont piégé à bord d'un cargo hostile, dans ce thriller de Jean-François Richet. La mécanique de "Mutiny" est bien huilée par endroits, notamment lors du combat final, mais le récit patine et le huis clos promis ne se referme jamais vraiment sur son héros.

Sanjuro (1962), d’Akira Kurosawa : « Le meilleur sabre est celui qui reste dans son fourreau »

Réclamée par la Toho, la suite du "Garde du corps" (1962) mise en scène par Kurosawa réussit l’exploit de s’inscrire dans une continuité thématique tout en adoptant une tonalité qui en est le contrepied, troquant le cynisme et la violence du premier pour l’humour et l’observation qui évite de verser le sang. Porté par un Toshiro Mifune parfait dans la reprise de son rôle de ronin fruste, "Sanjuro" est un sommet de l’art de la mise en scène du maître nippon : concis, limpide, intelligent, esthétique, drôle, un brin provocateur. En un mot : jubilatoire.

Wake in Fright : les sirènes de la Yabba

"Wake in Fright" a électrisé Cannes en 1971, disparu pendant 40 ans, puis ressurgi comme le mythe fondateur du cinéma australien. Un instituteur s'enlise dans une ville minière où l'hospitalité se boit comme une sommation. 55 ans après, sa brutalité n'a rien perdu de son mordant.
Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

« Post Mortem » : ce que les morts ont à dire

"Post Mortem" réunit le médecin légiste belge Philippe Boxho et le dessinateur Pierre Alary dans une bande dessinée documentaire qui s'emploie à vulgariser un métier sur lequel circulent bon nombre de fantasmes. Le résultat est une œuvre à part, traversée par l'idée que la mort ne constitue pas tout à fait une fin.

« Les 4 Reliques du rock’n’roll » : les Zumbies remettent le rock sur pied

Dans un monde post-apocalyptique qui ne tourne déjà plus très rond, quatre rockeurs morts-vivants doivent réunir les reliques sacrées du rock’n’roll. Arnaud Le Gouëfflec et Julien Solé signent un road-trip furieux et absurdement réjouissant.

« La Désinformation » : comprendre pour mieux combattre

Entre montée des populismes, guerres hybrides, défiance envers les institutions et avènement des réseaux sociaux, la désinformation est devenue l'un des grands enjeux démocratiques de notre époque. Avec "La Désinformation", Grégoire Darcy propose une synthèse ambitieuse des connaissances scientifiques sur le sujet.