Festival de Deauville 2021 : John and the hole, Down with the King

Le 10 septembre a marqué la fin de la compétition au Festival de Deauville 2021. John and the hole de Pascual Sisto et Down with the King de Diego Ongaro sont les deux derniers films de la sélection.

John and the hole : conte moderne sur la fin de l’enfance

Le réalisateur espagnol signe avec John and the hole son premier long-métrage, un thriller traitant du passage à l’âge adulte.

John, adolescent de 13 ans, mène une existence tranquille dans la maison familiale.  En se promenant dans la forêt, il découvre par hasard un bunker en construction. Celui-ci éveille en John d’étranges pulsions, qui amènent le jeune homme à droguer ses parents et sa sœur pour les abandonner au fond du bunker.

Le visage très apathique et le caractère taciturne de John, qui s’exprime essentiellement par des simples « ok », rendent de prime abord difficile la compréhension de son acte. De plus, John possède une vie de privilégié, avec une mère relativement libertaire et un père qui lui offre des cadeaux coûteux, tels qu’un drone dernier cri.

Pour John, il ne s’agit pas tellement d’être tranquille sans ses parents, même s’il en profite pour inviter un ami, jouer aux vidéos et manger des fast food. En réalité, il souhaite expérimenter la vie d’un adulte en apprenant à se débrouiller et à se discipliner seul. Ce test fait écho aux interrogations que John posait à sa mère sur l’essence et le temps du passage à l’âge adulte.

Peu satisfait des réponses obtenues, le jeune garçon utilise une méthode extrême pour se faire sa propre idée et déterminer s’il est prêt à devenir un adulte responsable. Après une discussion avec le jardinier, il voit ses parents et sa sœur comme des mauvaises herbes, des nuisibles à éliminer pour parvenir à son but.

Malheureusement, John and the hole se focalise trop sur sa forme de thriller et en oublie de traiter son sujet principal en profondeur. Très peu de dialogues s’intéressent au coup de folie de John, que les parents ne cherchent étonnement que très peu à comprendre. Finalement qu’est-ce que devenir adulte ? Quand le devient-on ? Où se trouve la frontière avec l’univers de l’enfance ? Pascual Sisto ne donne que peu d’éléments de réflexion dans son film.

Certains passages du film restent de plus assez peu lisibles, notamment le lien entre l’histoire de John et les scènes d’une petite fille de 12 ans abandonnée par sa mère. Pour préparer sa fille à la solitude, la mère lui a raconté, comme un conte initiatique, l’histoire de John et le trou. Le contenu de ce récit reste inconnu mais renvoie bien à l’expérience vécue par John.

Pourtant la jeune fille, à l’inverse de John, appréhende la solitude et l’indépendance. Loin de se débarrasser de ses parents, elle supplie sa mère de rester avec elle. Ainsi, John and the hole montre que le passage à l’âge adulte n’est pas toujours désiré. Inévitable, il reste pour certains une source d’angoisse.

Pour aider les enfants à grandir, quoi de mieux que le conte, dont John and the hole multiplie les symboles dans son scénario ? La promenade dans la forêt, récurrente dans l’univers du conte, évoque le danger, l’aventure dans laquelle se retrouvent plongés les personnages. Quant à la découverte du « trou », il est difficile de ne pas penser à celui dans lequel tombe la jeune Alice. Le bunker représente alors le passage, le basculement vers un nouveau monde, en l’occurrence l’âge adulte.

Malgré un sujet intéressant et un traitement original, il est dommage que John and the hole ne creuse pas suffisamment son thème central. Le film reste un peu à la surface de ce « trou » effrayant qui recèle encore bien des mystères.

John and the hole – Bande-annonce

Down with the King : la liberté retrouvée

Diego Ongaro, réalisateur d’origine française résidant aux Etats-Unis, s’est fait connaître avec son film Bob and the trees, présenté au Festival de Sundance en 2015.

Pour son deuxième long-métrage, Down with the King, le cinéaste s’attache à l’histoire d’un célèbre rappeur, Money Merc. Ce dernier, envoyé dans une ferme isolée par son agent, doit composer un nouvel album. Lassé de sa carrière et des contraintes, Money commence à apprécier la vie à la campagne.

Avec un certain humour, le film montre les difficultés d’adaptation d’un rappeur de la ville à une existence rurale entourée par les animaux. Sans porter de jugement, Down with the king transcende ainsi les préjugés et les barrières ville/campagne, blanc/noir. L’amitié qui se noue entre Money et le fermier Bob témoigne alors de la coopération et du rapprochement de deux univers que tout oppose.

En apprenant à s’occuper de la ferme et des animaux, Money Merc prend conscience de la tranquillité et de la liberté de la vie rurale. Ce mode de vie est l’exact inverse de sa carrière de rappeur, soumise à des contrats et à des agents qui ont constamment le pouvoir de décider pour lui.

Même si son histoire reste assez simple, Down with the king reste un film très agréable qui rappelle que chacun doit prendre sa propre vie en main pour être heureux.

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Ariane Laure
Ariane Laurehttps://www.lemagducine.fr/
Émerveillée par le cinéma depuis le Roi Lion, mon premier film en salle, j’aime les films qui font rêver, qui hantent et ne nous quittent jamais. J’admire particulièrement la richesse des œuvres de Stanley Kubrick, Christopher Nolan et Quentin Tarantino. Je suis également une adepte du cinéma asiatique, de Yasujiro Ozu, Akira Kurosawa à Wong Kar-Wai, Hayao Miyazaki et Park Chan-Wook. Travaillant dans le monde juridique, j'écris des critiques à mes heures perdues.

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