Nina Wu de Midi Z : un voyage intérieur complexe dans la tête d’une actrice traumatisée

Les horloges du monde du cinéma sont toujours à l’heure du #MeToo. Nina Wu, qui n’est pas un produit hollywoodien, mais un film du réalisateur taïwanais Midi Z, en est la preuve, en Asie. Ce long-métrage, remarqué au Festival de Cannes, sort dans les salles françaises, le 8 janvier 2020.

Le réalisateur Midi Z (Zhao De-Yin), bien que né en Birmanie, vit aujourd’hui à Taïwan. Il a 37 ans et une filmographie déjà étoffée depuis ses débuts en 2011 derrière la caméra (cinq longs-métrages de fiction, quatre longs-métrages documentaires, et cinq courts-métrages). En 2019, son tout premier film intégralement financé et tourné à Taïwan, Nina Wu, a le privilège de concourir dans la sélection Un certain Regard du 72ème Festival de Cannes. Nina Wu est, de surcroît, tout au long de cette année qui sourit à Midi Z, en lice dans sept autres festivals. Le Prix du public au Festival International du Film de Malaisie est le bienvenu, comme récompense, pour Nina Wu, qui n’en est pas pour autant un long-métrage aisé à aborder. Déboussolant serait le qualificatif approprié pour un portrait, flirtant avec l’étrangeté, de l’industrie cinématographique, et ses dérives dénoncées suite à l’affaire Weinstein, ayant éclaté en 2017. Notons que pour la première fois, Midi Z n’est pas à la baguette du scénario de ce long-métrage. C’est l’actrice principale de Nina Wu, Wu Ke-Xi qui en est l’auteure.

La narration éclatée, oscillant entre la réalité et l’onirisme, le présent et le passé, atteste du traumatisme de Nina. Un traumatisme que Midi Z exprime de cette manière : « L’actrice qui est en concurrence avec Nina à l’audition, ainsi que l’amante de Nina qui vit à la campagne représentent toutes Nina. C’est une seule et même personne, éclatée en trois personnalités. L’une d’elle est la méchante Nina qui n’hésite pas à coucher avec le producteur pour obtenir le rôle. L’autre incarne l’innocence. Cette Nina-là écoute les conseils du renard et garde sa rose pour toujours et sa naïveté. La troisième est abusée sexuellement quand elle passe son audition. Elle devient une star mais elle tombe dans l’auto-accablement et la souffrance. » Nina s’égare en discernement. Le réalisateur nous aide, à y voir plus clair, avec des effets visuels -l’usage oppressant de la couleur rouge notamment- et une musique « organique » qui nous guident, élaguant l’arborescence intérieure complexe de Nina. Elle est certes en proie à des affres, sur le plan psychique, mais est surtout victime de plus malade qu’elle.

Nina Wu a également le courage militant de mettre en avant le saphisme dans une société où l’amour homosexuel est encore un sujet tabou. Le tout à travers des scènes de répétitions, mais sans se dévêtir, dans ce film qui parle des films : rien à voir, par exemple, avec La Vie d’Adèle, de Abdellatif Kechiche. C’est donc osé mais avec juste mesure. De plus, Wu Ke-Xi ne souhaitait pas renouveler l’expérience crue d’une scène de triolisme, mal vécue, lors d’un autre tournage, de par le passé. Nous ne pouvons qu’encenser cette femme, honorant ses convictions. En effet, elle a effectué un travail documentaire conséquent, non seulement pour le scénario qui a aisément convaincu Midi Z, et en vrai professionnelle, pour ajuster au mieux son jeu d’actrice : elle s’est extrêmement renseignée sur le stress post-traumatique pour incarner à la perfection Nina. Pour l’anecdote, Wu Ke-Xi s’est nourrie, très tôt, du plus universel des classiques de la littérature jeunesse francophone : Le Petit Prince de Saint-Exupéry. Ce livre a, aussi, été la base de travail de cours de théâtre destinés à s’améliorer.

Synopsis : Nina Wu a tout quitté pour s’installer à Taipei dans l’espoir de faire une carrière d’actrice. Un jour, son agent lui propose le casting du rôle principal d’un film d’espionnage. Malgré sa réticence à la lecture des scènes de nu et de sexe, Nina se rend à l’audition.

Fiche Technique :

Réalisateur : Midi Z
Scénario : Wu Ke-Xi
Casting : Wu Ke-Xi, Sung Yu-Hua, Hsia Yu-Chiao, Shih Ming-Shuai, Tan Chih-Wei, Lee Lee-Zen, Hsieh Ying-Xuan, Rexen Cheng
Nationalités : Taïwanais, Malaisien, Birman
Sortie : 8 janvier 2020
Genres : Thriller, Drame
Durée du film : 103 minutes
Producteur et Distributeur : Epicentre Films

Auteur : Eric Françonnet

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Festival

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