« Femmes d’exception » : caractériser le génie féminin

Journaliste et diplômée en Histoire de l’Art, Chiara Pasqualetti Johnson publie aux éditions L’Imprévu un beau-livre mettant à l’honneur cinquante femmes d’exception.

Femmes d’exception est un beau-livre aux aspirations claires : mettre en exergue cinquante femmes qui, chacune à leur façon, ont marqué l’histoire récente. À travers des textes passionnés de quelques pages accompagnés de photographies soigneusement sélectionnées, Chiara Pasqualetti Johnson retrace dans les grandes lignes les parcours et personnalités d’écrivaines, scientifiques, comédiennes, politiciennes ou encore religieuses passées à la postérité, et dont l’influence demeure souvent prégnante. S’il faut accepter la dimension arbitraire d’une sélection qui aurait pu sans mal s’enrichir de mille noms, quelques omissions nous apparaissent toutefois regrettables : il en va ainsi de la militante anarchiste Emma Goldman, la philosophe Hannah Arendt, la nobélisée Aung San Suu Kyi, la chancelière allemande Angela Markel ou encore la romancière et dramaturge Marguerite Duras. Mais qu’importe au final, puisque la présente sélection remplit parfaitement son cahier des charges : radiographier le génie féminin en effeuillant celles qui en sont les ambassadrices.

Parmi celles dont la place s’avère indiscutable parmi ces « femmes d’exception », on retrouve l’auteure Agatha Christie, fine observatrice du monde dont les ventes cumulées ne sont outrepassées que par celles de la Bible ou de Shakespeare. Chiara Pasqualetti Johnson rapporte en outre cette anecdote (qu’il aurait cependant fallu nuancer) : l’écrivaine la plus populaire du XXe siècle n’a jamais mis les pieds à l’école. Autre discipline, mais même aura : Marie Curie, célèbre chercheuse, a tracé la voie aux femmes vers l’émancipation. Elle a été la première à enseigner à la Sorbonne, à se voir décerner un diplôme en physique et même à recevoir deux prix Nobel dans deux champs d’expertise différents. Emmeline Pankhurst, qui ouvre l’ouvrage, est moins connue mais tout aussi séminale pour la cause des femmes : elle a lutté pour leurs droits, accompagnant de ce fait le mouvement des suffragettes, ce qui lui valut notamment la répression policière et des séjours fréquents derrière les barreaux. Plus proches de nous, la prix Nobel de la Paix Malala Yousafzai est devenue l’égérie mondiale de la lutte pour le droit des femmes à l’éducation, tandis que Benazir Bhutto fut la première élue à se voir portée à la tête d’un pays musulman, avant son terrible assassinat.

Cette dernière, comme le rappelle très justement Chiara Pasqualetti Johnson, était toutefois porteuse de contradictions. Tout comme les dirigeantes Golda Meir ou Eva Perón, dont l’influence et le parcours avant-gardiste ne doivent pas cacher des aspects moins honorables et passés sous silence dans l’ouvrage : l’une a été jusqu’à nier l’existence du peuple palestinien dans une déclaration restée célèbre, tandis que l’autre, présentée comme une « Madone des pauvres », une figure tutélaire de l’émancipation des femmes et une pasionaria s’étant affranchie de ses origines modestes, est parfois associée au fascisme. C’est d’ailleurs le principal reproche que l’on pourrait formuler à l’encontre de Femmes d’exception : ses intentions demeurent louables, son corpus didactique et engageant, mais le format adopté empêche cependant de creuser plus avant les personnalités mises en relief (et même lorsque cela aurait été nécessaire à la juste appréhension de leurs parcours/combats/idées). Traitons donc le livre de Chiara Pasqualetti Johnson pour ce qu’il est : la démonstration subjective mais réussie d’un génie féminin capable de se projeter partout et en tout domaine, dont la résonance se traduit par les noms de Virginia Woolf, Joséphine Baker, Frida Kahlo, Simone de Beauvoir, Audrey Hepburn, Anne Frank et même Leni Riefenstahl.

Femmes d’exception, 50 portraits du XXème siècle à nos jours, Chiara Pasqualetti Johnson
L’Imprévu, octobre 2021, 224 pages

Note des lecteurs2 Notes
3

Festival

Reims Polar 2026 : Mata, l’ombre du contrôle

Présenté en clôture de la 6e édition de Reims Polar, "Mata" est le film le plus ambitieux de Rachel Lang — et peut-être le plus frustrant. Un thriller d'espionnage à la française, anti-spectaculaire et introspectif, porté par une Eye Haïdara à contre-emploi, qui cherche sa radicalité sans toujours la trouver.

Reims Polar 2026 : Sons of the neon night, un champ de bataille sans stratège

Reims Polar a le chic pour dénicher les objets cinématographiques qui résistent — ceux qui ne rentrent pas tout à fait dans les cases, qui portent en eux quelque chose d'inachevé ou d'excessif, et dont la programmation constitue en soi une invitation à débattre. "Sons of the Neon Night" y trouve naturellement sa place. Présenté en séance de minuit à Cannes en 2025, ce polar hongkongais de Juno Mak a fait parler de lui autant pour son ambition visuelle démesurée que pour ses failles narratives béantes.

Reims Polar 2026 : Morte Cucina, la vengeance est un plat qui se dévore sans modération

En compétition Sang Neuf au festival Reims Polar, "Morte Cucina" du thaïlandais Pen-ek Ratanaruang suit Sao, cuisinière d'exception marquée par un viol commis dans son adolescence, qui retrouve par hasard son agresseur des années plus tard à Bangkok. Entre thriller culinaire et drame de la résilience, le film use de la nourriture comme arme et comme langage, avec plus d'intentions que de tranchant.

Reims Polar 2026 : Mi Amor, noyé dans le bruit

Ce jeudi 2 avril au soir, l’impériale Cécile Maistre-Chabrol a remis le Prix Claude Chabrol à Thomas Ngijol pour "Indomptables", polar camerounais dans lequel le réalisateur-acteur réussit une mue radicale et convaincante — quitter la comédie pour plonger dans un thriller âpre, ancré dans la réalité de Yaoundé, entre enquête policière et portrait d'une paternité qui déraille. Une belle soirée pour le genre, achevée par Guillaume Nicloux et son nouveau film, "Mi Amor". Le contraste est cruel, d'autant plus piquant que Nicloux n'est pas un inconnu des festivals de polar. Il s’était déjà fait connaître au Festival du Film Policier de Cognac, ancêtre direct de Reims Polar, avec Une affaire privée. Et ce film-là racontait déjà... une disparition de jeune femme.

Newsletter

À ne pas manquer

Sorda : des liens au-delà du silence

Après son court-métrage éponyme, Eva Libertad étend l'histoire de "Sorda". Un nouvel opus nécessaire qui interroge la parentalité, dans le bruit du silence.

Nous l’orchestre : au cœur d’un ensemble symphonique

Le documentariste Philippe Béziat nous propose une plongée au sein du célèbre Orchestre de Paris. Multipliant les approches et les gestes de mise en scène, il permet de lever un coin de ce grand mystère : comment des individualités parviennent à faire corps, au service de la musique. Captivant.

Signes de vie, de Werner Herzog : à perdre la raison

Exploration à bas bruit des frontières de la rationalité humaine ? Faille spatio-temporelle où l’Homme quitte le sentier d’un destin médiocre ? Pas de doute, le cinéma de Herzog est déjà en place.

Vivaldi et moi : tutti per la musica

Abandonnées par leurs familles dans un orphelinat, des jeunes filles se consacrent à la musique. Nous sommes à Venise en 1716, à l'orphelinat « La Pietà » qui doit son nom à la Vierge Marie. Constituant un orchestre de chambre, chaque dimanche ces musiciennes se produisent anonymement dans une église locale où le public vient les écouter. Si elles ne connaissent pas leurs origines, leur avenir est tout tracé…

Voyage à deux : le désenchantement conjugal

Troisième collaboration entre Stanley Donen et Audrey Hepburn après "Drôle de frimousse" et "Charade", "Voyage à deux" suit un couple à différents moments de sa vie à travers un récit fragmenté. Le film fait de la mémoire amoureuse son véritable moteur narratif, entre instants de grâce et fissures plus discrètes.
Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

« Censure & cinéma » : une collection mise à l’honneur

De la classification française aux plateformes mondialisées, en passant par le gore italien, les blasphèmes de Luis Buñuel ou les polémiques plus contemporaines, Darkness, censure & cinéma propose un recueil de textes éloquents quant aux différentes formes de censure. C'est à découvrir aux éditions LettMotif.

« Questions de cinéma 2 » : un art en mouvement perpétuel

À travers une série d’entretiens d’une remarquable densité, Nicolas Saada propose aux éditions Carlotta une plongée dans les strates invisibles du cinéma, là où se nouent les enjeux entre la technique, l'intuition et le regard.

Les 100 plus grands joueurs de foot mis à l’honneur

Les éditions L'Imprévu consacrent un ouvrage richement illustré aux 100 plus grands joueurs de football des années 2000.