Gods Of Egypt: Musique, bande originale du film

Marco Bel-Ami

Gods Of Egypt – La B.O./Trame sonore/Soundtrack

Mon Dieu, ce papier était à un cheveu d’être assassin, tant il était échaudé par les premières critiques meurtrières du nouveau film d’Alex Proyas, réalisateur pourtant prometteur de The Crow et Dark City. Un metteur en scène qui semble se perdre un peu plus à chaque film, surtout depuis l’éprouvant Prédictions. Mais voilà si Marco Beltrami, compositeur de la bande originale de Gods Of Egypt, ne signe pas sa plus grande œuvre, elle n’est pas non plus à jeter avec l’eau du bain. Pas comme le film qu’elle accompagne, qui ne semble trouver grâce qu’auprès des cinéphiles l’ayant vu au deuxième degré.

Bon soyons clair si elle n’est pas à jeter, cette bande sonore se limite trop souvent au côté « fonctionnel » de l’exercice. Peu d’inspiration mélodique, beaucoup trop de ce qu’on appelle aujourd’hui les « poin-poin », entendez des cuivres outranciers qui viennent, avec de gros sabots (grossièrement surnommés « écrase-merdes »), appuyer les moments les plus héroïques. Passage obligé, Marco Beltrami n’oublie pas « d’arabiser » ses compositions, du moins de ce que lui en impose son cahier des charges. Pourtant, quoi de plus créatif que le contre-pied dans ces cas-là ? Comme sut si bien le faire Mike Oldfield, sur la bande-originale de L’Exorciste. Ici rien de tout ça. En quasi-fonctionnaire de la bande-originale, Marco Beltrami suit des sentiers mille fois empruntés par ses congénères, offrant des compositions et une ambiance sonore plutôt réussies, mais sans surprise aucune.

Sur un grand film, son travail aurait pu marquer, comme bonifié par celui du metteur en scène. Mais là non, on passe totalement à travers, énervé qu’un compositeur si prometteur, semble tant peiner à trouver son premier chef-d’oeuvre. Car, avec environ 80 bandes-originales à son actif, Beltrami est expérimenté et prolifique. Il a travaillé avec les plus grands sur Snowpiercer, Démineurs, Hellboy, ou encore Trois Enterrements.  Oui mais voilà, contrairement à certains de ses contemporains tels Hans Zimmer ou Howard Shore, il n’a pas encore composé une musique qui marque pour elle-même, cette musique qu’on fredonne sans y penser. Il reste un excellent faiseur de musiques, mais qui mériterait de devenir un grand compositeur, un compositeur reconnu.

Sortie: 26 février 2016

Distributeur: Universal Music

Durée: 75′

Tracklist:

1. Gods Of Egypt Prologue 2:41
2. Bek And Zaya 0:44
3. Market Chase 0:30
4. Coronation 2:26
5. All Quiet On Set 0:41
6. Set vs. Horus 3:40
7. Hathor’s Bedroom 3:42
8. Bek Steals The Eye 4:08
9. Shot Through The Heart 3:01
10. Underdog 1:25
11. Red Army 1:40
12. Wings And A Prayer 3:01
13. Osiris’ Garden 1:29
14. Snakes on a Plain 3:12
15. Toth’s Library 3:27
16. Straight Out of Egypt 2:28
17. Channeling Zaya 2:29
18. Return of the Mistress of the West 2:28
19. Chaos 3:42
20. Set Confronts Ra 3:29
21. Elevator Music 3:06
22. Obelisk Fight Part 1 4:12
23. Obelisk Fight Part 2 3:32
24. God Of The Impossible 5:39
25. Bek And Zaya’s Theme 4:37
26. Hathor’s Theme

Festival

L’Étrange Festival 2026 : Ikatan Darah, la dette de sang

À l'Étrange Festival, Ikatan Darah déploie la fureur chorégraphiée de la maison Iko Uwais. Mega, athlète de pencak silat, riposte contre une mafia locale pour sauver son frère endetté. Antagonistes grotesques, adrénaline continue et un duel à la tondeuse à gazon qui coupe le souffle.

L’Étrange Festival 2026 : Tristes tropiques, le masque de l’épuisement

Élevés dans la loi de la jungle par un Maître aujourd'hui disparu, les tueurs d'élite de "Tristes Tropiques" se déchirent entre rumeurs et soupçons de trahison. Park Hoon-jung filme une fratrie fatiguée par ses propres masques, entre mélancolie stylisée et scènes d'action frontales, jusqu'à un climax à la machette.

L’Étrange Festival 2026 : Ithaqua, le dieu de la famine ressuscite la Hammer

La Hammer ressuscite le mythe du wendigo avec "Ithaqua", film de monstre glacial tourné en Ontario dans des conditions extrêmes. Entre horreur mythologique et survival à la sauce western, ce retour du studio britannique séduit par son atmosphère et ses effets pratiques, malgré des défauts de tons et de rythme.

L’Étrange Festival 2026 : Le sabre des gardiens, une épopée à l’étroit

Chorégraphe historique du cinéma d'action hongkongais, complice de Jackie Chan et des Wachowski sur "Matrix", Yuen Woo-ping signe un wuxia porté par des cascades inédites et une tempête de sable réelle. Un film généreux, où le souffle épique se heurte à une narration trop dense pour son format.

Newsletter

À ne pas manquer

L’Âme des guerriers (1994), de Lee Tamahori : une tentative de réaffirmation identitaire

Œuvre sur le déclin culturel des Maoris, ce premier long-métrage de Lee Tamahori propose un portrait sans concession de la misère et de la violence dans lesquelles patauge une communauté déracinée. Aux côtés de La Leçon de piano de Jane Campion, sorti un an plus tôt, cette tragédie grecque doublée d’une œuvre choc a permis de mettre la Nouvelle-Zélande sur la carte du cinéma mondial.

La frappe : Sans les mots

La frappe explore avec une caméra au plus près des visages les cicatrices laissées par un père abuseur. Julien Gaspar-Oliveri signe une œuvre tendue et rugueuse, entre drame intime et chronique familiale. Un film qui déroute par son refus de trancher mais finit par séduire lorsqu'il renoue avec une narration plus ferme. Une proposition fragile, parfois monotone, mais qui s'essaye à une certaine forme.

Utu Redux : quand la vengeance devient un incendie sans fin

Le western maori de Geoff Murphy plonge dans la guerre de Te Kooti, tourné à cru dans le bush néo-zélandais. Entre villages incendiés, humour noir et camps jamais figés, le film capture un engrenage de vengeance coloniale où personne ne reste épargné, jusqu'à une scène finale qui vide le mot "utu" de son sens.

Smash Palace : au pays de la casse

Dans une casse automobile perdue en Nouvelle-Zélande, un ex-pilote confond amour et possession jusqu'à traiter sa fille comme un trophée. Son couple se déchire, son garage déborde de carcasses, et le paysage tout entier se referme sur lui comme un piège dont personne ne ressort.

The Dog Stars : Ridley Scott s’essaie au post-apo (en pantoufles)

Dans un monde post-pandémique, Ridley Scott livre un survival maîtrisé mais sans surprise, porté par Jacob Elordi, Josh Brolin et Margaret Qualley dans les paysages du Colorado.
Thierry Jacquet
Thierry Jacquethttps://www.lemagducine.fr/
Bressan d'origine, littéraire raté de formation, amateur de bonne chère et de bons vins, sans oublier le corps des femmes (de la mienne en fait). Le cinéma meuble mes moments perdus, et ils sont nombreux. Pas sectaire pour deux sous je mange à tous les râteliers, passant du cinéma d'auteur au blockbuster sans sourciller. En somme un homme heureux de voir et écrire sur le cinéma.

La Bataille de Gaulle : pourquoi Antonin Baudry a confié son diptyque à deux compositeurs opposés

En confiant les deux volets de La Bataille de Gaulle à Volker Bertelmann puis à Théo Cascio, Antonin Baudry fait de son diptyque un objet musical rare, dont la rupture sonore éclaire aussi la réception critique.

La Baleine et le musicien, L’Illusion de Yakushima, Backrooms : trois compositeurs face à un destinataire qu’on n’attendait pas

Rone seul sur un catamaran au large de La Réunion, à attendre plusieurs jours avant de jouer ses premières notes pour une baleine à bosse. Koki Nakano qui compose ses 27 minutes de musique pour les deux heures de film de Naomi Kawase sur le don d'organe pédiatrique au Japon. Kane Parsons, vingt ans, qui co-compose la bande originale du plus gros succès de l'histoire d'A24, pour des espaces 3D vides hérités d'un mythe internet. Trois films sortis cette semaine, trois compositeurs face à un même geste : continuer à composer quand la garantie du destinataire est partie.

John Williams, David Holmes, Dupieux : trois musiques de films qui brouillent les pistes

Avec Disclosure Day, The Christophers et Le Vertige, John Williams, David Holmes et Franck Lascombes signent trois partitions où la musique ne dit plus seulement le film : elle déplace la question de l’auteur, de la signature et de l’identité sonore.