Rétrospective Films de Noël : un conte de Noël d’Arnaud Desplechin

Loin d’être un enchantement à la téléfilm de l’après-midi sur M6, Un conte de Noël utilise le prétexte du repas de fête pour (dé)construire la famille. Dans ce foutoir cynique où se croise tout le gratin du cinéma français, Arnaud Desplechin semble nous dire « famille je vous hais », mais va tout faire pour réunir chacun de ses membres. Pour ceux que Noël rebute un peu, rien de mieux qu’un petit conte à la Desplechin pour se ressourcer devant le malheur des uns comme le ferait Le Grinch à l’affiche cette année au cinéma.

Délicieux désenchantement 

Arnaud Desplechin n’est pas le plus joyeux des cinéastes français, c’est donc tout naturellement que l’on croit très peu à l’annonce de conte à la Disney que son titre laisse entendre. Ici, on est plutôt du côté d’Andersen et de ses contes tous plus déprimants les uns que les autres que du côté édulcoré de Mickey.

Pourtant, Un conte de Noël est un grand film romanesque, avec voix off, désespoir familial et grande échéance. Si personne ne greffe de moelle osseuse à Junon, elle va mourir. Qui parmi ses enfants qui se détestent, sans trop que l’on sache pourquoi, pourra sauver cette mère étrange et étrangère à ses enfants ? Il est sûr que l’on a vu plus féerique comme thème à aborder autour de la traditionnelle dinde du 25 décembre. On se croirait presque chez Orelsan et sa Défaite de famille. 

Conte original

La grande force du film ne sera donc pas de parler de Noël mais de la capacité des personnages à épaissir leur mystère même en se dévoilant à nous. Ils n’auront pas de grande révélation ou rencontre qui les feront changer à jamais, mais devront, comme c’est souvent le cas, s’accommoder de la vie qui leur est offerte, avec plus ou moins d’héroïsme, d’humanisme aussi.

Un conte de Noël est un film délicieusement désenchanté qui se regarde un lendemain de repas de fête, au coin du feu. Pourquoi ? Parce qu’en 2h30 il donne à voir l’humain qui s’échappe à lui-même, qui s’entête, qui se dresse contre des conventions parfois trop établies. On y lâche l’hypocrisie pour se parler enfin franchement. On ne sait pas si ça libère vraiment, mais on se prend à rêver que Noël pourrait être aussi un vrai moment de franchise, qu’il ne serait plus nécessaire de rendre faussement joyeux en le cachant sous des kilomètres de guirlandes.

Ainsi, dans l’oeuvre de Depleschin, ce Conte de Noël ne dépareille pas. Mieux, il s’inscrit une nouvelle fois comme une oeuvre singulière, originale et complexe, qui donne à penser, au cœur même d’une période où manger, consommer et « rêver » sont des mots d’ordre un peu vains que l’on se sent obligé de suivre à la lettre.

Un conte de Noël : Bande annonce

Un conte de Noël : Fiche Technique

Réalisation : Arnaud Desplechin
Scénario : Arnaud Desplechin, Emmanuel Bourdieu
Interprètes : Catherine Deneuve, Melvil Poupaud, Jean-Paul Roussillon, Anne Consigny, Mathieu Amalric, Hippolyte Girardot, Emmanuelle Devos, Chiara Mastroianni
Photographie : Eric Gautier
Montage: Laurence Briaud
Producteurs: Pascal Caucheteux, Martine Cassinelli
Sociétés de production: Why not production, France 2 Cinéma, Wild Bunch, Bac Films
Distributeur: Bac Films
Genre: Drame
Durée: 151 minutes
Date de sortie : 21 mai 2008

France-2008

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Chloé Marguerittehttps://www.lemagducine.fr/
Diplômée en journalisme de l'ESJ Paris, je suis passée par mille et une péripéties culturelles et littéraires au cours de mes études : théâtres, ciné et prépa avant de débarquer à Paris pour me lancer dans le journalisme et la communication. Passionnée par l'art en général et par le cinéma en particulier, j'écris principalement des critiques et autres analyses filmiques.

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