Festival de Cannes 2016: Sélection officielle et stars sur la Croisette

Pierre Lescure, le président du Festival de Cannes et Thierry Frémaux, le délégué général, ont dévoilé ce jeudi matin la sélection du 69e Festival.

Comme tout le gratin de la profession, CineSeriesMag était présent ce matin à l’UGC Normandy où les deux compères que sont Thierry Frémaux et Pierre Lescure, nous ont révélé la teneur de cette 69ème édition des festivités cannoises. Entre allusion aux éditions précédentes et souvenirs émus, les deux hommes ont ainsi fait monter le suspense tout en rendant avec toute la bonhomie qu’on leur connait la richesse de leur art. Il n’aura d’ailleurs fallu que quelques mots de la part de Frémaux pour comprendre que plus que jamais, le festival incarne un kaléidoscope vivant et glamour du paysage cinématographie moderne. Des propos, certes pompeux, mais pas illégitimes dans la mesure où Cannes est pour Frémaux et pour nombre de membres de la profession l’occasion de pouvoir dresser un panorama de ce qu’est le cinéma à un instant précis. Et autant dire qu’en brassant dans les pratiquement 1900 films envoyés, la bande à Frémaux a réussi selon lui à saisir et rendre compte de l’état du cinéma au premier semestre 2016 :

« Un panorama de ce qu’est le cinéma au printemps 2016 »

1869 long-métrage auront ainsi été vus cette année pour un total de seulement 49 retenus. Autant dire une goutte d’eau dans l’océan. Il est d’ailleurs amusant de constater que cette différence se joue aussi sur le nombre de candidats malheureux. S’ils étaient déjà 1500 en 2010, il s’avère qu’il y a une décennie, le Festival frôlait seulement les 1000 longs-métrage à tenter le pari d’une sélection sur la Croisette. Autant dire qu’avec de tels chiffres, le Festival peut s’enorgueillir d’une renommée internationale, au même titre que le festival de Sundance ou Tribeca, tous deux ayant d’ailleurs été mentionnés par Frémaux. Une renommée telle que le natif de Vénissieux s’est empressé de rappeler les conditions d’adhésions au festival : chaque film doit durer au minimum 60 minutes et se voir envoyé aux différentes commissions chargées de les regarder et le cas échéant, de les y classer dans la sélection. Parlons-en d’ailleurs de la sélection. En son sein, on comptera 28 pays différents : le Cambodge, le Canada, l’Argentine, le Brésil, l’Allemagne, la France ou encore le Tchad. Et au milieu de cette grande diversité culturelle, on retrouvera forcément ce qui fait le sel de ce festival : les habitués. On y retrouvera donc les Frères Dardenne, Pedro Almodovar, Olivier Assayas, ces derniers évoluant autour d’une autre classe de cinéastes, tous plus ou moins récurrents, mais pas encore intronisés comme des habitués de la bourgade cannoise : Paul Verhoeven, Park Chan-Wook ou Bruno Dumont. L’occasion d’ailleurs de pouvoir pester contre l’absence récurrente de surprises au sein des festivités, qui nous empêcheront cette année de voir des films de la trempe de Story of Your Life du canadien Denis Villeneuve, ou encore du très attendu Silence, de Martin Scorsese, pourtant crédité d’une forte rumeur. 

Quatre réalisateurs français figurent dans la sélection officielle.

Les films français :

Quatre films français ont été sélectionnés cette année. Olivier Assayas retrouvera les honneurs de la compétition, deux ans après Sils Maria avec Personal Shopper, un énigmatique film de fantôme, toujours avec Kristen Stewart. Cette année marque les grands retours de Bruno Dumont avec Ma Loute, absent de la compétition depuis Flandres en 2006, et de Nicole Garcia avec Mal de pierres. Enfin, après le très marquant Inconnu du lac en 2012 dans la catégorie Un certain regard, Alain Guiraudie connaîtra pour la première fois les honneurs de la compétition avec Rester Vertical.

Les films américains : 

Trois films américains en compétition. On retrouve sans surprise Jeff Nichols qui, alors que son Midnight Special est toujours en salle, présente un film d’époque appelé Loving. Enfant du festival, Jeff Nichols s’est fait connaître avec Take Shelter qui avait impressionné la Semaine de la critique en 2011 avant de revenir un an après avec le très beau Mud. Quinze ans après The Pledge, Sean Penn, président du jury en 2008, retrouve la compétition avec The Last Face avec, notamment, Adèle Exarchopoulos. Enfin, l’underground Jim Jarmush ravira ses fans avec un film qui promet d’être très Jarmushien, Paterson, trois ans après avoir présenté son magnifique Only Lovers Left Alive.

Les films européens :

Une fois n’est pas coutume, Cannes présentera cette année un film allemand, pays peu représenté en compétition depuis la génération Wenders/Herzog. Il s’agit de Toni Erdmann de Maren Ade. La troisième femme de cette sélection sera la britannique Andrea Arnlods, récompensée du Prix du jury en 2009 pour Fishtank, et qui reviendra avec American Honey avec Shia Labeouf à l’affiche. L’autre auteur du Royaume-Uni qui sera de retour avec un film qu’il annonce comme son dernier (ce qui été déjà le cas de son précédent film) est Ken Loach avec I, Daniel Blake. Le britannique compte pas moins de 13 sélections en compétition, un record. D’autres grands noms ajouteront une sélection à leur palmarès comme Pedro Almodovar qui espère décrocher sa première Palme avec Julieta ou les frères Dardenne qui espéreront, peut-être, brandir leur troisième Palme avec La Fille inconnue. Un autre palmé reviendra en compétition, le roumain Cristian Mungiu pour Bacalaureat. Son compatriote roumain Cristi Puiu, dont c’est la première sélection, projettera quant à lui Sieranevada. Après le choc Drive et l’intriguant Only God Forgives, le danois Nicolas Winding Refn reviendra avec The Neon Demon, un film d’horreur cannibale chez les top-models. Enfin, l’événement de cette année sera sans doute le grand retour de l’hollandais Paul Verhoeven avec Elle, film tourné en France avec le maître de cérémonie Laurent Laffite, Isabelle Huppert et Virginie Efira.

Les films du reste du monde :

Les autres pays représentés dans cette compétition seront le Canada avec le jeune québécois Xavier Dolan qui revient avec Juste la fin du monde, deux ans après avoir ému les festivaliers avec son Mommy. C’est également le grand retour de Park Chan-Wook, le réalisateur coréen de l’extraordinaire Old Boy, avec Agassi. Filho Kleber Mendonça, le réalisateur brésilien du remarqué Les bruits de Recife honore sa première sélection en compétition avec Aquarius. Enfin, le philippin Brillante Mendoza revient lui aussi en compétition avec Ma’Rosa, sept ans après son Prix de la mise en scène pour Kinatay.

Les films Hors-Compétition :

Des stars et des grands auteurs vont fouler le tapis rouge avec des films Hors-Compétition. On peut se réjouir de retrouver Steven Spielberg, trois ans après sa présidence, présenter son nouveau film Le Bon Gros Géant. Jodie Foster reviendra également avec Money Monster en compagnie de George Clooney et Julia Roberts. Ryan Gosling et Russell Crowe monteront les marches pour The Nice Guys de Shane Black. Enfin, le réalisateur du thriller haletant The Chaser Na Hong-Jin reviendra avec Goksung.

En Séances de minuit on retrouvera un autre film de Jim Jarmush, Gimme Danger, documentaire sur la figure controversée qu’est le grand Iggy Pop qui fera d’ailleurs acte de présence sur la Croisette.  Les festivaliers les plus téméraires pourront aussi passer la nuit avec Un train pour Busan du coréen Yeon Sang-Ho.

Les Séances spéciales accueilleront deux documentaires. Un sur les migrants, La Dernière plage, d’un duo de réalisateur italo-grec Thanos Anastopoulos et Davide Del Degan. Un autre sur un ancien président du Tchad par le réalisateur bien connu de la Croisette Mahamat-Saleh Haroun avec Hissein Habré, une tragédie tchadienne. Mieux vaut tard que jamais, l’octogénaire Paul Vecchiali montera ses premières marches avec Le Cancre et le septuagénaire Jean-Pierre Léaud y retournera sous le costume de Louis XIV avec un film d’Albert Serra : La Mort de Louis XIV.

Un Certain Regard :

Beaucoup de nouveautés dans cette sélection avec les sept premiers films et des auteurs peu connus. À noter la présence d’Hirokazu Kore-Eda, présent en compétition l’année dernière, avec After the storm. Le seul film américain de la sélection sera Captain Fantastic de Matt Ross, emmené par Viggo Mortensen, une histoire de vampires à Brooklyn. Et une fois n’est pas coutume, il faut aussi souligner la présence d’un film d’animation, La Tortue Rouge du hollandais Michael Dudok De Wit.

Pas de film de clôture cette année, Thierry Frémaux et Pierre Lescure ont annoncé que ce sera la Palme d’or qui sera projeté à l’issue du palmarès. Le jury sera dévoilé la semaine prochaine.

La sélection officielle Cannes 2016 complète :

Film Ouverture : Café Society – Woody Allen

En compétition officielle

Toni Erdmann – Maen Ade

Julieta – Pedro Almodovar

American Honey – Andrea Arnold

La Fille inconnue – Frères Dardenne

Personal Shopper – Olivier Assayas

Juste la fin du monde – Xavier Dolan

Ma Loute – Bruno Dumont

Paterson – Jim Jarmusch

Rester vertical – Alain Guiraudi

Aquarius – Kleber Mendonça Filho

Mal de pierre – Nicole Garcia

I, Daniel Blake – Ken Loach

Ma’Rosa – Brillante Mendoza

Bacalaureat – Cristian Mungiu

Loving – Jeff Nichols

Agassi – Park Chan-Wook

The Last Face – Sean Penn

Sieranevada – Cristi Puiu

Elle – Paul Verhoeven

The Neon Demon – Nicolas Winding Refn

Hors Compétition

Le Bon Gros Géant – Steven Spielberg

Gogson – Hong-jin Na

Money Monster – Jodie Foster

The nice guys – Shane Black

Séance de minuit

Gimme Danger – Jim Jarmusch (en présence de Iggy Pop)

Le Train pour Busan – Yeon Sang-Ho

Séance spéciale

La dernière plage – Thanos Anastopoulos et David Del Degan

Hissein Habré, une tragédie tchadienne – Mahamat-Saleh Haroun

La Mort de Louis XIV – Albert Serra

Le Cancre – Paul Vecchiali

Un Certain Regard

Inversion – Behnam Behzadi

Apprentice – Boo Junfeng

Voir du pays – Delphine et Muriel Coulin

La Danseuse – Stéphanie Di Giusto

Clash – Mohamed Diab

La Tortue Rouge – Michel Dudok De Wit

Harmonium – Fukada Kôji

Personal Affairs – Maha Haj

Beyond the mountains and hills – Eran Kolirin

After the storm – Hirokasu Kore-Eda

Le plus beau jour de la vie d’Olli Mäki – Juho Kuosmanen

La Longue nuit de Francisco Sanctis – Francisco Marquez et Andrea Testa

Dogs – Bogdan Mirica

Pericle il nero – Stefano Mordini

The Transfiguration – Michael O’Shea

Captain Fantastic – Matt Ross

Le Disciple – Kirill Serebrennikov

Festival

Cannes 2026 : Histoires de la nuit, une fête sans surprise

"Histoires de la nuit" de Léa Mysius, en compétition à Cannes 2026, adapte le roman de Laurent Mauvignier en thriller rural haletant. Un huis clos tendu, formellement maîtrisé, qui convoque les fantômes du passé sans tout à fait atteindre la grâce envoûtante des Cinq Diables.

Cannes 2026 : L’Affaire Marie-Claire, à charge et décharge

Présenté en Séance spéciale au Festival de Cannes 2026, "L'Affaire Marie-Claire" de Lauriane Escaffre et Yvo Muller retrace le procès de Bobigny de 1972, où l'avocate Gisèle Halimi, incarnée par Charlotte Gainsbourg, fit le procès d'une loi contre l’avortement plutôt que de ses clientes. Sujet capital pour un résultat mitigé.

Cannes 2026 : De toutes les nuits, les amants – confessions philosophiques

Présenté à Un Certain Regard 2026, le quatrième long-métrage de Yukiko Sode, "De toutes les nuits, les amants", adapte le roman de Mieko Kawakami avec une élégance formelle indéniable, mais aussi avec une distance intellectuelle et contemplative qui maintient parfois le spectateur à l'écart de ce qu'il voudrait le plus ressentir.

Cannes 2026 : Ben’imana, le mur du silence

Premier film de Marie-Clémentine Dusabejambo, "Ben'Imana" aborde le pardon, la résilience et la transmission d'une douleur indicible au sein de la société rwandaise, profondément hantée par le génocide des Tutsis. Un drame rempli d'émotions, lauréat de la Caméra d'or, qui invite à s'unir dans l'humanisme au-delà des ethnies.

Newsletter

À ne pas manquer

Le Cuirassé Potemkine : cent ans de rage intacte

Cent ans après, "Le Cuirassé Potemkine" revient en salles avec une musique inédite signée Pet Shop Boys. Chef-d'œuvre du cinéma muet, le film d'Eisenstein n'a rien perdu de sa puissance subversive. La rage de ceux qu'on écrase n'a pas de date de péremption.

Ma famille chérie : entre tornade émotionnelle et grâce cassavetienne

Maelström d'émotions, caméra à l'épaule et visages en gros plan avec "Ma famille chérie". Isild le Besco signe un ouragan familial tendre et survolté, entre fulgurances cassavetiennes et grâce mélancolique d'Élodie Bouchez.

L’affaire Zanetti : Confessions d’une meurtrière

Dans un centre pénitentiaire italien, Elisa Zanetti, condamnée pour le meurtre de sa sœur, entame des entretiens avec un criminologue qui ravivent un passé familial trouble. Entre huis clos oppressant, flashbacks maîtrisés et performances intenses, le film interroge la portée réelle d’un travail de reconstruction face à un crime irréparable.

Le Passage : Sur la corde de l’humanité

Entre thriller haletant et drame humaniste, le premier long"métrage de Brandt Anderson plonge le spectateur au cœur de la crise des réfugiés syriens. "Le Passage" est une œuvre chorale, tendue et bouleversante dont la maitrise narrative ouvre sur une émotion absolue.

En nous : une ode immersive et viscérale dans le travail de création

Premier documentaire de Juliette Binoche, "En nous" est un coup de maître. Né du spectacle de danse créé en 2007 avec Akram Khan, ce film nous immerge dans l'intimité d'un processus artistique tout en ressuscitant la magie de cette œuvre scénique.
Jim Martin
Jim Martinhttps://www.lemagducine.fr/
Diplômé en Lettres, puis en Cinéma, je n'avais qu'une gageure. Celle de braver tous les pans de l'histoire du cinéma, du chef-d’œuvre intimiste au navet international, pour écrire et partager mes points de vue sur ce septième art qui, comme nul autre, nous ouvre au monde et à des expériences sensorielles inédites. Je vous engage dès lors à ne pas être d'accord avec moi. Réagissez, débattez et donnez ainsi sens à ce cinéma que l'on chérit tant !

Cannes 2016 : Interview de Paul Lê pour La Vie Rêvée de David L (Marché du Film)

CineSeriesMag a rencontré Paul Lê, co-réalisateur, coscénariste et coproducteur de La Vie Rêvée de David L, un film inspiré de la jeunesse et des éléments de l’œuvre cinématographique et picturale de David Lynch.

Cannes 2016 : Interview de Paul Schrader (Dog Eat Dog, Taxi Driver)

Palme d'Or en 1976, Paul Schrader a présenté Dog Eat Dog en clôture de la Quinzaine des Réalisateurs au Festival de Cannes 2016. Le lendemain de la projection, le cinéaste s'est prêté au jeu des questions-réponses pour CineSeriesMag.

Cannes 2016 : Elle, de Paul Verhoeven (Compétition Officielle)

Review de l'un des derniers films présentés à la Séléction Officielle à Cannes, Elle de Paul Verhoeven est un film qui dérange et surprend, de par son humour mais surtout par la position de voyeur dans laquelle il place le spectateur. Un grand film du maître, l'hollandais violent, Paul Verhoeven.