« Le Syndicalisme d’après » : reconquête sociale

Le politiste et spécialiste des questions syndicales Jean-Marie Pernot publie Le Syndicalisme d’après aux éditions du Détour. Il y livre une réflexion lucide sur l’état de ces organisations professionnelles aujourd’hui quelque peu démonétisées.

Repenser la dialectique entre représentants et représentés, lutter contre un processus d’atomisation qui met à mal le mouvement syndical, objectiver des attentes sociales protéiformes et interprofessionnelles, construire et affiner les revendications issues du monde du travail… Spécialiste du sujet, Jean-Marie Pernot a une idée assez précise de l’état actuel du syndicalisme français. Dans un ouvrage éclairé, il revient sur son histoire, ses spécificités et les actions d’amélioration qui permettraient de le revivifier. Il faut dire que l’heure n’est pas à la fête. Le mouvement des Gilets jaunes s’est largement émancipé de toute assise syndicale, la CGT et la CFDT illustrent volontiers la concurrence et l’incommunicabilité (relatives) entre les différentes centrales et des dispositions législatives récentes, à l’instar des ordonnances Macron ou des lois El Khomri, ont abouti à des entrelacs de strates de négociations et de procédures tout en érigeant l’accord d’entreprise en norme prescriptive.

Le Syndicalisme d’après est un appel tout sauf résigné. Il s’agit de trouver une juste voie entre incantations et renonciations, à établir un dialogue constructif entre les centrales en partant du principe que rien n’est possible seul, à redéfinir des valeurs communes à l’heure où le monde ouvrier apparaît émietté, où les différents représentants s’institutionnalisent et où les négociations annuelles obligatoires tendent à former l’alpha et l’oméga du travail syndical. Jean-Marie Pernot opère un détour historique – des délégués du personnel élus par leurs pairs aux comités d’entreprise en passant par les branches – pour mieux épingler ce qui mine aujourd’hui le syndicalisme français : l’absence de résultats probants, mais aussi un processus de segmentation et d’atomisation, un réformisme peu concluant (CDFT), voire des structures pour partie dysfonctionnelles (CGT). Ce qui transparaît clairement, c’est la difficulté pour les grands syndicats de se positionner dans des entreprises où toutes les catégories de métiers et de statuts sont représentées, où des interdépendances se créent (sous-traitance, collaborateurs indépendants, etc.) et se répandent de plus en plus.

Aujourd’hui, le syndicalisme demeure plus que jamais en quête de sens. Alors que les luttes sociales connaissent des excroissances naturelles – altérité, féminisme –, les organisations syndicales n’en ont pas fini pour autant avec leurs thèmes de prédilection (temps de travail, retraite…). Avec son ouvrage, Jean-Marie Pernot lance un pavé dans la mare : il questionne le repli sur soi des centrales qu’il qualifie de « matricielles » (CGT, CFDT) et appelle à une réinvention des organisations professionnelles dans un monde du travail de plus en plus ouvert et complexe.

Le Syndicalisme d’après, Jean-Marie Pernot
Les éditions du Détour, octobre 2022, 224 pages

Note des lecteurs0 Note
3.5

Festival

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

Cannes 2026 : Ben’imana, le mur du silence

Premier film de Marie-Clémentine Dusabejambo, "Ben'Imana" aborde le pardon, la résilience et la transmission d'une douleur indicible au sein de la société rwandaise, profondément hantée par le génocide des Tutsis. Un drame rempli d'émotions, lauréat de la Caméra d'or, qui invite à s'unir dans l'humanisme au-delà des ethnies.

Newsletter

À ne pas manquer

Toy Story 5 tire la corde vers l’infini et au-delà

"Toy Story 5" déçoit malgré une belle animation. Woody trahit sa fin du quatrième opus, Buzz reste secondaire et c'est Jessie qui porte tout le poids émotionnel du film. Un scénario qui ne décolle jamais, des décors paresseux... Disney a-t-il fini par essorer sa propre saga ?

The Christophers : le prix des âmes

Le dernier Soderbergh : grand petit film sur les affres de l'art au temps de son extrême marchandisation. "The Christophers" brasse avec finesse la question de la valeur d'une œuvre et de la place de l'artiste dans un monde qui fétichise la marchandise. Entre un vieux peintre cabotin et une jeune faussaire en quête de vengeance, Soderbergh opacifie savamment un scénario trop convenu pour mieux révéler les contradictions profondes des artistes, empêtrés entre beauté, gloire et compromissions.

Le Cuirassé Potemkine : cent ans de rage intacte

Cent ans après, "Le Cuirassé Potemkine" revient en salles avec une musique inédite signée Pet Shop Boys. Chef-d'œuvre du cinéma muet, le film d'Eisenstein n'a rien perdu de sa puissance subversive. La rage de ceux qu'on écrase n'a pas de date de péremption.

Ma famille chérie : entre tornade émotionnelle et grâce cassavetienne

Maelström d'émotions, caméra à l'épaule et visages en gros plan avec "Ma famille chérie". Isild le Besco signe un ouragan familial tendre et survolté, entre fulgurances cassavetiennes et grâce mélancolique d'Élodie Bouchez.

L’affaire Zanetti : Confessions d’une meurtrière

Dans un centre pénitentiaire italien, Elisa Zanetti, condamnée pour le meurtre de sa sœur, entame des entretiens avec un criminologue qui ravivent un passé familial trouble. Entre huis clos oppressant, flashbacks maîtrisés et performances intenses, le film interroge la portée réelle d’un travail de reconstruction face à un crime irréparable.
Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

Quelle place pour les super-héros dans le cinéma hollywoodien contemporain ?

Sébastien David et Hélène Valmary dirigent aux PUR un ouvrage collectif intitulé Les super-héros dans le cinéma hollywoodien contemporain. Ce dernier prend le blockbuster au sérieux : plus qu'un produit industriel ou le symptôme patenté de l’hégémonie Marvel, le super-héros y est analysé comme carrefour de formes, de gestes, de sons, de corps ou encore de croyances. Un laboratoire où le cinéma contemporain rejoue, parfois malgré lui, toute une histoire des images.

« Les Trois Maisons de Michel Foucault » : les demeures de la pensée

Avec "Les Trois Maisons de Michel Foucault", les Presses universitaires de Rennes prennent le parti d'explorer le philosophe français à travers Poitiers, Vendeuvre et Verrue. Le livre transforme ces lieux de vie en véritables chambres d’écho de son œuvre. Une manière singulière, remarquablement incarnée, d’approcher une pensée souvent réduite à ses concepts les plus célèbres.

Léa Lahannier dans les entrailles du cinéma d’horreur français

Avec "Au bord de l’abîme : où en est le cinéma d’horreur français ?", Léa Lahannier entreprend un état des lieux du genre horrifique hexagonal. Elle en exhume la mémoire cinématographique, les motifs, les contradictions et les métamorphoses. C'est à découvrir aux éditions LettMotif.