Compétition moyens métrages Fifam 2023 : La mécanique des fluides, Les menteuses

La mécanique des fluides et Les menteuses explorent, à leurs manières bien distinctes, les violences meurtrières et sexuelles faites aux femmes, les deux moyens métrages étaient présentés ce jour en compétition au Fifam 2023.

La mécanique des fluides

Synopsis : Enquête numérique dans la violence et la solitude de la communauté incel.

Réalisation : Gala Hernández López
Durée : 38 min

Gala Hernandez Lopez trouve un jour sur un internet la lettre de suicide d’un jeune homme qui accuse l’Amérique de son malheur. Intriguée et touchée par cet écrit baigné de violence, mais surtout de solitude, elle mène l’enquête. Cette recherche numérique la mène tout droit vers les Incels, ces hommes célibataires involontaires (le terme a pourtant en premier lieu été utilisé par une femme), qui développent une haine des femmes. La forme du film se veut expérimentale, en quête de traces de ces Incels sur internet. Des hommes parfois auteurs de massacres comme en 1988 à Montréal. Pourtant, dans les vidéos qu’elle déniche et sort de leur anonymat, Gala trouve surtout une grande solitude. Elle dénonce aussi un système, revenant notamment sur la genèse de Facebook ou des applications comme Tinder et de leurs algorithmes. Au-delà d’une condamnation de la violence de ces hommes, la réalisatrice essaye d’entrer dans leur tête en explorant sa propre solitude, ses propres pensées. Elle est surtout hantée par le devenir du jeune homme de la lettre (jusqu’à interroger l’IA dans une dernière tentative qui tourne à vide), jusque dans ses rêves où elle se trouve condamnée, engloutie. Tout est en construction dans le film, comme une mosaïque d’images et comme la réflexion de la réalisatrice sur ce phénomène. Voir une pensée se construire est un exercice aussi déroutant que passionnant à découvrir sur grand écran.

Les menteuses

Synopsis : Un collectif de jeunes femmes qui luttent avec les armes de la justice et de la création face à un professeur agresseur. Puissance de l’art et de la sororité.

Réalisation : Sylvaine Faligant
Durée : 52 min

En accompagnant le combat de six femmes contre leur professeur de théâtre qui les a harcelées et agressées sexuellement (sur les dix plaintes retenues parmi trente personnes accusatrices), par la justice et la création, Sylvaine Faligan raconte des doutes, des larmes et aussi des renoncements. Elle montre surtout la vivacité de la création, même face à des actes qu’on ne veut pas raconter, mais qui transparaissent pourtant sur scène. Les jeunes femmes s’interrogent au sein même du documentaire sur ce qu’elles sont en train de faire et le côté très vertigineux de ces femmes en train de créer autour de ce qu’elles ont vécu et d’être filmées le faisant, tout en vivant un procès éprouvant. Il y a tout ça dans le film, qui se contente de capter les visages, les corps, les émotions et les mots, sans aucun commentaire. On  regrette simplement ces lignes roses un peu incongrues qui viennent parfois entourer les corps ou les lieux, les objets. Elles donnent l’impression que la réalisatrice avait besoin de montrer qu’elle était là ou de souligner son propos qui pourtant se suffit à lui-même : dans la manière d’avoir la confiance des protagonistes, de poser la caméra, de recueillir les mots, les gestes et de leur donner un espace de résonance. Ces lignes roses ont ainsi plus d’intérêt, de sens quand elles se transforment pour représenter en dessins mouvants les jeunes qui témoignent, sans parole. Aucune image du procès, aucun témoignage sur ce qui s’est passé, mais on sait par quels efforts de redire, de se souvenir, ils passent … jusqu’à être traités de menteurs, jusqu’à avoir besoin du collectif pour s’assurer de sa mémoire, de ne pas être allés trop loin. Il faut au moins cette pudeur du dessin pour rappeler que les mots ont été dits et par quelles étapes passent les victimes dont la parole n’a de valeur que collective ici (les faits individuels ne sont pas qualifiés).

Festival

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Chloé Margueritte
Chloé Marguerittehttps://www.lemagducine.fr/
Diplômée en journalisme de l'ESJ Paris, je suis passée par mille et une péripéties culturelles et littéraires au cours de mes études : théâtres, ciné et prépa avant de débarquer à Paris pour me lancer dans le journalisme et la communication. Passionnée par l'art en général et par le cinéma en particulier, j'écris principalement des critiques et autres analyses filmiques.

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