FFCP 2025 : My daughter is a zombie, morsure sentimentale

Sous le vernis pastel de sa comédie, My Daughter is a Zombie cache une autre contamination : celle de l’émotion. En ouverture du Festival du Film Coréen à Paris cette année, le film de Pil Gam-sung s’avance sans fracas, porté par un succès colossal au box-office sud-coréen. Et pourtant, derrière son humour potache et sa fantaisie familiale, il y a ce frémissement doux-amer qui le distingue. Un film de zombies, certes, mais surtout un film sur la maladie, la patience et ce qu’il reste à aimer quand tout semble se déliter.

Adapté du webtoon de Lee Yun-chang, My Daughter is a Zombie reprend un motif déjà exploré — celui du père face à la décomposition lente de sa fille, à la manière du Maggie d’Henry Hobson. Rien de neuf dans le fond, mais une respiration nouvelle dans la forme. Ici, la contamination ne détruit pas, elle relie. Jung-hwan, ancien dresseur de tigres, s’improvise éducateur et soignant pour Soo-ah, sa fille devenue la dernière zombie du pays. Leur lutte n’est pas contre l’infection, mais contre l’oubli.

Au cœur de cette délicatesse, c’est surtout le regard du père qui structure le récit. Jung-hwan (Cho Jung-suk) voit le monde se transformer à travers les gestes, les progrès et les hésitations de sa fille Soo-ah (Choi Yu-ri). Une expérience de paternité extrême, où chaque petit succès de Soo-ah devient une victoire personnelle et une preuve d’amour inconditionnel.

Apocalypse domestique

La maladie, dans le film, prend les contours d’un apprentissage. Soo-ah réapprend à marcher, saluer, cligner des yeux pour montrer son affection et à reconnaître les visages. Autour d’elle, une micro-société de soutien se tisse : la grand-mère, gardienne du foyer, de la discipline et de la tendresse ; les amis d’enfance du père, maladroits mais loyaux, qui participent à la rééducation de la jeune fille ; et ce chat roux, silhouette tranquille qui traverse le cadre comme un fil de continuité, témoin silencieux d’une humanité qui persiste. Tous deviennent les anticorps d’un monde encore capable de douceur. C’est aussi là que l’humour trouve sa force, naissant de cette cohésion familiale et de ces petites frictions du quotidien. Les scènes avec la grand-mère (Lee Jung-eun), notamment lorsqu’elle s’occupe seule de Soo-ah, convoquent instantanément un rire complice, comme un écho aux souvenirs domestiques que chacun reconnaît.

Pil Gam-sung filme cette solidarité à hauteur de gestes, que ce soit à travers un repas partagé, un rire étouffé, une journée à l’école ou une dégustation de churros. Le village côtier, baigné d’une lumière laiteuse, agit comme un cocon hors du temps. La mise en scène oscille entre le burlesque et la tendresse, entre le grotesque et la grâce. Les CGI, parfois trop présents, désamorcent la tension, mais ils participent aussi à ce ton d’étrangeté bienveillante, où l’horreur ne fait jamais tout à fait peur.

Mordre, aimer, recommencer

My Daughter is a Zombie jongle avec les registres, parfois au risque de se perdre. La dernière partie, plus émotive, effleure la tragédie avant d’être désamorcée par la fibre comique du film. Pil Gam-sung semble refuser la radicalité. Là où la douleur pourrait mordre, il choisit le sourire, la blague, le clin d’œil. Ce refus du pathos, s’il frustre parfois, offre pourtant une cohérence à l’ensemble — celle d’un film qui préfère rire avec la mort plutôt que d’en pleurer.

On y retrouve la veine populaire du cinéma coréen contemporain : accessible, coloré, ponctué de références à la culture K-pop. Mais derrière la légèreté, il y a un vrai sens de la transmission, un amour sincère des personnages, et cette idée que le soin, même maladroit, vaut mieux que la peur. Entre Warm Bodies et un Week-end chez Bernie inattendu, le cinéaste signe un film hybride, parfois inégal mais profondément attachant.

Ni drame pur, ni parodie, ni film d’horreur, My Daughter is a Zombie navigue dans cette zone grise que Pil Gam-sung apprivoise avec délicatesse. Il n’a pas la tension d’un Dernier Train pour Busan, mais il possède autre chose : un cœur battant, fragile et sincère. Une comédie d’infectés qui préfère la chaleur du foyer aux flammes de l’apocalypse – et qui, à sa manière, réanime le genre par la tendresse.

Ce film est présenté en Section Paysage au FFCP 2025.

My daughter is a zombie : bande-annonce

My daughter is a zombie : fiche technique

Titre original : 좀비딸
Réalisation : Pil Gam-sung
Scénario : Pil Gam-sung, Kim Hyun
Interprètes : Cho Jung-suk, Lee Jung-eun, Cho Yeo-jeong, Yoon Kyung-ho, Choi Yu-ri
Photographie : Kim Tae-soo
Montage : Nam Na-yeong
Musique : Kim Tae-seong
Producteur exécutif :
Productrice : Kwon Mi-kyung
Production : Studio N
Pays de production : Corée du Sud
Distribution internationale : Next Entertainment World
Durée : 1h54
Genre : Fantastique, Comédie

FFCP-2025-affiche
© Cléa Darnaud

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Jérémy Chommanivong
Jérémy Chommanivonghttps://www.lemagducine.fr/
Spéléologue des temps modernes, je ne suis qu'un humble explorateur des salles obscures, celles-là même dont on peut en ressortir ému, apeuré, frustré ou émerveillé. Je m'y donne rendez-vous chaque semaine, sans oublier ma fascination pour Steven Spielberg, Frank Capra, Sidney Lumet, Brad Pitt et un peu moins pour les légumes. Le cinéma restera à jamais mon sanctuaire d'apprentissage et le vecteur de toutes mes émotions.

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