Rétrospective Films de Noël : 3615 Code Père Noël de René Manzor

Parmi les films emblématiques de Noël, on ne peut évidemment pas s’empêcher de parler de Maman j’ai raté l’avion de Chris Columbus. L’histoire d’un jeune garçon tout seul à la maison pendant les fêtes et qui se voit obliger de se débarrasser de deux cambrioleurs un peu bêtes. Mais on ne va pas aujourd’hui vous rebattre les oreilles avec les aventures de Macauley Culkin, mais plutôt s’intéresser à sa version française pour le moins méconnue, 3615 Code Père Noël, sortie …. près d’un an auparavant !

Maman j’ai raté l’avion serait donc un remake d’un film français ? Non pas vraiment, bien que René Manzor affirme ouvertement que Columbus ait complètement pompé son film 3615 Code Père Noël. Cependant, les ressemblances entre les deux films sont pour le moins étranges. Sorti en janvier 1990 (après les fêtes de Noël, pas très bon timing me direz-vous), 3615 Code Père Noël met en scène le jeune Thomas, gamin hyperactif de 9 ans ayant pour passion les films d’actions et tout ce qui touche à l’informatique. Ce n’est donc pas un hasard si le petit garçon a fait du manoir familial un véritable bunker rempli de caméras de surveillance, de pièges et même de passage secret menant à une gigantesque pièce où les jouets se comptent par milliers. La première séquence présente d’ailleurs Thomas dans un cosplay de John Ramboplus vrai que nature .

Face à lui, un vilain antagoniste qui va prendre les traits du Père Noël. Un psychopathe voulant se venger de la mère du jeune garçon qui l’a renvoyé de son poste dans un magasin de jouet et qui décide de s’attaquer à la famille le soir du 24 décembre. Sa mère étant partie travailler, Thomas se retrouve seul avec son grand-père face à cette menace pour le moins stupéfiante. D’autant plus que croyant dur comme fer au Père Noël, Thomas a comme objectif de capturer ce dernier lorsqu’il viendra livrer ses présents. Facile de comprendre alors que tout cela va finir en duel entre un garçonnet et un fou furieux.

Frère de Francis Lalanne, qui produit d’ailleurs le film, René Manzor est l’un des rares faiseurs de cinéma de genre français dans cette période assez creuse de la fin des années 80/ début 90. Il s’inspire pour ce film de toute l’imagerie qu’idolâtre son personnage Thomas, à savoir les figures d’actions américaines des années 80 qui inondent les écrans. On remarque alors très vite une projection de Manzor dans son personnage principal, incarné par son fils qui plus est, s’amusant lui aussi comme un petit fou avec un gigantesque terrain de jeu, le plateau de cinéma. Avec ce bac  à sable infini, René Manzor met en scène un conte de Noël qui tourne au thriller horrifique, revisitant les codes de ce cinéma qu’il affectionne. Pour mettre en déroute le méchant papa Noël, Thomas va devoir recourir à toutes les ruses possibles ainsi qu’à arsenal détonnant comme le train livreur de grenade. Pendant ce temps, le regretté Patrick Floersheim exhibe sa belle trogne de vilain dans les longs couloirs du château. Un charisme certain qui lui assure une aura terrifiante d’autant plus qu’il ne prononce aucun mot tout du long.

Avant d’être exhumé l’an dernier par Le Chat qui fume qui l’a ressorti dans un très beau pack combo Blu-Ray/DVD, 3615 Code Père Noël était devenu une gemme rare du genre français, qui n’avait que très peu résisté à l’épreuve du temps. Il faut dire que rien que son titre annonce une ringardise avec ce 3615 renvoyant à cette ère préhistorique du Minitel. Globalement, le film a pris un coup de vieux, et ce n’est pas la coupe de mulet de Thomas, rivalisant avec celle de JCVD dans Chasse à l’homme qui va nous faire mentir. Malgré cela, le charme qui émane de 3615 Code Père Noël est indiscutable. S’il possède des allures somme toute nanardesques aujourd’hui, on ne peut s’empêcher d’être solidaire de ce jeune garçon se la jouant Rambo dans son immense bâtisse comme s’il s’agissait d’une jungle tropicale. Si le côté technologique fait doucement sourire aujourd’hui, il donnait à l’époque un côté high-tech à l’attirail de son héros, contrebalançant avec l’artisanat de certains pièges. De plus Manzor n’hésite pas à faire intervenir une pointe d’émotion, notamment au travers de la relation touchante dont dispose Thomas avec son grand-père qu’il essaie de protéger tout au long du film. Même si la mécanique est semblable à Maman j’ai raté l’avion, 3615 Code Père Noël se démarque par son aspect bien plus sombre et au final peut-être moins familial. Manzor y injecte une dimension horrifique à de nombreuses reprises, que ça soit dans la mise en scène du personnage de Floersheim ou même dans l’aspect tout en dédales de la maison. Avec 3615 Code Père Noël, Manzor brasse finalement de nombreux genres. Il s’agit ici d’une oeuvre à redécouvrir de toute urgence pour changer un peu de la sempiternelle musique des aventures de Kevin McAllister.

3615 Code Père Noël : Bande Annonce

3615 Code Père Noël : Fiche Technique

Réalisateur : René Manzor
Scénariste : René Manzor
Interprètes : Alain Musy, Brigitte Fossey, Patrick Floersheim, Louis Ducreux
Genre : Thriller
Durée : 1h24mn
Date de sortie : 17 janvier 1990

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