« Mimiphisto » : tuer le père

Pierre-Henry Laporterie publie Mimiphisto dans la collection « Métamorphose » des éditions Soleil. Il y prend pour cadre l’Enfer et pour personnage principal le fils de Méphistophélès, grand maître de ces lieux maudits.

Il faut reconnaître à Mimiphisto une authentique poésie graphique. Pierre-Henry Laporterie ne se contente pas d’élaborer un conte pour enfants : il joue des éclairages, des formes, des structures pour donner corps à un Enfer au détour duquel le lecteur est appelé à croiser l’imposant Méphistophélès, le démon aux milles regards Oman ou encore Jazabel et ses tentacules putrides. Dans ce haut lieu de perdition, un Contrôleur invertébré assure l’ordre et le bon fonctionnement pendant que des trains déversent sans discontinuer les âmes damnées.

Mimiphisto n’est autre que le fils de Méphistophélès. À l’aide d’un précepteur exigeant, il se prépare à prendre la relève de celui qui règne d’une main de maître sur l’Enfer. Mais les résultats s’avèrent bien peu satisfaisants. Il semblerait même que le jeune démon ne soit pas convaincu par la perspective de régenter ce microcosme maudit, qu’il doute de s’épanouir dans ces fonctions qui lui sont promises, qu’il cherche obstinément à trouver sa propre voie. Peut-on s’affranchir d’un destin tout tracé quand on est le fils du Diable ?

C’est précisément là que Mimiphisto prend tout son sens. Aux leçons prodiguées par son instructeur, le diablotin va préférer celles du Baron Samedi, un individu singulier qui le conforte dans l’idée de rompre avec la lignée familiale. Non pas qu’il tourne le dos à son père – il sera présent dans ses derniers moments – mais il décide cependant de poursuivre ses aspirations et de se réaliser à travers elles. Ainsi, c’est en exploitant un monde peuplé de créatures étranges, à silhouettes monstrueuses ou burtoniennes, que Pierre-Henry Laporterie échafaude une ode à l’émancipation et à la liberté.

Bien que destiné aux enfants, cet album d’une grande cohérence visuelle – et notamment chromatique – présente une richesse telle qu’il saura réunir autour de lui toutes les générations. Cette plongée en Enfer, dans les entrailles de la Terre, donne lieu à des planches somptueuses. Le recours de Mimiphisto à une baguette tout sauf magique sous-tend un propos sur la confiance en soi et l’auto-accomplissement. Et tout le récit tend vers un même message : la possibilité de s’affranchir des attentes familiales et des déterminismes sociaux.

Mimiphisto, Pierre-Henry Laporterie
Soleil, octobre 2022, 84 pages

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Festival

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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