« Monaco : luxe, crime et corruption » : les dessous de la Principauté

La journaliste d’investigation Hélène Constanty et l’auteur-dessinateur Thierry Chavant racontent les dessous de la Principauté monégasque à travers trois affaires retentissantes : l’assassinat d’Hélène Pastor, les mises en examen de Dmitri Rybolovlev et un chantier maritime des plus opaques.

Le Rocher, c’est un écosystème bien particulier : un paradis fiscal où un habitant sur trois est millionnaire, où la richesse moyenne par habitant avoisine les deux millions d’euros, où les caméras de surveillance et les policiers foisonnent au point d’en faire l’État le plus fliqué du monde. Le mètre carré, en progression constante, s’y négocie en moyenne autour de 49 000€. Il faut dire qu’on n’y paie quasiment aucun impôt, hors TVA : pas de taxe foncière, des droits de succession nuls en filiation directe, aucun prélèvement sur le revenu. Cela explique certainement la pression observée sur le parc immobilier et l’évolution du montant des loyers : nombreux sont les superriches qui rêvent de goûter aux joies d’un système fiscal si clément. Hélène Constanty l’annonce d’ailleurs sans ambages : c’est une « cité en carton-pâte » doublée d’« un cocon ultra-sécurisé ». Plusieurs milliardaires y ont fait leur nid : Tatiana Casiraghi, David et Ezra Nahmad, Lily Safra. À ceux-là, il faut certainement ajouter la famille Grimaldi, qui règne sur la Principauté depuis la fin du Moyen-Âge, et dont la richesse demeure le secret le mieux gardé du pays. C’est sous sa férule que Monaco a changé de visage – et de stature. En 1860, le Rocher ne comptait que mille habitants, logés dans de vieilles maisons. Aujourd’hui, quelque 38 000 personnes y résident dans des appartements luxueux qui s’arrachent à prix d’or, et plus de 30 000 frontaliers viennent y travailler quotidiennement. Le point de bascule fut certainement l’indemnisation en 1861 de la famille Grimaldi par Napoléon III pour la perte des municipalités de Menton et Roquebrune-Cap-Martin. L’argent récolté va servir à transformer ce minuscule territoire en destination prisée par les touristes fortunés. Les projets immobiliers s’amoncellent alors et le prince Rainier III donnera en sus une visibilité mondiale au Rocher en 1956, grâce à son mariage avec l’actrice Grace Kelly.

Ces éléments contextuels rappelés par Hélène Constanty et Thierry Chavant, le lecteur peut se pencher sur trois affaires qui lui sont contées comme des polars, dans des planches dominées par les teintes grises-beiges. La première d’entre elles concerne l’assassinat d’Hélène Pastor, dont le père a fait fortune en alignant les immeubles de quarante étages en bord de mer. Ce fait divers est édifiant en ce sens qu’il implique à la fois les bas-fonds de Marseille et la haute société monégasque. C’est Wojciech Janowski, le gendre de la victime, qui a été à la manœuvre. Craignant une dégradation de l’état de santé de sa femme, qui l’aurait privé des largesses de la famille Pastor, il a décidé d’en faire une héritière avant l’heure. Pour cela, il a eu recours aux services d’un coach sportif, Pascal Dauriac, et de petites frappes de la cité phocéenne. À travers cette histoire, on découvre aussi les arcanes d’un holding familial où chaque branche porte sa défiance sur les autres. La seconde affaire concerne l’oligarque russe Dmitri Rybolovlev, qui s’est rendu propriétaire, sur le Rocher, d’un penthouse d’une valeur de 100 millions d’euros et du club de football de l’AS Monaco, qui lui permet de gagner de l’argent sur le trading de jeunes joueurs. Ses relations avec le marchand d’art Yves Bouvier débouchent sur un scandale retentissant lorsque le contenu du portable de sa plus proche conseillère est analysé par la justice : collusions avec la police et des membres du gouvernement, faits de corruption, tentatives d’influer sur le cours d’une enquête, on découvre l’envers peu glorieux de la Principauté. Le récit se termine enfin par la construction d’une extension en mer. C’est cette fois l’opacité de ce projet immobilier qui interpelle les auteurs. À Bouygues et Pastor, il faut ajouter, dans le groupement qui finance les travaux (et qui se remboursera ensuite par la vente de biens immobiliers), l’oligarque kazakh Bulat Utemuratov. Ce chantier maritime colossal, évalué à deux milliards d’euros, est finalement symptomatique du rapport du Rocher au secret et à l’argent…

Aperçu : Monaco : luxe, crime et corruption (Noctambule/Soleil)

Monaco : luxe, crime et corruption, Hélène Constanty et Thierry Chavant
Noctambule, mars 2021, 100 pages

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Festival

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Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

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