Gremese met les sportifs doublement à l’honneur

Les 30 meilleurs champions de tous les temps et Les 30 meilleurs footballeurs de tous les temps, tous deux publiés aux éditions Gremese, ont été conçus selon les mêmes modalités : une sélection passionnée de sportifs de haut niveau, éclairés à l’aide de textes subjectifs et d’anecdotes factuelles.

« Tout a commencé avec le vol de mon vélo. Je me rappelle quand c’est arrivé : j’avais 12 ans et j’en ai été tellement triste et je me suis tellement énervé que je voulais attraper le voleur et le bourrer de coups. Un policier m’a dit que, peut-être, c’était mieux que je m’entraîne d’abord, parce que donner un coup de poing est un art, et non un inutile acte de violence. » Ce préambule rédigé à la première personne est une incursion subjective dans l’esprit de Mohamed Ali. Ces textes de présentation, se confondant avec des confessions intimes, introduisent tous les sportifs formant le corpus des deux ouvrages qui nous intéressent, Les 30 meilleurs champions de tous les temps et Les 30 meilleurs footballeurs de tous les temps. Michael Schumacher y révèle la manière dont sa Ferrari mobilisait chaque muscle de son corps, Michael Jordan insiste sur les vertus formatrices de l’échec et Robert Lewandowski se remémore l’époque où on le considérait trop gracile pour le football professionnel. Pour beaucoup, ces descriptifs succincts sont l’occasion de mettre en lumière un trait de personnalité prégnant : l’esprit de contradiction de Maradona, l’abnégation de Jesse Owens, la fidélité filiale de Neymar, Pelé ou Serena Williams.

Les deux ouvrages, joliment illustrés par Luca Poli (les « meilleurs champions ») et Giovanni Abeille (les « meilleurs footballeurs »), déconstruisent aussi les sportifs en rapportant des anecdotes édifiantes, organisées en différentes sections biographiques. En proie à la maladie, Lionel Messi a vu le FC Barcelone, son club formateur, prendre en charge ses soins médicaux onéreux. Michael Phelps, « l’homme-poisson », craignait au départ de mettre la tête dans l’eau. Roger Federer parle quatre langues et se débrouille dans deux autres – son rival Novak Djokovic étant lui aussi un polyglotte remarquable. Ambassadeur de l’UNICEF, le tennisman suisse soutient des projets caritatifs et éducatifs, un altruisme qu’il partage notamment avec Roberto Baggio, ambassadeur FAO contre la faim dans le monde, ou Ronaldo, ambassadeur du Programme des Nations Unies pour le Développement. Quant à Mohamed Salah, il peut se prévaloir d’avoir obtenu 6% à une élection présidentielle sans même se porter candidat ! Zlatan Ibrahimovic, lui, est un candidat permanent, mais on ignore toutefois à quoi. Quand il signe à Los Angeles, il s’offre ainsi une pleine page du LA Times disant : « Chère Los Angeles, de rien, il n’y a pas de quoi. »

Ne nous y trompons pas : les courtes histoires contées par Luca de Leone et Paolo Mancini sur les footballeurs et par Teo Benedetti sur les « champions » n’ont aucune prétention encyclopédique : il s’agit avant tout de découvrir de manière ludique les personnalités du sport qui nous ont fait vibrer – et, parfois, continuent à le faire. Avec leurs illustrations en couleurs, leur papier agréable au toucher et leur format 23×26 cm, les deux ouvrages, dûment inscrits dans la collection « Histoires extraordinaires », flattent les sens autant que la curiosité des mordus de sport. De quoi passer un bon moment en découvrant ce qui rend les personnalités étudiées uniques et importantes dans l’histoire de leur discipline. Car à défaut d’être les « meilleures » (auquel cas on aurait probablement retrouvé Gerd Müller à la place d’Harry Kane ou Ronaldinho à la place d’Harry Kewell, pour ne citer que ces exemples), ces stars ont bel et bien mérité leur place dans ces corpus.

Les 30 meilleurs champions de tous les temps, Teo Benedetti & Luca Poli
Les 30 meilleurs footballeurs de tous les temps, Luca de Leone, Paolo Mancini & Giovanni Abeille
Gremese, septembre 2020, 102 pages

Note des lecteurs0 Note
3

Festival

Reims Polar 2026 : Mata, l’ombre du contrôle

Présenté en clôture de la 6e édition de Reims Polar, "Mata" est le film le plus ambitieux de Rachel Lang — et peut-être le plus frustrant. Un thriller d'espionnage à la française, anti-spectaculaire et introspectif, porté par une Eye Haïdara à contre-emploi, qui cherche sa radicalité sans toujours la trouver.

Reims Polar 2026 : Sons of the neon night, un champ de bataille sans stratège

Reims Polar a le chic pour dénicher les objets cinématographiques qui résistent — ceux qui ne rentrent pas tout à fait dans les cases, qui portent en eux quelque chose d'inachevé ou d'excessif, et dont la programmation constitue en soi une invitation à débattre. "Sons of the Neon Night" y trouve naturellement sa place. Présenté en séance de minuit à Cannes en 2025, ce polar hongkongais de Juno Mak a fait parler de lui autant pour son ambition visuelle démesurée que pour ses failles narratives béantes.

Reims Polar 2026 : Morte Cucina, la vengeance est un plat qui se dévore sans modération

En compétition Sang Neuf au festival Reims Polar, "Morte Cucina" du thaïlandais Pen-ek Ratanaruang suit Sao, cuisinière d'exception marquée par un viol commis dans son adolescence, qui retrouve par hasard son agresseur des années plus tard à Bangkok. Entre thriller culinaire et drame de la résilience, le film use de la nourriture comme arme et comme langage, avec plus d'intentions que de tranchant.

Reims Polar 2026 : Mi Amor, noyé dans le bruit

Ce jeudi 2 avril au soir, l’impériale Cécile Maistre-Chabrol a remis le Prix Claude Chabrol à Thomas Ngijol pour "Indomptables", polar camerounais dans lequel le réalisateur-acteur réussit une mue radicale et convaincante — quitter la comédie pour plonger dans un thriller âpre, ancré dans la réalité de Yaoundé, entre enquête policière et portrait d'une paternité qui déraille. Une belle soirée pour le genre, achevée par Guillaume Nicloux et son nouveau film, "Mi Amor". Le contraste est cruel, d'autant plus piquant que Nicloux n'est pas un inconnu des festivals de polar. Il s’était déjà fait connaître au Festival du Film Policier de Cognac, ancêtre direct de Reims Polar, avec Une affaire privée. Et ce film-là racontait déjà... une disparition de jeune femme.

Newsletter

À ne pas manquer

Signes de vie, de Werner Herzog : à perdre la raison

Exploration à bas bruit des frontières de la rationalité humaine ? Faille spatio-temporelle où l’Homme quitte le sentier d’un destin médiocre ? Pas de doute, le cinéma de Herzog est déjà en place.

Vivaldi et moi : tutti per la musica

Abandonnées par leurs familles dans un orphelinat, des jeunes filles se consacrent à la musique. Nous sommes à Venise en 1716, à l'orphelinat « La Pietà » qui doit son nom à la Vierge Marie. Constituant un orchestre de chambre, chaque dimanche ces musiciennes se produisent anonymement dans une église locale où le public vient les écouter. Si elles ne connaissent pas leurs origines, leur avenir est tout tracé…

Voyage à deux : le désenchantement conjugal

Troisième collaboration entre Stanley Donen et Audrey Hepburn après "Drôle de frimousse" et "Charade", "Voyage à deux" suit un couple à différents moments de sa vie à travers un récit fragmenté. Le film fait de la mémoire amoureuse son véritable moteur narratif, entre instants de grâce et fissures plus discrètes.

« Michael » piétine son icône en moonwalk

Ça y est, il est enfin là. On le craignait, un peu. Il faut dire que les signaux d'alerte se multipliaient. Famille de Michael Jackson trop impliquée, durée courte pour tout ce que le film devrait raconter, monteur de "Bohemian Rhapsody" aux commandes, tout partait mal. Seul miracle au milieu de cette production, Jaafar Jackson, qui semblait taillé pour le rôle. À la sortie, on n'est ni satisfait, ni profondément énervé, tant Michael réussit et échoue lamentablement exactement là où on l'attendait.

Le Réveil de la Momie : ni morte ni réveillée

Lee Cronin tente de ramener la Momie à ses origines : un drame familial hanté par le deuil et la culpabilité. La promesse est tenue pendant près d'une heure, avant que "Le Réveil de la Momie" se perde dans ses propres ambitions contradictoires, incapable de choisir entre le drame viscéral qu'il voulait être et la mécanique Blumhouse qu'il ne pouvait s'empêcher de reproduire. Un rendez-vous manqué, pourtant généreux en ambitions, mais trop avare en courage.
Jonathan Fanara
Jonathan Fanarahttps://www.lemagducine.fr
Co-rédacteur en chef. Responsable des pages Littérature, Essais & Bandes dessinées, ainsi que des actualités DVD/bluray Rédacteur Cinéma & Séries télévisées. Auteur de « Fragments de cinéma » (Ed. Le Livre en Papier).

« Censure & cinéma » : une collection mise à l’honneur

De la classification française aux plateformes mondialisées, en passant par le gore italien, les blasphèmes de Luis Buñuel ou les polémiques plus contemporaines, Darkness, censure & cinéma propose un recueil de textes éloquents quant aux différentes formes de censure. C'est à découvrir aux éditions LettMotif.

« Questions de cinéma 2 » : un art en mouvement perpétuel

À travers une série d’entretiens d’une remarquable densité, Nicolas Saada propose aux éditions Carlotta une plongée dans les strates invisibles du cinéma, là où se nouent les enjeux entre la technique, l'intuition et le regard.

Les 100 plus grands joueurs de foot mis à l’honneur

Les éditions L'Imprévu consacrent un ouvrage richement illustré aux 100 plus grands joueurs de football des années 2000.