Les Liens qui nous unissent : un film italien qui nous montre la famille différemment

Le Festival de Venise 2020 s’ouvrait avec Les Liens qui nous unissent, un film de Daniele Luchetti. Sa sortie en DVD chez Pyramide, le 5 octobre 2021, est l’occasion de revenir sur ce long-métrage à la fois familier et singulier. Pendant 1h40, le réalisateur parvient, alors qu’on observe des scènes somme toute courantes (vie et déchirure familiales), à nous dérouter en introduisant des comportements surprenants chez ses personnages. Le résultat ? Une vraie réussite pour ce récit dont on ne parvient pas à deviner la fin et qui ose traiter de sujets qu’on aime d’ordinaire passer sous silence.

Plusieurs histoires imbriquées

Le long-métrage est adapté du roman Les Liens (2014), par Domenico Starnone, également crédité comme scénariste (et potentiel écrivain-mystère dissimulé derrière le pseudonyme d’Elena Ferrante). Les Liens qui nous unissent nous fait suivre la vie d’une famille napolitaine des années 80. Rupture du noyau familial lorsque Aldo, le père, quitte Vanda, la mère, et le foyer pour une autre femme, délaissant peu à peu ses enfants. Pourtant, trente ans plus tard, ils sont toujours mariés, et leurs enfants, à présent adultes, avec qui le lien n’a jamais été désuni, n’en ont pas moins oublié cette période chaotique de leur existence.
Loin des clichés, Daniele Luchetti filme Naples comme un décor quelconque, sans la filmer. Ces personnages ne s’expriment pas en dialecte napolitain, mais bien en italien, et la ville de Naples a finalement peu d’importance. Le sujet, c’est la famille, qui nous est présentée à deux époques : années 80, enfants petits et parents encore jeunes ; et époque actuelle, avec des parents senior et des enfants à présent quadragénaires.
Pile quand on voudrait connaître la suite, la caméra change d’époque et file du passé au présent, nous offrant une lecture retravaillée de cette famille. Suivre son existence de manière linéaire n’aurait pas de sens. C’est en mélangeant les cartes qu’on peut regarder l’ensemble et tout comprendre, ces liens qui les unissent, à des degrés différents selon les périodes de leur vie. Un va et vient habile à garder notre intérêt pour une histoire de liaison et de divorce malheureusement vieille comme le monde.

Un scénario peu convenu 

Alors que le film pourrait ressembler à mille autres, une fois l’action installée, le scénario prend rapidement une tournure surprenante avec un cambriolage qui semble tomber comme un cheveu sur la soupe, et qui occupe le spectateur autant qu’il préoccupe les Aldo et Vanda du troisième âge.
Comment ce vol va-t-il nous permettre de lire la relation entre ce couple qui a été par le passé désuni ?

La force du film est son indubitable étrangeté avec ce twist final qui, non seulement, est inattendu, mais est en plus limpide, logique, et bienvenu. Pas de retournement de situation raté, bien au contraire. Les Liens qui nous unissent offre une explication singulière, mais pourtant crédible, intrigante. Elle donne une dimension encore plus intéressante au film, nous fait repenser à ses principaux personnages et à ses victimes réelles. Enfin, elle a le mérite de pointer du doigt sans ambages un sujet plutôt tabou de notre société qu’est la parentalité. Quand on sait l’importance de la famille dans un pays comme l’Italie, c’est une bouffée d’air que ce film qui ne se gêne pas pour critiquer un thème si cher au cœur des Italiens – critique qui profite à tous, en-dehors des frontières de la péninsule.

Un regard honnête sur les actions et leurs conséquences

Les Liens qui nous unissent porte un regard très honnête, dénué de toute œillère, sur les dégâts causés par les déchirements des adultes sur leurs enfants. Dégâts qui peuvent blesser des années, voire une vie entière, grandissant alors qu’ils sont terrés dans un silence pudique. Que de rareté dans une société où toute critique envers les parents est proscrite. Avec son film, Daniele Luchetti ne se gêne pas pour dénoncer la sacro-sainte famille, les liens forcés et les pardons auxquels ne croit pas le subconscient. Trente ans plus tard, Vanda et Aldo, mariés, ont-ils oublié ?
Ce regard est magnifié par des expériences de mise en scène qui changent le ton et donc, notre manière de voir la scène, sans pour autant que ces expérimentations gênent le visionnage du film, bien au contraire.

Les Liens qui nous unissent est un film très intéressant, bien rythmé et assez rare dans son scénario, son immense point fort. Cependant, on apprécie aussi une réalisation qui recrée bien l’ambiance des années 80, sans pour autant baisser en qualité pour les séquences se déroulant à l’époque actuelle. Enfin, l’interprétation de ses acteurs (des années 80 et de nos jours) est sans fausse note.

Bande-annonce : Les liens qui nous unissent (VO)

Fiche technique :

Titre : Les Liens qui nous unissent (Titre original : Lacci)
Réalisation : Daniele Luchetti
Casting : Alba Rohrwacher, Luigi Lo Cascio, Laura Morante, Silvio Orlando, Giovanna Mezzogiorno, Adriano Giannini, Linda Caridi
Scénario : Daniele Luchetti, Francesco Piccolo, Domenico Starnone
Pays d’origine : Italie
Genre : Drame
Durée : 110 minutes
Date de sortie : 2020

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Sarah Anthony
Sarah Anthonyhttps://www.lemagducine.fr
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