« SuperGroom » dans l’arène

Pour son retour, SuperGroom s’hybride avec Battle Royale ou Avengers Arena. Kidnappé, Spirou est en effet contraint de participer à un jeu diffusé sur Internet où il est aux prises avec d’autres super-héros.

Devenu super-héros, Spirou bénéficie des inventions du Comte de Champignac pour mener à bien ses nouvelles missions. On le découvre toutefois au début de « La Guerre olympique » soucieux de son empreinte écologique. Il ne faudrait pas que ses activités clandestines deviennent un prétexte commode pour renoncer aux valeurs qui l’animent habituellement. Ce détail caractérise très bien le personnage : SuperGroom est l’extension super-héroïque d’un homme sensible à l’environnement et à ses pairs. Un homme bientôt kidnappé pour participer à un concours clandestin de super-héros, dont les organisateurs demeurent mystérieux, tout comme Chapeau noir, le favori du tournoi, un hacker bénéficiant de technologies militaires.

Bon enfant, coloré, « La Guerre olympique » est un récit d’aventures échevelé. Et jouant volontiers des contrastes. « Votre présence ici est si ridicule et maladroite que vous êtes forcément dénué d’amour-propre ou d’arrière-pensées machiavéliques », se verra ainsi signifié SuperGroom, dont la stature a effectivement peu à voir avec celle de ses rivaux. Opérant un lien évident avec le monde sportif, médiatique et virtuel, l’album de Fabien Vehlmann et Yoann évoque les paris en ligne, met en scène un système de vote à distance et s’amuse de voir des faits indiscutables ignorés par des masses obnubilées par des considérations superficielles (chacun y verra les allusions qu’il veut). Ces tentatives timides d’épouser des enjeux contemporains ont le mérite d’exister et de se fondre parfaitement dans l’univers portraituré.

Ce second tome de SuperGroom est du même acabit que son prédécesseur. Il se lit d’une traite, se montre lacunaire en substance mais généreux en péripéties. S’il aborde brièvement les manipulations boursières et les sournoiseries capitalistiques, il vaut surtout pour sa galerie de personnages (Fantasio/Fantastik, la journaliste Superglue, Centaure et son solutionnisme technologique, Redwing, l’écureuil mignon et implacable, etc.) et pour les épreuves qu’il fait traverser à son héros. Parmi elles, on notera notamment la traversée d’une ancienne cimenterie protégée… par des drones mitrailleurs. Quoi qu’il en soit, « La Guerre olympique » est plaisant à lire et réussi sur le plan graphique. Mieux : les jalons du troisième tome semblent installés avec des mystères à percer et une organisation à explorer…

SuperGroom : La Guerre olympique, Fabien Vehlmann et Yoann
Dupuis, septembre 2021, 88 pages

Note des lecteurs2 Notes
3

Festival

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

Cannes 2026 : Ben’imana, le mur du silence

Premier film de Marie-Clémentine Dusabejambo, "Ben'Imana" aborde le pardon, la résilience et la transmission d'une douleur indicible au sein de la société rwandaise, profondément hantée par le génocide des Tutsis. Un drame rempli d'émotions, lauréat de la Caméra d'or, qui invite à s'unir dans l'humanisme au-delà des ethnies.

Newsletter

À ne pas manquer

The Christophers : le prix des âmes

Le dernier Soderbergh : grand petit film sur les affres de l'art au temps de son extrême marchandisation. "The Christophers" brasse avec finesse la question de la valeur d'une œuvre et de la place de l'artiste dans un monde qui fétichise la marchandise. Entre un vieux peintre cabotin et une jeune faussaire en quête de vengeance, Soderbergh opacifie savamment un scénario trop convenu pour mieux révéler les contradictions profondes des artistes, empêtrés entre beauté, gloire et compromissions.

Le Cuirassé Potemkine : cent ans de rage intacte

Cent ans après, "Le Cuirassé Potemkine" revient en salles avec une musique inédite signée Pet Shop Boys. Chef-d'œuvre du cinéma muet, le film d'Eisenstein n'a rien perdu de sa puissance subversive. La rage de ceux qu'on écrase n'a pas de date de péremption.

Ma famille chérie : entre tornade émotionnelle et grâce cassavetienne

Maelström d'émotions, caméra à l'épaule et visages en gros plan avec "Ma famille chérie". Isild le Besco signe un ouragan familial tendre et survolté, entre fulgurances cassavetiennes et grâce mélancolique d'Élodie Bouchez.

L’affaire Zanetti : Confessions d’une meurtrière

Dans un centre pénitentiaire italien, Elisa Zanetti, condamnée pour le meurtre de sa sœur, entame des entretiens avec un criminologue qui ravivent un passé familial trouble. Entre huis clos oppressant, flashbacks maîtrisés et performances intenses, le film interroge la portée réelle d’un travail de reconstruction face à un crime irréparable.

Le Passage : Sur la corde de l’humanité

Entre thriller haletant et drame humaniste, le premier long"métrage de Brandt Anderson plonge le spectateur au cœur de la crise des réfugiés syriens. "Le Passage" est une œuvre chorale, tendue et bouleversante dont la maitrise narrative ouvre sur une émotion absolue.
Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

« Agnès la Chevaleresse » : la fantasy à la langue bien pendue

Avec "Agnès la Chevaleresse", Damien Geffroy se délecte des mythes de l’heroic fantasy. Pièce après pièce, avec une jubilation fortement communicative, il imagine un récit entre satire des histoires chevaleresques, héroïne obstinée et vieux mentor plus porté sur la chopine que sur l’honneur. L’auteur livre aux éditions Fluide Glacial une aventure légère, drôle et souvent irrésistible.

« La Vie extraordinaire d’Arizona Joe » : l’Amérique au carrefour des fortunes

À l'heure où Wall Street commence à façonner le monde moderne, un adolescent en fuite croise la route d'un vagabond qui lui apprend à regarder l'Amérique autrement. Avec "Baby Boxer Banker", premier volet de La Vie extraordinaire d'Arizona Joe, Stéphane Piatzszek et Fabrice Meddour signent un récit d'initiation où l'aventure se mêle à la filiation, la liberté et les promesses contradictoires du rêve américain.

« Bêtes comme nous » : quand les animaux deviennent humains

Un escargot super-héros qui met deux semaines à sauver New York, des moutons grégaires militants ou encore une araignée dépressive parce que son costume de super-héros ne trompe personne : avec Bêtes comme nous, MO/CDM bâtit un bestiaire dont les pièges, souvent, relèvent des caractéristiques biologiques des protagonistes. Une idée simple, parfois exploitée jusqu’à l’usure, mais qui donne naissance à un recueil de gags souvent réjouissants.