« Mégalodon » : terreur des mers

Le scénariste Christophe Bec nous amène, dans le sillage d’un mégalodon, 21 millions d’années en arrière, à l’ère du Miocène, au cœur de l’océan Indien. Le requin géant cherche sa place parmi les siens et doit faire face à des cétacés géants, véritables monstres des mers tels que le cinéma en a enfantés par légions. Avec cet album, les éditions Les Humanoïdes associés nous livrent une épopée aquatique, illustrée avec talent par Paolo Antiga.

Le parti pris de Christophe Bec est évident : nous permettre d’épouser le point de vue d’un mégalodon soumis à toutes les épreuves de son quotidien : des rivalités claniques, des rencontres inattendues, des menaces mortelles, le besoin de se reproduire pour assurer la pérennité du groupe… Son monde aquatique, très bien portraitisé par Paolo Antiga, est peuplé de créatures gigantesques, qui auraient toute leur place parmi les séries B (ou Z) hollywoodiennes actuelles.

L’absence de dialogues est contrebalancée par des cartouches rendant compte des pensées du mégalodon. L’auteur tisse par ailleurs ses intrigues à travers les comportements dessinés des requins, qui ne sont pas sans rappeler les animaux de la série Carthago. Paolo Antiga s’en donne à cœur joie, puisque son trait réaliste et son travail sur la lumière atteignent ici leur pleine mesure, avec notamment des variations de teintes indexées aux milieux aquatiques concernés.

L’intrigue fait la part belle aux pérégrinations d’un monstre des mers. Il doit d’abord défier le « Balafré » afin d’asseoir sa domination sur son groupe. Bientôt exclu, il est condamné à sillonner les mers seul et à repousser les menaces hostiles croisées en cours de route. Parmi elles : un crocodile géant et un Léviathan véritablement taillé pour le combat. Entretemps, notre mégalodon n’oublie pas l’impératif de fonder une nouvelle communauté, tandis que Christophe Bec organise sa rencontre avec les hommes primitifs.

Bien entendu, le récit peut parfois sembler convenu, puisque le point de vue adopté laisse peu de place à la fantaisie. Cependant, les séquences d’action fonctionnent bien et on se solidarise assez vite avec cette créature résiliente et obstinée, capable de conjuguer force et grâce. Ainsi, Mégalodon constitue une incursion bien menée et artistiquement riche dans un monde préhistorique aquatique fourmillant de monstres titanesques. Malgré quelques écueils narratifs, l’album se lit avec plaisir et se montre généreux en termes de spectacle.

Mégalodon, Christophe Bec et Paolo Antiga
Les Humanoïdes associés, octobre 2023, 104 pages

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3.5

Festival

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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