Gérardmer 2017 : clown tueur, autopsie, cryogénisation et morts vivants

Au cours de cette deuxième journée sous la neige vosgienne du festival international du film fantastique de Gérardmer 2017, 4 films en compétition dont le premier long métrage du réalisateur de Spider-Man Homecoming, un cadavre mystérieux, un pastiche de Jane Austen et une revisite du mythe de Frankenstein.

[Compétition] Clown de Jon Watts (Etats-Unis, Canada, 2015)

Rien de mieux qu’une petite production estampillée Eli Roth pour bien démarrer une journée de films fantastiques. Clown, réalisé par Jon Watts sorti en 2015, démarre avec un postulat plutôt cocasse. Un agent immobilier se voit obligé de jouer le clown à l’anniversaire de son fils pour palier l’absence de celui précédemment engagé. Pour cela, il trouve un ancien costume dans une maison en vente, mais pas de chance pour lui, ce costume est ensorcelé et il va très vite se retrouver dans l’incapacité de l’enlever. Bien évidemment, Clown est un film à déconseiller à tous les coulrophobes. Inventant une mythologie très sombre et folklorique au personnage du Clown, qui est soi-disant dérivé d’un démon scandinave mangeur d’enfants, il est tout naturel que notre pauvre homme va très vite se mettre à la recherche de chers petits marmots pour les dévorer. Le scénario est d’une bêtise assez consternante, et les acteurs sont loin d’aider à la chose, notamment la femme et le petit voyou. Les choix scénaristiques sont parfois désolants, et le film se prend malheureusement trop au sérieux. Même si l’on retrouve quelques petites répliques marquantes comme cette leçon de psychologie infantile made in Peter Stormare et quelques mises à mort qui prêtent à sourire, le film manque cruellement de second degré pour le rendre fun. On se retrouve donc avec un survival très classique face à un clown transformé en démon sanguinaire. La créature dans sa forme finale est, il faut le noter, très bien réussie. Clown ne marquera pas les esprits : l’intention était louable mais le film aurait gagné à ne pas se prendre tellement au sérieux.

Réalisé par Jon Watts avec Andy Powers, Laura Allen, Peter Stormare. Date de sortie inconnue.

[Compétition] Orgueil et préjugés et zombies de Burr Steers (Etats-Unis, Royaume-Uni, 2016)

Après un film pas très fun, c’est une parodie qui va faire son entrée dans la compétition. Orgueils et préjugés et zombies qui comme son nom l’indique est un pastiche du classique de Jane Austen, Orgueils et préjugés, basé sur un roman de Seth Grahame-Smith. Dès la première phrase prononcée, le film embrasse pleinement son qualificatif de parodie en détournant la fameuse ouverture du roman. Reprenant exactement les mêmes personnages, le même déroulement de l’histoire, en détournant de façon humoristique de nombreuses scènes clés. On ne sera donc pas étonné, pendant la mythique scène où Darcy révèle son amour à Liz, de les voir se battre et de montrer leurs compétences en arts martiaux. Le film est par ailleurs servi par un casting très agréable parmi lesquels on retrouve Lily James, Bella Heathcote, Charles Dance, Lena Headey et même un Matt Smith provoquant assez souvent le malaise. Bien évidemment, il ne faut pas passer à côté des zombies, qui agrémentent le récit. Là aussi certaines séquences du roman sont remodelées pour coller au genre et offrir de nombreuses séquences d’action, bien violentes et rentre-dedans. Orgueil et préjugés et zombies est donc une belle réussite, qui contient sa dose de fun couplé avec une réalisation efficace, et alternant ambiance austenienne avec du bon gros zombie qui tache.

Réalisé par Burr Steers avec Lily James, Bella Heatchote, Jack Huston, Sam Riley, Charles Dance. Date de sortie inconnue.

[Compétition] Realive de Mateo Gil (Espagne, France, 2016)

Ce deuxième jour de compétition nous offre également notre première grosse surprise avec cette co-production franco-espagnole réalisée par Mateo Gil. Revisitant le mythe de Frankenstein, Realive porte un regard intéressant sur une pratique qui a déjà fait rêver de nombreuses personnes, la cryogénisation. Le film raconte l’histoire de Marc Jarvis, un homme condamné par un cancer qui choisit donc cette option pour pouvoir être ressuscité dans le futur. Jouant beaucoup sur les émotions, Realive pose des questions importantes sur cette pratique et cette création d’une nouvelle vie dans un monde inconnu. Marc Jarvis, une fois ressuscité, ne va cesser de revivre les souvenirs de sa vie antérieure. Jouant sur un montage particulièrement efficace, le film alterne entre scènes de la vie passée et de sa vie nouvelle, avec un aspect un peu contemplatif. Comme dans Frankenstein, le questionnement éthique de la pratique de résurrection est mis en avant, surtout le dommage que cela peut poser aux cobayes. La solitude du personnage remet également tout le procédé en question. Realive offre donc matière à réfléchir et comme un certain épisode de la saison 3 de Black Mirror, contrebalance une idée sur un procédé qui pourrait être attirant pour un certain nombre d’entre nous. 

Réalisé par Mateo Gil, avec Tom Hughes, Charlotte Le Bon, Oona Chaplin. Date de sortie inconnue.

[Compétition] The Autopsy of Jane Doe de André Øvredal (Etats-Unis, Royaume-Uni, 2016)

Le réalisateur norvégien André Øvredal s’est délocalisé aux États-Unis pour tourner ce film qui lui tenait à cœur. The Autopsy of Jane Doe nous emmène dans une morgue familiale gérée par un père joué par Brian Cox et son fils joué par Emile Hirsch. Le long-métrage se déroule dans un premier temps sous la forme d’une enquête avec une recherche d’indice sur la cause de la mort de cette mystérieuse inconnue. Un mystère qui s’épaissit de plus en plus au fur et à mesure que l’autopsie continue. Une première partie à la fois didactique et prenante qui nous donne envie de savoir le pourquoi de la chose. Malheureusement, le film va très vite basculer dans une horreur très consensuelle. De nombreux événements vont venir troubler le travail de nos deux personnages. Orage qui va se mettre à gronder dehors, lumières qui vont s’éteindre, tous les petits clichés du genre vont apparaître. Des poncifs qu’on va retrouver également dans la mise en scène où la frayeur va être instaurée par de nombreux artifices. Entre jump scares visuels et sonores, musiques appuyées, regard à travers la serrure, etc. Tout cela réutilisé à outrance et qui joue beaucoup, jusqu’à gâcher l’ambiance instauré jusqu’ici par le film. Reste le retournement de la fin et l’explication sur le mystère de la fameuse Jane Doe qui relève le niveau. The Autopsy of Jane Doe laisse donc un gout très amer tellement ce traitement horrifique est d’une banalité et se reposant uniquement sur des effets tape-à-l’œil.

Réalisé par André Øvredal avec Brian Cox, Emile Hirsch, Ophelia Lovibond, Olwen Kelly. Date de sortie inconnue.

[Hors-compétition] The Void de Jeremy Gillespie et Steven Kostanski (Canada, 2016)

La voilà, la fameuse purge que l’on retrouve dans chaque festival digne de ce nom. Et cette année ce sont les canadiens Jeremy Gillespie et Steven Kostanski qui nous l’offre. The Void est un film qui n’a absolument aucun sens, et dès les premières minutes, on sent que le film va essayer des choses et les louper à chaque fois. Au menu de ce film: secte tueuse, bêtes organiques avec liquide dégueulasse, triangle illuminati, mutilations, grossesse démoniaque… le tout dans un huis-clos. Multipliant des clins d’œil aux classiques du fantastique que ça soit cinématographiques (The Thing, Rosemary’s Baby, L’exorciste) ou littéraires (Lovecraft), dans un gloubi-boulga indigeste. L’aspect fauché n’aide pas, la mise en scène est aux abonnés absents, les personnages sont absolument inexistants et n’ont aucun background et correspondent juste à des stéréotypes. Film complètement sous acide, The Void s’impose comme l’une des séances les plus éprouvantes de cette 24ème édition. Un film à fuir comme la peste.

Réalisé par Jeremy Gillespie avec Aaron Poole, Ellen Wong, Kathleen Munroe, Kenneth Welsh. Date de sortie inconnue.

[Nuit Phantasm] Phantasm de Don Coscarelli (Etats-Unis, 1979)

Pour bien finir la soirée, le festival nous offre un bon petit film old-school, le Phantasm de Don Coscarelli. Comme pour le film précédent, on se retrouve avec un scénario partant dans de nombreuses directions. Phantasm est un voyage halluciné dans un petit village de l’Oregon, où de nombreuses phénomènes paranormaux ont lieu. Meurtres sanguinolents, croque-mort à la force herculéenne, nains vicieux, monde parallèle, grand-mère voyante… là aussi les ingrédients sont nombreux et variés. Mais au contraire du film précédent, Phantasm fonctionne très bien. Il faut dire que le côté vintage joue beaucoup et fait sourire à de nombreuses reprises, notamment quand on voit ce gamin débouler au volant d’un gros muscle car ou encore de se la jouer MacGyver avec un marteau, une cartouche de fusil et une punaise. Il est très difficile de comprendre ce qui se passe dans un premier temps, tellement les scènes s’enchaînent sans aucune véritable logique. La fin complètement mindfuck montre bien que Coscarelli a bien berné son spectateur et même si elle parait grosse, elle est super efficace et explique un certain nombre de choses. Notons également le thème du film, typiquement dans la lignée des thèmes de Halloween ou de L’Exorciste, tout à fait agréable et apporte beaucoup à l’ambiance. Phantasm est un exemple typique de plaisir coupable qui passe à  merveille en fin de soirée.

Réalisé par Don Coscarelli avec Michael Baldwin, Bill Thornbury, Reggie Bannister et Angus Scrimm.  Sortie en salle le 28 mars 1979.

À mi-chemin du festival, de bonnes et de mauvaises surprises se dégagent, certains comme Realive peuvent même prétendre à un prix. La troisième journée sera quant à elle consacrée à la compétition court-métrages, ainsi que l’hommage à l’invité d’honneur Kiyoshi Kurosawa qui vient nous présenter son nouveau long-métrage tourné en France, Le Secret de la chambre noire.

 

 

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