FIFAM 2022 : Tahara d’Olivia Peace

Note des lecteurs0 Note
3

Tahara est un film d’adolescence inventif et déstructuré avec deux héroïnes modernes. Présenté en compétition du FIFAM 2022, Tahara est une comédie ciselée sur les faux-semblants et le deuil, filmée le temps d’une journée où tout bascule pour nos deux héroïnes.

13 reasons why

« Tahara », dans le judaïsme, est la toilettes des défunts, celle qui consiste à purifier le corps et à le débarrasser de son statut social. C’est aussi le titre du premier long métrage d’Olivia Peace, entièrement tourné dans une synagogue, qui se déroule sur une journée de deuil, puisque l’une des camarades adolescente de la communauté vient de mourir. Le mot prend aussi un autre sens dans le film, puisque se débarrasser de son statut social, c’est précisément ce qu’aimeraient les deux héroïnes de Tahara, ne pas être caractérisées, ni jugées, par leurs amitiés, leurs réactions, leurs goûts encore en formation et encore moins par leurs choix en matière d’orientation sexuelle. La force pourtant de ce regard porté sur soi, qui entraîne souvent un rejet, compte plus que tout à l’adolescence, c’est en tout cas ce que suggère le suicide de Samantha, que tous pleurent mais qu’en réalité peu appréciaient. Personne par exemple n’était venu à sa bar-mitzvah quand d’autres inventaient un petit ami imaginaire à la jeune fille, pour se moquer. Sans parler du rejet amoureux, partagé par les réseaux sociaux, dont elle a été victime parce qu’elle avait déclaré son attirance à une autre fille. Le sujet est posé, Tahara va plus particulièrement s’intéresser à l’amitié fusionnelle entre Carrie et Hannah et à sa mise à l’épreuve. 

Voir autrement

C’est un baiser qui déclenche tout. Pour s’entraîner, et savoir si « elle embrasse bien », Hannah demande à Carrie de l’embrasser. Or, Carrie, très attirée par les filles, refuse, sans pour autant faire part de ses doutes à son amie. Presque contrainte d’accepter, elle vit ce moment comme une révélation. Pour Hannah, en revanche, c’est la certitude qu’elle va faire tomber Tristan fou amoureux d’elle. Ces deux gamines qui rêvent de balayer l’hypocrisie, mais surtout qui veulent un ailleurs pour se construire sans pression sociale, ressemblent, dans leur énergie, à celles de Fucking Åmål.  Tahara, aux dialogues omniprésents, tient beaucoup à l’originalité de sa forme. Un format carré à la Mommy qui s’ouvre quand l’horizon de Carrie s’étend lui aussi, trop brièvement pour elle cependant, ou encore par des incursions animées, qui doivent beaucoup à la méthode du collage. L’écran prend vie autrement pour mieux adopter le point de vue des deux héroïnes et donner toute sa place aux réseaux sociaux dans leurs vies. Les filles, surtout Hannah, ne cessent d’être obsédées par leur image, tout en cherchant à tout déconstruire, pour mieux se construire. Un parcours difficile au sein d’une société, d’autant plus avec le poids des dogmes religieux, aux nombreuses injonctions. Il n’y a pas plus conformiste qu’un adolescent quand il s’agit d’appartenir au groupe, de ne pas être seul, et pourtant, c’est à ce moment-là que le désir de justifie, la revendication d’une différence est la plus forte. Autant de paradoxes dont Olivia Peace s’empare avec une certaine fantaisie, un goût pour le mélodrame et surtout beaucoup d’humour, même un peu vache. Le tout est d’accepter, pendant une bonne heure, de changer de point de vue.

Tahara : Bande annonce

Tahara : Fiche technique

Synopsis : Carrie Lowstein et Hannah Rosen sont les meilleures amies du monde. Lorsque leur ancienne camarade de classe de l’école hébraïque, Samantha Goldstein, se suicide, les deux filles se rendent à ses funérailles ainsi qu’à une session de « Teen Talk-back » conçue pour leur permettre d’appréhender la notion de la mort à travers la foi.

Réalisation : Olivia Peace
Scénario : Jess Zeidman
Interprètes : Madeline Grey Defreece, Rachel Sennott, David Taveras, Bernadette Quigley
Genre : Comédie
Durée : 1h18

Festival

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

Cannes 2026 : Ben’imana, le mur du silence

Premier film de Marie-Clémentine Dusabejambo, "Ben'Imana" aborde le pardon, la résilience et la transmission d'une douleur indicible au sein de la société rwandaise, profondément hantée par le génocide des Tutsis. Un drame rempli d'émotions, lauréat de la Caméra d'or, qui invite à s'unir dans l'humanisme au-delà des ethnies.

Newsletter

À ne pas manquer

The Christophers : le prix des âmes

Le dernier Soderbergh : grand petit film sur les affres de l'art au temps de son extrême marchandisation. "The Christophers" brasse avec finesse la question de la valeur d'une œuvre et de la place de l'artiste dans un monde qui fétichise la marchandise. Entre un vieux peintre cabotin et une jeune faussaire en quête de vengeance, Soderbergh opacifie savamment un scénario trop convenu pour mieux révéler les contradictions profondes des artistes, empêtrés entre beauté, gloire et compromissions.

Le Cuirassé Potemkine : cent ans de rage intacte

Cent ans après, "Le Cuirassé Potemkine" revient en salles avec une musique inédite signée Pet Shop Boys. Chef-d'œuvre du cinéma muet, le film d'Eisenstein n'a rien perdu de sa puissance subversive. La rage de ceux qu'on écrase n'a pas de date de péremption.

Ma famille chérie : entre tornade émotionnelle et grâce cassavetienne

Maelström d'émotions, caméra à l'épaule et visages en gros plan avec "Ma famille chérie". Isild le Besco signe un ouragan familial tendre et survolté, entre fulgurances cassavetiennes et grâce mélancolique d'Élodie Bouchez.

L’affaire Zanetti : Confessions d’une meurtrière

Dans un centre pénitentiaire italien, Elisa Zanetti, condamnée pour le meurtre de sa sœur, entame des entretiens avec un criminologue qui ravivent un passé familial trouble. Entre huis clos oppressant, flashbacks maîtrisés et performances intenses, le film interroge la portée réelle d’un travail de reconstruction face à un crime irréparable.

Le Passage : Sur la corde de l’humanité

Entre thriller haletant et drame humaniste, le premier long"métrage de Brandt Anderson plonge le spectateur au cœur de la crise des réfugiés syriens. "Le Passage" est une œuvre chorale, tendue et bouleversante dont la maitrise narrative ouvre sur une émotion absolue.
Chloé Margueritte
Chloé Marguerittehttps://www.lemagducine.fr/
Diplômée en journalisme de l'ESJ Paris, je suis passée par mille et une péripéties culturelles et littéraires au cours de mes études : théâtres, ciné et prépa avant de débarquer à Paris pour me lancer dans le journalisme et la communication. Passionnée par l'art en général et par le cinéma en particulier, j'écris principalement des critiques et autres analyses filmiques.

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.