« Pitcairn » : illusions perdues

Premier tome de la série Pitcairn, L’île des révoltés du Bounty, « Terre promise » réunit les scénaristes Mark Eacersall et Sébastien Laurier et le dessinateur Gyula Németh. Ensemble, ils mettent en vignettes la fuite des mutins de la Royal Navy qui, sous la direction de Christian, abandonnent le capitaine Bligh et ses hommes dans une chaloupe pour rejoindre une île où ils pourront bâtir une nouvelle communauté.

En qualité de narratrice, Mary Ann Christian raconte « une histoire de sang et de malheurs » qui a profondément marqué l’histoire de sa famille. « C’est l’endroit rêvé pour se cacher. On pourra vivre en paix pour toujours ! », imagine son père, mutin de la Royal Navy, au moment de rejoindre l’île Tubuai, où aucun Blanc n’a jamais mis les pieds. Celui qui a dépossédé le capitaine Bligh de son navire, au départ missionné pour ramener de Polynésie des plants d’arbres fruitiers, cherche alors à implanter une nouvelle communauté dans un endroit reculé, où cette dernière devrait être à l’abri des menaces et pouvoir se pérenniser.

Tout ne se passe évidemment pas comme prévu. Mark Eacersall, Sébastien Laurier et Gyula Németh mettent l’accent sur l’action et les (més)aventures des colons, qui provoquent le courroux, à plusieurs reprises, des populations autochtones. Quand ils posent pour la première fois le pied sur la terre ferme après un long périple, ils doivent se frayer un chemin entre les cadavres fusillés des indigènes, qui jonchent le sol. Les différences culturelles, l’incompréhension, mais aussi la prédation des colons, notamment vis-à-vis des femmes locales, provoquent des heurts. « Mon père, ma mère. Ils avaient trouvé leur île. Ils la voulaient pour tous et pour chacun. Ils allaient devenir des ancêtres. » Mais ce que la narratrice n’énonce pas encore, ce sont les tensions et massacres qui vont accompagner ce lent processus d’appropriation…

Rondement mené, efficacement dessiné, dans une veine naturaliste appréciable, « Terre promise » narre les divergences d’opinions entre les mutins, ainsi que les difficultés à faire siens des espaces sauvages. Surtout, au bout de leur route, les colons portent déjà en eux les prémices d’une catastrophe annoncée, puisqu’« ils emmenèrent avec eux la colère et la peur ». Si ces dimensions transparaissent clairement dans le récit, le bât blesse en revanche au niveau de la caractérisation des personnages (en dehors de Christian, dont on devine l’abnégation et découvre les états d’âme, ainsi que les blessures familiales). L’album manque ainsi de chair humaine, laquelle apparaît sacrifiée sur l’autel du récit d’aventures.

Pitcairn, L’île des révoltés du Bounty : « Terre promise », Mark Eacersall, Sébastien Laurier et Gyula Németh
Glénat, mars 2022, 56 pages

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Festival

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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