Dracula de Georges Bess : l’esthétique du chaos

Le comte Dracula a marqué de son empreinte l’antre culturel et populaire d’innombrables œuvres littéraires et cinématographiques. Avec ce Dracula, Georges Bess tente de faire revivre le récit du mythique vampire. Avec brio et noirceur.

Sous cette épaisse couche de technique, où le dessin déverse à chaque page (ou double page) sa virtuosité et son sens de la théâtralité, Dracula de Georges Bess, à titre d’exemple, semble bizarrement parfois moins téméraire, moins enlevé et moins romantique que l’adaptation faite par Francis Ford Coppola. Peut-être plus scolaire et « respectueux » dans sa manière d’inscrire le mythe vampirique dans l’imagination collective mais ayant, pourtant, beaucoup de personnalité et de réels atouts dans son jeu. Car derrière cette fidèle relecture de l’oeuvre de Bram Stoker, Georges Bess nous immerge dans un cadre protéiforme, qui va d’idée en idée, qui fait interférer les genres et les tonalités, et nous sert sur un plateau des planches fantastiques où le baroque se mêle au gothique avec une puissance assez rare : il n’y a qu’à suivre les effluves de Mina ou Lucy ou les déambulations de Jonathan Harker dans le vaste château de Dracula pour se sentir happer par tant de vertige, d’excentricité et de beauté.

Georges Bess nous délivre un véritable coup d’éclats, une bande dessinée d’esthète, sanguinolente et épousant le désir primitif du vampire, qui puise autant dans la symbolique lugubre et mortifère que dans la finesse du portrait. Les cases se suivent avec violence, se superposent avec fracas, se mélangent dans le chaos et se muent en mosaïque aussi difforme que fascinante. De ce noir et blanc flamboyant qui aime faire briller la lueur des ténèbres, allant de falaises désolées à des châteaux qui suintent le vice et la mort, il est impossible pour le lecteur de ne pas être émerveillé par le dessin de Georges Bess. Il y a une telle envergure, une telle liberté dans les traits, un tel sens de la mise en scène, avec un Dracula, plus animal, bestial, dandy et corrosif que jamais, que ce Dracula devient un bijou graphique et réinvente presque à lui seul, le visuel du livre de Bram Stoker. Nous pourrions presque admettre qu’il y a deux propositions dans le geste spectral du dessinateur.

Il y a ceux qui connaissent l’œuvre de Bram Stoker et ses multiples adaptations, et qui trouveront sûrement en ce Dracula une possibilité de revivre le mythe avec fougue, où l’auteur arrive à faire ressentir ce vide, ce sentiment de mort et de dégénérescence comme peut le faire Manu Larcenet dans des œuvres comme Blast voire Le Rapport de Brodeck, ou Mike Mignola avec la saga Hellboy. De l’autre coté, il y a ceux qui ne connaissent peut-être pas le roman épistolaire de Bram Stoker et qui avec cette bande dessinée, mettront les pieds dans un récit plein de désolation, qui juxtapose la mort et le désir charnel, ténèbres amoureux et récit épique d’aventure. Dans les deux cas, George Bess réussit son pari, et fait ressortir Dracula de son cercueil pour le voir se métamorphoser et hanter les pages de cette œuvre et son ambiance victorienne et tétanisante. Une créature de la nuit qui n’a pas fini de nous faire goûter le sang de ses entrailles. 

Dracula, Georges Bess
Glénat, octobre 2019, 208 pages

Festival

FIFAM 2026 : la programmation et l’affiche se dévoilent

Mercredi 8 juillet, le Fifam a dévoilé son affiche et les grandes lignes de sa programmation. L’occasion également pour le nouveau directeur artistique, Dominique Olier, de s’exprimer sur les orientations du festival à venir. À l’issue de cette présentation au Ciné St-Leu, les spectateurs ont découvert en avant-première le film de Louis Clichy, Le Corset. Le long-métrage d’animation annonce l’entrée, dans la sélection officielle, d’une section dédiée au cinéma d’animation. Un très beau film habité par l’enfance, le monde agricole et la musique. Le festival se déroulera du 13 au 21 novembre 2026, dans les salles du Ciné St-Leu et de la Maison de la Culture d’Amiens !

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

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Wake in Fright : les sirènes de la Yabba

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